Si 82 % des parents ont dit avoir accès à des mesures de conciliation travail-famille, ils n'y ont eu recours en majorité (64 %) que quelques fois par année ou moins.

Conciliation travail-famille: des mesures offertes, mais peu utilisées

Un parent sur deux va faire des pieds et des mains pour s’organiser seul avant d’utiliser les mesures de conciliation travail-famille offertes par son entreprise, selon un sondage diffusé lundi.

C’est le constat surprenant qu’a fait le Réseau pour un Québec Famille en prenant connaissance des résultats du coup de sonde qu’il a commandé et auquel ont répondu 3006 parents en janvier. Pourtant, 82 % d’entre eux disent avoir accès à des mesures de conciliation travail-famille, mais ils n’y ont recours en majorité (64 %) que quelques fois par année ou moins.

«Quand ils demandent des mesures d’accommodement, c’est parce qu’ils ont épuisé toutes les autres solutions. On est quand même loin de la crainte des employeurs, que tout le monde va se mettre à manquer, [à prendre congé]», commente la directrice générale, Marie Rhéaume. L’organisme à but non lucratif regroupe des organisations de différents secteurs (communautaire, municipal, syndical, etc.) qui s’intéressent aux enjeux liés à la famille.

Mme Rhéaume explique que l’organisation a voulu avoir le son de cloche de travailleurs après la publication par le ministère de la Famille d’une étude en juillet 2017. On y révélait que 90 % des quelque 8000 entreprises sondées offraient des mesures de conciliation travail-famille à leurs employés. Pourtant, sur le terrain, les échos étaient que les familles continuaient à s’arracher les cheveux. Il semblait y avoir un décalage que l’organisme a cherché à expliquer.

«Arrange-toi»

Alors, pourquoi les travailleurs se privent-ils de ces mesures? «Leur propension à se débrouiller par d’autres moyens avant de demander des accommodements au travail démontre qu’ils ressentent une forte pression sociale à l’effet que la conciliation famille-travail relève d’une responsabilité strictement individuelle», croit Mme Rhéaume.

«Ils ont bien compris le message de la société, qui est : t’as choisi d’avoir des enfants, arrange-toi avec ça!»

Elle fait valoir que l’une des explications possibles réside aussi dans le fait qu’une partie importante des mesures sont informelles (27 %), et relèvent donc plus d’une entente entre l’employé et son supérieur plutôt que d’une politique bien définie et diffusée (40 %). D’autres entreprises ont des formules qui combinent les deux (30 %).

«Les employeurs reconnaissent que la conciliation famille-travail est devenue un élément fondamental pour attirer et retenir les travailleurs. Il faut toutefois les accompagner pour qu’ils mettent en place les meilleures pratiques, notamment qu’il s’agisse de mesures formelles, de sorte que les parents hésitent moins à s’en prévaloir», explique Mme Rhéaume.

«Il faut faire attention quand on fait des choses formelles de ne pas rendre ça trop rigide. Ça ne veut pas dire que tout le monde pareil c’est nécessairement équitable», met en garde Chantal Lamoureux, porte-parole de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés.

Une culture en transformation

Mais il est vrai que les entreprises ont encore besoin d’accompagnement pour s’adapter à cette réalité encore «relativement nouvelle», fait valoir Mme Lamoureux. «Ce qu’on observe, c’est que dans les entreprises, on fait des politiques, mais ça prend un bout de temps avant que la culture organisationnelle change», note Mme Lamoureux.

Autant les employés que les employeurs peuvent avoir de la difficulté à s’y retrouver. «Si j’en profite, est-ce que ça va avoir un impact sur mon cheminement de carrière, qu’est-ce que mes collègues vont penser de moi?» peuvent se demander les employés.

Les données diffusées lundi ne semblent toutefois pas pointer en ce sens. Seulement une minorité (15 %) dit avoir reçu des commentaires négatifs ou une sanction formelle (5 %) en raison d’un retard ou d’une absence causés par une obligation familiale. La conciliation n’est pas non plus perçue comme une nuisance à l’avancement de la carrière (62 %) ou aux relations avec les collègues (75 %).

Prêts à changer d’emploi

Par ailleurs, si des entreprises doutent encore de l’importance de cet enjeu, le sondage vient une fois de plus confirmer que c’est une préoccupation majeure pour les travailleurs. En effet, 55 % seraient prêts à changer d’emploi pour obtenir de meilleures mesures de conciliation et 37 % accepteraient même une diminution de salaire si ça leur permettait de faire des gains à ce chapitre. Cette position est encore plus forte chez les milléniaux, pour qui les proportions atteignent respectivement 68 % et 43 %.

Une constat «préoccupant pour les entreprises, dans un contexte où il y a des postes de disponibles», remarque Mme Lamoureux

Parmi les différentes mesures, c’est la flexibilité des horaires (52 %) qui a été la plus utilisée par les travailleurs. Suivent ensuite la flexibilité dans les choix de vacances (42 %), les congés payés pour responsabilités familiales (34 %), la banque d’heures ou temps accumulé (33 %) et le télétravail (19 %).

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EN CHIFFRES

  • 82 % des parents ont accès à des mesures de conciliation famille-travail
  • 64 % des parents utilisent ces mesures seulement quelques fois par année ou moins
  • 62 % des parents affirment que la conciliation famille-travail est une source de stress importante
  • 55 %  seraient prêts à changer d’emploi en échange de meilleures mesures à ce chapitre
  • 57 % trouvent que la société québécoise est peu ou pas du tout accommodante en matière de conciliation famille-travail

Source: Réseau pour un Québec Famille