«Nous voulons voir jusqu'à quel point ce mécanisme [chaîne de blocs] est fiable et désirons tester sa rapidité ainsi que sa transparence», a expliqué le président et chef de la direction de la Banque Nationale, Louis Vachon, vendredi.

Chaîne de blocs: la Banque Nationale passe de la théorie à la pratique

MONTRÉAL — La Banque Nationale a décidé de passer de la «théorie à la pratique» afin de tester la technologie de la chaîne de blocs dans le cadre d'un projet pilote aux États-Unis qui s'effectue en marge d'une émission de titres de dette totalisant 150 millions $US.

En parallèle de l'émission régulière, on simulera les transactions par l'entremise d'une plateforme développée par la banque américaine J.P. Morgan Chase.

«Nous voulons voir jusqu'à quel point ce mécanisme est fiable et désirons tester sa rapidité ainsi que sa transparence», a expliqué le président et chef de la direction de la Banque Nationale, Louis Vachon, vendredi, au cours d'un entretien téléphonique avec La Presse canadienne en marge de l'assemblée annuelle des actionnaires qui se déroulait à Drummondville.

De plus en plus, les grandes institutions financières s'intéressent à la chaîne de blocs, utilisée notamment pour réaliser des transactions de cryptomonnaies comme le Bitcoin.

Il s'agit d'une technologie de stockage et de transmission d'informations, transparente, sécurisée et décentralisée qui s'apparente à un registre de transactions accessible en tout temps aux participants. Elle constitue une base de données qui contient l'historique des échanges effectués entre ses différents utilisateurs.

«Plusieurs choses se disent sur la chaîne de blocs, a souligné M. Vachon. Là, nous ne sommes plus dans la théorie, mais dans la pratique.»

La plateforme Quorum a été conçue au cours de la dernière année par J.P. Morgan. Une division de la banque d'affaires Goldman Sachs, Pfizer et Legg Mason Inc's Western Asset figurent parmi les investisseurs du certificat de dépôt.

Ce titre de dette est d'une durée d'un an, ce qui, selon M. Vachon, donne un échéancier précis au projet pilote.

«Pour moi, c'est vraiment expérimental à ce moment, a dit le grand patron de la banque. C'est vraiment pour comprendre le modèle, qui pourrait avoir un impact important sur le rôle du mainteneur de marché et du souscripteur.»

Ce projet pilote s'ajoute aux quelque 750 millions $ dépensés annuellement par la sixième institution financière en importante au pays dans le but de s'adapter aux changements qui s'observent dans le paysage des services bancaires.

Un nombre croissant de consommateurs utilisent les options en ligne ou leur téléphone intelligent pour gérer leurs finances, au détriment des succursales physiques.

En plus de recherches dans l'intelligence artificielle, la Nationale a procédé à une refonte de son site transactionnel destiné aux particuliers, qui est testé à l'interne, notamment afin de simplifier la navigation ainsi que son utilisation.

Actuellement, près de 43 % des 2,6 millions de clients de la banque sont des utilisateurs actifs de ses plateformes numériques.

Loin du cannabis

Même si l'usage récréatif de la marijuana devrait devenir légal plus tard cette année au Canada, M. Vachon n'a pas changé son fusil d'épaule et a toujours l'intention de se tenir loin de ce secteur, considéré potentiellement florissant par certains.

En réponse à un actionnaire, le banquier a répondu que le marché noir va demeurer «très présent», ce qui se traduira par une pression à la baisse sur les prix.

De plus, le dirigeant de la Nationale pense que les producteurs et distributeurs canadiens sont exposés à de nombreux risques judiciaires, comme le dépôt d'actions collectives, étant donné que les effets du cannabis sur la santé sont documentés.

«Après quelques dossiers de cas de psychose provoqués par des produits chez des jeunes, je crois qu'on va en voir [des actions collectives]», a dit M. Vachon au cours de l'entrevue téléphonique.

La Nationale à l'intention de continuer à analyser la situation lorsque le cannabis sera légal et ne ferme pas la porte à des changements sur ses positions actuelles. Son dirigeant préfère toutefois jouer de prudence pour le moment, a-t-il expliqué.

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La Banque Nationale en chiffres

  • Bénéfice net : 2 milliards $
  • Revenus : 6,6 milliards $
  • 21 635 employés
  • Actif total de 246 milliards $

(Source : rapport annuel 2017)