Le président du comité paritaire des coiffeurs de l’Outaouais, Stéphane Drouin
Le président du comité paritaire des coiffeurs de l’Outaouais, Stéphane Drouin

Coiffure en Outaouais: le testament du comité paritaire

Le président du comité paritaire des coiffeurs de l’Outaouais, Stéphane Drouin, ne se fait plus d’illusion. Le gouvernement du Québec semble être déterminé à abolir le tout dernier décret au Québec qui régit encore l’industrie de la coiffure dans la région.

Un peu comme le chant du cygne, l’héritier de cette mesure protectionniste vieille de 86 ans lance un ultime avertissement. La fin du décret, selon lui, provoquera une diminution importante des conditions de travail dans les salons de coiffure de l’Outaouais. «Les artisans vont devoir travailler pour des salaires de crève-faim, en bas du seuil de la pauvreté», dénonce-t-il.

«Il ne nous reste plus vraiment d’option, sinon que de me plaindre et de me faire entendre une dernière fois, affirme le président du comité paritaire. Il n’y a plus grand-chose à faire que d’attendre la date officielle où la protection de nos conditions de travail prendra fin. C’est dommage. Après s’être battu pendant si longtemps pour que notre industrie soit respectée, c’est triste.»

Les impacts de la disparition des règles déterminant les prix minimaux des services de coiffures, les heures d’ouverture des salons et les taux de commission des employés ne se feront pas sentir immédiatement, souligne M. Drouin. «Ça ne va pas se faire du jour au lendemain, affirme le coiffeur qui a plus de 20 ans d’expérience. Ça va faire comme à Montréal. Les commissions vont passer d’environ 45 % à 30 %. Les employeurs ne vont pas réduire les prix de leurs services, le client ne le verra pas, mais ils seront plusieurs à réduire les commissions. Le salaire moyen au Québec en coiffure est sous le seuil de la pauvreté. Il y a peut-être 10 % des coiffeuses qui réussissent à mieux s’en sortir.»

Près du salaire minimum

L’analyse d’impact réglementaire préparé en janvier dernier pour le ministre du Travail tend à donner raison à M. Drouin. Le document d’une dizaine de pages que Le Droit a obtenu du ministère précise que l’abrogation permettrait des économies annuelles de 720 650 $ pour les employeurs de la région, dont 640 900 $ en salaire versé aux coiffeuses. Québec précise que les conditions de travail de 694 artisans-coiffeurs sont visées pour ce décret en Outaouais. Chaque coiffeur touché pourrait perdre jusqu’à 2900 $ par année, stipule le document.

Le salaire des coiffeuses en Outaouais est évalué à 21 260 $, d’après une analyse du ministère du Travail.

Là où le ministère du Travail diffère d’opinion avec M. Drouin c’est sur l’impact réel de l’abolition du décret. «Il apparaît cependant peu probable que l’abrogation incite les employeurs à diminuer les salaires offerts aux coiffeurs», notamment en raison du taux de roulement des employés qui est de 56 % sur une période de cinq ans, ce qui forcera les employeurs à demeurer compétitifs en termes de conditions de travail.

Le salaire des coiffeuses en Outaouais, même s’il profite d’une protection le mettant à l’abri du libre-marché, demeure bas. Il est évalué à 21 260 $, d’après l’analyse du ministère du Travail. Environ 75 % des coiffeuses travaillent à un taux horaire variant entre le salaire minimum à 12,50/h et 15,50/h. Le quart des coiffeurs s’en tirent avec une rémunération supérieure.

«Nous, on s’est battu et on se bat encore pour les conditions des artisans, partout dans la région, insiste M. Drouin. À Gatineau, c’est un peu différent, mais à Maniwaki ou Montebello, dans des endroits où il n’y a que quelques salons, le décret permet aussi d’instaurer une compétition saine. Il y a des prix minimums et il n’y a pas de guerre d’heures d’ouverture.»

Stéphane Drouin ne cache pas son amertume face à la fin annoncée d’une mesure unique au Québec qui protégeait les coiffeurs depuis la Grande Crise des années 1930. Surtout, dit-il, qu’il tente depuis des années de moderniser le décret. «Mais c’est Québec en haut qui décide, qui décrète, dit-il. Ça fait cinq ans qu’on essaie et qu’on nous laisse sur des tablettes.»

La coiffeuse Dominique Brisebois

Il reproche aussi à la coiffeuse qui mène une lutte acharnée contre le décret depuis près de dix ans dans la région, Dominique Brisebois, d’avoir nui à la crédibilité du comité paritaire.