Le négociateur en chef européen, Michel Bernier, a informé les ambassadeurs des 27 pays européens auprès de l'UE, qu’il n’y aurait plus de négociations d’ici le sommet européen.

Brexit: les négociations entre Londres et l’UE dans une impasse

BRUXELLES — D’«intenses» discussions de dernière minute dimanche à Bruxelles n’ont pas suffi à débloquer les négociations sur le départ britannique de l’Union européenne, qui butent encore et toujours sur le sort de la frontière irlandaise après le Brexit.

L’espoir d’une percée décisive dans ces tractations au cours du sommet européen qui s’ouvrira mercredi à Bruxelles a été douché dimanche dans la soirée, à moins de six mois de la date du divorce programmé, le 29 mars 2019.

«Malgré des efforts intenses, certaines questions clés sont encore en suspens, dont celle du "filet de sécurité" pour éviter une frontière dure» entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, a écrit le négociateur en chef européen, le Français Michel Barnier, sur son compte Twitter.

Il s’exprimait à l’issue d’une réunion surprise avec le ministre britannique chargé du Brexit, Dominic Raab, dont le déplacement à Bruxelles avait été annoncé à la dernière minute, laissant présager des avancées.

Cela n’aura donc pas suffi et les ambassadeurs des 27 pays européens auprès de l’UE ont été informés dans la soirée par M. Barnier qu’il n’y aurait plus de négociations d’ici au sommet européen, ont dit à l’AFP plusieurs sources diplomatiques.

«Le Royaume-Uni est toujours déterminé à réaliser des progrès au cours du Conseil européen d’octobre», a toutefois assuré en fin de soirée le ministère de M. Raab, admettant que la question irlandaise demeurait «irrésolue».

«La porte reste ouverte» pour trouver un accord avec les Britanniques, mais plusieurs pays «ont insisté pour que l’UE intensifie désormais sa préparation au scénario d’un no-deal», c’est-à-dire d’un divorce sans accord, a confié un diplomate européen.

Menaces de démission

La Première ministre britannique Theresa May réunira mardi, à la veille du sommet, ses principaux ministres pour évoquer notamment la question explosive de la frontière entre la province britannique d’Irlande du Nord et la République d’Irlande, devenue la principale pierre d’achoppement des négociations et source de divisions au sein du gouvernement britannique.

Plusieurs ministres menacent de démissionner, rapporte la presse britannique, si Mme May ne revoit pas ses plans.

L’ancien ministre chargé du Brexit, David Davis, qui avait lui-même démissionné en juillet, a appelé les membres du gouvernement à «exercer leur autorité collective» face aux «défauts fondamentaux» de la stratégie de la Première ministre, dans une tribune.

Le chef de la diplomatie britannique, Jeremy Hunt, a quant à lui volé au secours de celle-ci, jugeant qu’il «n’y a personne d’autre que Theresa May qui soit en mesure de mieux négocier le bon accord» pour le Royaume-Uni.

C’est le moment de «fermement soutenir notre Première ministre», a plaidé M. Hunt, qui s’était récemment attiré les foudres des dirigeants européens pour avoir comparé l’Union européenne à l’Union soviétique.

Londres s’est engagé à ne pas réinstaurer de frontière physique sur l’île d’Irlande, afin de préserver l’accord de paix du Vendredi saint signé en 1998. Mais cet engagement se heurte à sa volonté de quitter le marché unique et l’union douanière européenne, qui rend en théorie inévitables des contrôles des marchandises à la frontière irlandaise.

Mme May propose un «arrangement douanier provisoire» entre le Royaume-Uni et l’UE, jusqu’à l’émergence d’une solution pérenne garantissant qu’il n’y aura pas de retour à une frontière physique.

Mais au sein de son parti conservateur, cette option a été balayée par les eurosceptiques, qui craignent qu’elle ne devienne permanente et n’empêche la conclusion d’accords commerciaux avec des pays tiers. «Provisoire signifie éternel», a lancé samedi le député Jacob Rees Mogg.

«Annexion permanente»

Du côté de l’UE, les négociateurs veulent à tout prix éviter que le Royaume-Uni ne cherche à obtenir un accès «à la carte» au marché unique et à l’espace douanier européen, sans les obligations qui y sont liées.

Michel Barnier insiste ainsi pour avoir l’engagement ferme que l’Irlande du Nord seule restera dans l’union douanière et le marché unique, sans date limite, si aucune meilleure solution n’est trouvée dans les futures négociations sur la relation post-Brexit entre l’UE et Londres.

Mais ce «filet de sécurité» («backstop» en anglais) créera une nouvelle frontière de fait, cette fois-ci entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni, proteste le petit parti unioniste nord-irlandais DUP, dont les dix députés sont indispensables au gouvernement de Mme May pour garder la majorité absolue au parlement.

Ce serait une «annexion permanente de l’Irlande du Nord, qui sortirait du Royaume-Uni, et nous laisserait pour toujours soumis à des règles écrites sans que nous ayons notre mot à dire», a déploré sa dirigeante, Arlene Foster, dans une tribune publiée samedi par le Belfast Telegraph.

Le DUP est désormais «prêt pour un scénario (de sortie) sans accord», écrit dimanche The Observer.

Pour dissiper les inquiétudes, une prolongation de la période de transition post-Brexit, pendant laquelle le Royaume-Uni restera dans le marché unique et l’union douanière, a, selon plusieurs médias britanniques, été discutée à la table des négociations.

Cette transition est normalement censée s’achever fin décembre 2020. La prolonger alourdirait la facture du divorce à régler par Londres, ont déjà mis en garde des élus eurosceptiques du Parti conservateur britannique.