Bombardier traîne une dette de 9,3 milliards $US et souhaite accélérer son désendettement puisqu’environ 60 % de cette somme doit être remboursée d’ici cinq ans.
Bombardier traîne une dette de 9,3 milliards $US et souhaite accélérer son désendettement puisqu’environ 60 % de cette somme doit être remboursée d’ici cinq ans.

Bombardier largue l’A220 et perd gros [VIDÉO]

Cinq ans après l’arrivée d’Alain Bellemare aux commandes de Bombardier, l’entreprise laisse aller l’ex-C Series pour de bon en cédant sa participation restante dans le programme à Airbus et au gouvernement québécois.

Le constructeur d’avions et de trains, qui traîne une dette de 9,3 milliards $ US et qui souhaite accélérer son désendettement puisqu’environ 60 % de cette somme doit être remboursée d’ici cinq ans, recevra 591 millions $ US. Il sera aussi libéré de l’obligation d’injecter 700 millions $ US - dont 350 millions $ US pour maintenir sa participation dans la Société en commandite Airbus Canada (SCAC) - d’ici le 1er juillet 2021.

Pour Bombardier, il s’agit donc d’une transaction représentant une valeur d’environ 1,3 milliard $ US.

Airbus, qui contrôle la famille d’appareils maintenant appelée A220 depuis l’été 2018, verra sa participation grimper à 75 %, tandis que celle de Québec - qui a injecté 1 milliard $ US en 2016 - passera 16 % à 25 % sans fonds supplémentaires. L’avionneur européen pourra également racheter la participation de l’État québécois en 2026, soit trois années plus tard que prévu.

La transaction concernant a été annoncée avant la publication des résultats financiers de Bombardier, qui a affiché une perte de 1,61 milliard $ US en 2019 sur des revenus de 15,8 milliards $ US, en recul de 3 %, alors que persistent les rumeurs entourant une offre du géant français Alstom pour Bombardier Transport, dont le siège social se trouve à Berlin, en Allemagne.

Sans surprise, le président et chef de la direction de Bombardier a été avare de commentaires, se limitant à dire que l’entreprise continuait à «examiner ses options».

«Nous avons effectué beaucoup de ménage au cours des cinq dernières années, s’est limité à dire M. Bellemare. La stratégie a toujours été de quitter l’aviation commerciale. Nous avons des actifs solides. Nous allons procéder de la bonne façon.»

La société aurait également récemment discuté avec le géant américain Textron concernant la vente de sa division des jets d’affaires, qui construit les familles d’appareils Global, Learjet et Challenger et qui compte plus de 12 000 employés au Québec.

Bombardier avait mis le projet de la C Series sur la table à dessin en 2004 dans l’espoir de se tailler une place dans le segment des appareils pouvant transporter de 100 à 150 passagers dominé par Boeing et Airbus. Toutefois, les retards et les dépassements de coûts ont fait bondir la facture à plus de 6 milliards $ US pour la société.

Outre la C Series, M. Bellemare a vendu une panoplie d’actifs depuis son arrivée. La multinationale avait déjà pratiquement quitté l’aviation commerciale dans la foulée des ventes du programme d’avions turbopropulsés Q400 et des jets régionaux CRJ.

Valeur en baisse

Pour l’exercice 2019, Bombardier a comptabilisé une charge d’environ 1,6 milliard $ US liée à la SCAC, ramenant la valeur de sa participation dans le programme de l’A220 à 525 millions $ US au 31 décembre.

«L’important n’était pas seulement le montant que recevra Bombardier pour sa participation, qui est un peu mieux que ce que j’avais prévu, mais sa capacité d’éviter les 700 millions $ US de contributions au programme», a souligné l’analyste Chris Murray, d’Altacorp Capital, au cours d’un entretien téléphonique.

Celui-ci a rappelé qu’il y avait des «enjeux» en matière de trésorerie à l’heure actuelle chez Bombardier.

