Sans dépenser un seul sou, Airbus devient l’actionnaire majoritaire du programme CSeries. La part de Bombardier sera de 31 %, alors que celle de l’État québécois, qui a injecté 1 milliard $US en 2015, recule à 19 %.

Bombardier pense éviter les tarifs aux États-Unis

Le partenariat entre Bombardier et Airbus devrait permettre aux avions CSeries d’échapper à d’éventuels tarifs aux États-Unis, estime l’avionneur, en plus de faire en sorte que les efforts de Boeing se retournent contre le géant américain.

Selon une source, l’avionneur québécois dispose d’analyses juridiques indiquant qu’on ne peut appliquer des droits punitifs à la frontière puisque l’assemblage de l’avion pour ses clients américains s’effectuera à l’usine d’Airbus en Alabama.

«Cette ligne aux États-Unis peut régler cette dispute commerciale parce que [l’avion] est considéré comme un produit national [ce qui fait en sorte] que les tarifs ne s’appliquent pas», a expliqué mardi le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare. Celui-ci se trouvait à Toulouse, en France, avec le chef de la direction d’Airbus, Tom Enders, afin de discuter du partenariat entre les deux entreprises annoncé la veille.

L’action s’envole

À la Bourse de Toronto, l’action de Bombardier (TSX : BBD.B) s’est envolée pour toucher un sommet annuel de 2,97 $. Le titre a clôturé à 2,73 $, en hausse de 37 ¢, ou 15,68 %. En France, le titre d’Airbus a pris 3,72 euros, ou 4,83 %, pour coter à 80,79 euros. Quant à Boeing, le cours de son action est demeuré relativement inchangé, à 258,62 $US.

Sans dépenser un seul sou, le géant européen devient l’actionnaire majoritaire du programme CSeries. La part de Bombardier sera de 31 %, alors que celle de l’État québécois — qui a injecté 1 milliard $US en 2015 — recule à 19 %. La transaction, dont la clôture est prévue au milieu de 2018, doit obtenir le feu vert des autorités réglementaires dans quelques pays, dont le Canada.

Cette transaction constitue en quelque sorte une riposte à la plainte déposée par Boeing au printemps et ayant permis à Washington d’imposer des tarifs préliminaires d’environ 300 %.

«Nous allons continuer à nous opposer à cette plainte et nous estimons que la démarche est injustifiée», a affirmé M. Bellemare.

Par voie de communiqué, Boeing a répliqué que la transaction entre Bombardier et Airbus n’avait aucun impact sur d’éventuels tarifs qui s’appliqueraient sur les pièces importées — comme les ailes de l’appareil — pour l’assemblage des avions CSeries.

D’après diverses sources, Bombardier et Boeing ont tenté sans succès de dénouer l’impasse avant que le département américain du Commerce détermine qu’il y a eu des subventions indues totalisant 220 % pour les appareils CSeries exportés au sud de la frontière.

La multinationale québécoise a fait valoir à maintes reprises que les Américains seraient touchés par les tarifs parce que plus de la moitié des pièces des appareils de la CSeries sont produites par des fournisseurs américains, incluant les moteurs de Pratt & Whitney.

Bénéfique pour l’avionneur québécois

Si plusieurs ont déploré une perte de contrôle québécois de la CSeries, la majorité des analystes financiers ont estimé que d’un point de vue politique, Bombardier avait marqué des points.

«Puisqu’il y aura une ligne de production aux États-Unis, tout ce qui entoure la plainte de Boeing devrait se dissiper puisque le CSeries ne sera plus exporté au sud de la frontière pour les clients américains», a écrit Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale, dans une note.

De son côté, Richard Aboulafia, de la firme américaine Teal Group, a identifié Boeing comme le perdant, puisque sa démarche a incité Bombardier à se tourner vers le plus important concurrent du géant américain.