Pour la Fédération des chambres de commerce du Québec, les blocus ferroviaires ont plongé le Québec et le Canada dans une crise d’image qui s’est déplacée à l’international.

Blocus et COVID-19: les manufacturiers crient à l’aide

MONTRÉAL — À quatre jours du dépôt du budget à Québec, l’industrie manufacturière québécoise demande l’aide du gouvernement Legault pour contrebalancer les impacts causés par les blocus ferroviaires et ceux à venir en raison du nouveau coronavirus.

Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ) a rendu public vendredi un sondage auprès de ses membres dans lequel on apprend qu’une majorité des répondants affirment avoir quotidiennement perdu entre 20 000 $ et 50 000 $ par jour de blocage. Environ le quart des répondants disent avoir absorbé eux-mêmes les pénalités imposées pour les retards de livraison et 28 % affirment avoir été forcés de diminuer leur production, notamment en raison de retards dans la livraison de matières premières.

«C’est énorme et il y a des gens pour qui c’était beaucoup plus important; on parlait de millions de dollars de pertes», a précisé la présidente-directrice générale de MEQ, Véronique Proulx, en entrevue avec La Presse canadienne.

«Il va y avoir aussi des pertes à plus long terme parce qu’il y a de nos membres qui ont perdu des contrats qu’ils ne pourront pas récupérer», a-t-elle précisé.

Après le rail, le virus

Ces données concernent principalement les blocus ferroviaires, maintenant terminés, mais le COVID-19 a commencé de son côté à freiner les importations de produits et composantes requis pour la fabrication, notamment ceux en provenance d’Asie.

«Il y a des gens qui se disaient, à défaut du rail, qu’ils allaient faire venir leurs produits par avion de la Chine, mais ils n’étaient pas plus capables parce que les usines de leurs fournisseurs avaient fermé en Chine ou tournaient au ralenti», a fait valoir Mme Proulx.

Sans surprise, près de neuf répondants sur dix souhaitent bénéficier de subventions pour atténuer les impacts de la crise.

MEQ presse donc Québec de venir soutenir ses membres, non seulement avec une aide subventionnaire directe, mais aussi une réduction de la taxe sur la masse salariale, bien que cette demande n’émane que du tiers de ses membres. La demande de réduire la taxe sur la masse salariale est cependant une revendication constante des milieux d’affaires depuis des dizaines d’années.

Véronique Proulx est convaincue que Québec a les moyens d’intervenir en faveur de ses membres.

«On pense qu’il va avoir de la marge pour pouvoir supporter les entreprises qui ont été touchées. Le secteur manufacturier, c’est un secteur qui contribue de façon importante à la croissance économique du Québec. Le premier ministre [François] Legault parle souvent des emplois bien payés. Ces emplois se retrouvent souvent dans le manufacturier qui se trouve affecté.»

Les demandes visent également Ottawa et, à ce chapitre, Mme Proulx se dit rassurée par les propos du ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, qui a fait part vendredi des intentions de son gouvernement d’intervenir pour contrer l’impact du coronavirus.

Une crise d’image

Même son de cloche du côté des chambres de commerce, alors que la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) affirme que la récente crise du rail a eu de grandes conséquences économiques et que des mesures concrètes sont importantes pour rétablir rapidement un climat d’affaires favorable aux investissements au Québec.

Charles Milliard, président-­directeur général de la FCCQ, signale que les grands perdants de cette crise ont été les entreprises qui utilisent le transport ferroviaire pour déplacer leurs marchandises ainsi que les opérateurs.

Cependant, il déplore que la crise ait maintenant des effets sur des projets économiques aussi importants que ceux de la conduite souterraine Gazoduq et de la liquéfaction de gaz naturel d’Énergie Saguenay. Il estime que ces projets s’inscrivent dans une logique de transition énergétique et de diminution des gaz à effet de serre (GES) et génèrent des retombées économiques importantes pour les communautés régionales.

À son avis, le Québec et le Canada font face à une crise d’image qui s’est déplacée à l’international. Les gouvernements du Québec et du Canada devraient donc, selon lui, réparer les dommages en soutenant les entreprises qui ont subi les impacts des blocages ferroviaires.

Sandra Rossignol, directrice générale de la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord (CCISF), ajoute que le retrait confirmé d’un investisseur majeur dans le dossier GNL Québec touche négativement le Saguenay et l’ensemble du Canada.

Pour sa part, le président de la Chambre de commerce Baie-des-Chaleurs (CCBDC), Luc Leblanc, rappelle qu’au cours des dernières années, des rapprochements significatifs ont eu lieu entre la population de la Gaspésie et les Micmacs qui ont bloqué jusqu’à jeudi une voie ferrée à Listuguj. Il craint cependant que les blocus aient un potentiel de laisser des cicatrices pour plusieurs années dans les communautés concernées.