Les données du rapport annuel de Bombardier suggèrent que la participation de 25 % détenue par l’État québécois dans la SCAC ne vaut qu’environ 390 millions $ US, ou environ 515 millions $ CAN.

La dévaluation comptabilisée par Québec est plutôt de l’ordre de 600 millions $ CAN, a toutefois indiqué le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, en conférence de presse à l’Assemblée nationale. Aux yeux du gouvernement Legault, l’investissement qui est maintenant considéré comme un prêt vaut donc 700 millions $ CAN.

Un transfert

En quittant la SCAC, Bombardier cède à Stelia Aéronautique - une filiale d’Airbus - les activités de fabrication de pièces pour l’A220 et l’A330 de l’avionneur européen, qui sont effectuées dans l’arrondissement montréalais de Saint-Laurent. Cela touche environ 360 travailleurs.

«Pour nous, l’important a toujours été de préserver les emplois, les conditions de travail et notre écosystème aérospatial québécois, a souligné le coordonnateur québécois du syndicat des Machinistes, David Chartrand. C’est donc le meilleur des scénarios dans les circonstances.»

Le travail effectué à Saint-Laurent devrait être déplacé vers le site de Stelia à Mirabel, ce qui est prévu dans trois ans. Plus de 2500 employés travaillent sur l’A220 à Mirabel et le programme fournit du travail à des centaines d’autres personnes chez différents fournisseurs.

Selon le gouvernement Legault, c’est ainsi quelque 3300 emplois qui sont préservés en vertu de l’entente annoncée jeudi.

Parallèlement, Airbus a annoncé jeudi la signature d’une lettre d’entente avec Green Africa Airways pour la vente de 50 appareils A220-300. Ces avions devraient être assemblés au Québec après la confirmation de cette commande.

Dans le rouge

Abstraction faite des éléments non récurrents, la perte ajustée de Bombardier s’est chiffrée à 396 millions $ US, ou 25 cents US par action, alors que la société avait affiché un bénéfice ajusté de 438 millions $ US, ou 14 cents US par action, en 2018.

Malgré une amélioration des résultats du côté des avions d’affaires, des retards et d’autres pépins continuent d’entraver d’importants contrats ferroviaires, ce qui pèse sur les résultats de ce secteur. Bombardier Transport a vu ses revenus reculer de 7 %, à 8,3 milliards $, en 2019, alors que son bénéfice avant intérêts et impôts a plongé de 97 %, à 22 millions $ US.

Puisque la performance de Bombardier Transport n’a pas été au rendez-vous, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) verra sa participation dans cette division augmenter de 2,5 points de pourcentage, à 32,5 %.

Affirmant avoir accès à des liquidités de 5,5 milliards $ US, Bombardier estime néanmoins avoir «la flexibilité nécessaire pour achever» son redressement.

À la Bourse de Toronto, l’action de catégorie B de la compagnie cotait à 1,61 $, jeudi après-midi, en hausse de 4 cents, ou 2,5 %.

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QUÉBEC PREND UNE PROVISION DE 600 MILLIONS $

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, estime que la transaction annoncée par Bombardier est bénéfique pour toutes les parties, le Québec y voyant un renforcement de son secteur aéronautique et le maintien des emplois.

Et ce, même si Québec doit prendre une provision de 600 millions $, qui vient fragiliser la valeur de l’investissement fait par le gouvernement québécois dans la CSeries en 2016.

Investissement Québec avait investi 1,3 milliard $ dans le programme CSeries de Bombardier en 2016, rebaptisé depuis A220 et acquis en bonne partie par Airbus.

La participation du gouvernement dans la division A220, qui était de 16 pour cent, passe à 25 pour cent, «sans mettre d’argent» public supplémentaire, a précisé le ministre en conférence de presse.

La restructuration était essentielle à la poursuite des activités de Bombardier, selon le ministre.