Le ministre du Travail du Québec, Jean Boulet

CNESST: «Les portes sont trop grandes ouvertes», dit le Conseil du patronat

MONTRÉAL — Le Conseil du patronat du Québec invite le ministre du Travail, Jean Boulet, à penser à l’équilibre employeurs-employés avec sa réforme en matière de santé et sécurité au travail - une réforme que les gouvernements précédents n’ont pas réussi à mener à terme.

Lundi, dans une entrevue à La Presse canadienne, le secrétaire général de la FTQ, Serge Cadieux, s’était impatienté, dénonçant le fait que la réforme promise, qui doit toucher la question de la prévention des accidents, n’a toujours pas été déposée. Depuis, l’Assemblée nationale a adopté une motion demandant au gouvernement déposer un projet de loi en la matière d’ici le mois de décembre.

À son tour vendredi, le président et chef de la direction du Conseil du patronat, Yves-Thomas Dorval, y est allé de ses revendications face à cette réforme. «Actuellement, les portes sont trop grandes ouvertes dans le régime actuel» en matière d’indemnisation des accidentés, a-t-il argué.

Entre autres, il estime que des lésions causées à l’extérieur du contexte du travail sont trop facilement indemnisées par le régime. «Il ne s’agit pas de ne pas indemniser les gens qui ont eu des accidents ou des lésions professionnelles dues au travail, mais quand on regarde les statistiques, il y a au moins 50 % des demandes de «désimputation» qui sont acceptées, c’est-à-dire des demandes qui concernent des lésions qui sont des lésions hors travail. On demande dans le fond aux employeurs, qui paient 100 % de la facture, d’assumer de plus en plus des lésions qui n’ont rien à voir avec le travail», a-t-il déploré.

M. Dorval convient que les mécanismes de prévention ont leur utilité en matière d’accidents du travail - le principal cheval de bataille des organisations syndicales. «Il n’y a pas de doute qu’il faut investir davantage en prévention; les employeurs sont les premiers intéressés, parce qu’on a un défi de main-d’oeuvre.» Mais il croit qu’il y a duplication lorsque les syndicats demandent à la fois un représentant à la prévention et un comité de santé et sécurité au travail.

Le porte-parole patronal critique aussi le principe de la prépondérance de l’avis du médecin traitant de l’accidenté.

Cette réforme du régime de santé et sécurité du travail est attendue depuis des années. De précédents gouvernements avaient amorcé la démarche sans réussir à la mener à terme.

Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a déjà fait part de son intention de s’y attaquer. Il a déjà indiqué qu’il voulait notamment tenir compte des réalités que sont, dans bien des milieux de travail, la détresse psychologique et les problèmes de santé mentale.