Rémi Dufresne et Jean-Philippe Harvey ont tenu à rétablir les faits à la suite des propos tenus par Daniel Gobeil.

Bleuets sauvages du Québec se défend

Les principaux actionnaires du transformateur Bleuets sauvages du Québec en ont assez de se faire accuser de tous les maux par le président du Syndicat des producteurs de bleuets, Daniel Gobeil. Ils entendent répliquer vigoureusement à ces attaques qui minent la confiance du public à l’endroit de l’entreprise qui exploite quatre usines au Québec et exporte le petit fruit bleu dans 38 pays.

Le directeur du comité d’usine, Jean-Philippe Harvey, et le directeur financier, Rémi Dufresne, ont accordé une longue entrevue au Quotidien afin d’établir le cadre dans lequel l’entreprise allait œuvrer au cours des prochaines années. « L’industrie du bleuet fait face à de nouveaux enjeux et pendant ce temps, on se fait accuser de toutes sortes de choses qui ne sont pas vraies. On a même utilisé le nom d’Hitler pour désigner Jean-Eudes Senneville. Il y a une limite », précise Jean-Philippe Harvey.

Ce dernier ne voit pas comment l’entreprise pourrait jouer dans le dos des producteurs de bleuets, comme le soutient le président du syndicat, alors que ses 48 actionnaires en sont également membres et, qui plus est, ces mêmes actionnaires ont entre les mains, chaque année, les états financiers.

« Avec les états financiers, ils ont déjà beaucoup d’informations. Mais nous ne donnerons pas nos coûts de production puisque nous faisons face à de la concurrence au Québec, dans les Maritimes et dans le Maine. Le seul chiffre que nous pouvons donner est qu’il en coûte un cent la livre par mois pour la congélation. Quand nous conservons des bleuets 12 mois, ça coûte 12 cents la livre que l’on doit multiplier par des millions de livres puisque nous avons la responsabilité d’écouler les bleuets des producteurs », insiste Jean-Philippe Harvey.

Responsabilité

« La responsabilité du producteur est d’empiler les boîtes de bleuets sur le bord de la route. Il n’a pas d’autres problèmes, puisque nous nous chargeons de la transformation à l’écoulement dans 38 pays et ce n’est plus le Québec qui fixe les prix sur le marché international, lequel bénéficie en ce moment d’une production de 2,5 milliards de livres de bleuets. Ça inclut ceux de culture et le bleuet sauvage comme celui récolté dans les grandes bleuetières de la région. »

Il n’existe pas de monopole, selon les dirigeants de Bleuets sauvages du Québec, puisque huit entreprises (acheteurs ou transformateurs) ont signé la convention de mise en marché. Le producteur ou propriétaire d’une bleuetière a donc le choix de vendre à huit entreprises différentes. Pour le bleuet frais, le nombre d’acheteurs passe à 10 et, finalement, six acheteurs ont toujours des activités en forêt, mais celles-ci diminuent chaque année et pourraient bien disparaître.

« Les usines sont des centres de coût uniquement. La convention est faite de façon à ce que les usines n’obtiennent qu’une mince marge de profit avec leur coût de production pour laisser la plus grosse partie aux producteurs de bleuets », reprend Jean-Philippe Harvey, qui confirme que les producteurs de bleuets ont connu de très bonnes années quand les prix internationaux fluctuaient à plus ou moins 1 $ américain la livre.

Rémi Dufresne, qui est directeur financier de Bleuets sauvages du Québec, a aussi été l’objet d’attaques de Daniel Gobeil. Il souligne que le bleuet, qui a jadis été un produit de luxe, est aujourd’hui devenu une commodité dans l’industrie agroalimentaire. C’est ainsi qu’une entreprise peut tout simplement décider de faire plus de petits gâteaux aux framboises qu’à la saveur de bleuets si le prix des framboises est plus bas.

Surproduction

La chute des prix dans l’industrie du bleuet sauvage est survenue après l’accumulation de surplus dans l’est du Canada. Les transformateurs ont été dans l’obligation de liquider des surplus de bleuets sauvages au prix du bleuet de culture.

Cinq firmes ont vérifié les livres des transformateurs pour en arriver à la conclusion que la convention de mise en marché avait été scrupuleusement respectée.

Rémi Dufresne estime que les grands producteurs de la région (coopératives et quelques familles) tirent bien leur épingle du jeu avec un prix à 30 ou 35 cents la livre. Tout indique que ce prix, et peut-être légèrement plus, est là pour rester. L’industrie du bleuet suit de quatre ou cinq ans le même modèle de développement que celui de la canneberge et le scénario pour le petit fruit rouge a été le même. Une forte hausse suivie de baisses importantes dans les prix, suivie d’une très lente remontée.

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LE MARCHÉ ÉCHAPPE AUX PETITS PRODUCTEURS

L’avenir de l’industrie du bleuet s’annonce sombre pour les petits producteurs qui ne sont pas en mesure de mettre en place des façons de faire pour en arriver à une réduction significative des coûts d’exploitation des bleuetières.

Bleuets sauvages du Québec mise sur deux stratégies pour tirer son épingle du jeu dans une industrie où l’offre mondiale du bleuet dépasse chaque année la croissance de la demande. Comme dans toutes les industries de commodité, la réduction des coûts constitue l’élément de base pour solidifier l’entreprise.

La région compte en ce moment 400 producteurs de bleuets. Les 48 actionnaires de l’entreprise Bleuets sauvages du Québec sont en mesure de fournir 80 % des besoins globaux des quatre usines de transformation.

La place des petits producteurs est de plus en plus mince et le directeur du comité d’usine, Jean-Philippe Harvey, ne voit pas d’intérêt pour les grands producteurs d’en acheter.

Il explique que les transformateurs ne sont pas responsables des décisions d’entrepreneurs qui ont acquis des bleuetières à des prix beaucoup trop élevés et qui, aujourd’hui, ont des coûts de production qui n’ont aucune commune mesure avec le prix mondial. C’est une question d’offre et de demande et les transformateurs doivent déployer des stratégies pour tirer leur épingle du jeu sur la scène internationale.

Marché de l’emballage

« Daniel Gobeil (le président du Syndicat des producteurs de bleuets du Québec) demande toujours de ne parler que de ce qui se passe dans la région. Le marché du bleuet est international et c’est une réalité à laquelle la région n’échappe pas. »

L’entreprise régionale va aussi développer, dans les prochaines années, le marché de l’emballage pour le compte des géants de l’alimentation. Les bleuets qui répondent aux cahiers de charge d’une entreprise sont mis en sac dans la région et acheminés vers les centres de distribution. Le marché du bleuet congelé est donc intéressant pour les transformateurs de la région.

Pertes

L’industrie doit aussi composer avec des pertes importantes. Les pertes entre le volume qui entre à l’usine et celui qui est transformé sont de 15 %. À la fin de la transformation, 60 % du volume est destiné au marché de catégorie A. La balance est destinée au marché du jus.