Bill Morneau et Steve Mnuchin discuteront notamment d'une éventuelle taxe frontalière.

Bill Morneau à Washington

WASHINGTON - Le nouveau secrétaire au Trésor des États-Unis recevait mercredi à Washington son premier homologue étranger - et il s'agissait du ministre des Finances du Canada.
Steve Mnuchin a accueilli Bill Morneau dans l'édifice du Trésor, voisin de la Maison-Blanche. M. Mnuchin a affirmé que c'était un honneur pour lui d'accueillir un Canadien comme tout premier ministre des Finances d'un pays étranger. Le secrétaire américain a rappelé la longue histoire qui lie les deux pays, précisant qu'il avait hâte de travailler de plus près avec le ministre Morneau.
Les deux administrations auront beaucoup de pain sur la planche au cours des mois à venir. Les États-Unis jonglent notamment avec l'idée de réduire les taux d'imposition pour les entreprises et étudient plusieurs aspects d'une éventuelle taxe frontalière sur les importations, ce qui pourrait toucher le Canada de plusieurs façons.
Mais ces réformes font l'objet de vifs débats et la capitale américaine devrait aussi être passablement occupée avec le dossier de l'assurance maladie avant de pouvoir passer à un autre important dossier cher au Canada : l'avenir de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).
Certains observateurs notent cependant que tous ces dossiers sont liés : la taxe frontalière joue sans conteste dans la cour de l'ALÉNA, et l'administration de Donald Trump ne pourra annoncer l'ampleur d'une réduction de l'impôt des entreprises avant de déterminer comment elle remplacera « l'Obamacare ».
Au milieu de toutes ces inconnues, Bill Morneau a décrit sa rencontre de mercredi davantage comme le premier rendez-vous d'une importante fréquentation. Le ministre canadien n'a même pas voulu exprimer l'avis d'Ottawa sur une éventuelle réforme fiscale avant d'en connaître les détails. « Nous souhaitons pour l'instant établir une relation étroite afin qu'au moment venu, nous puissions discuter des mesures envisagées par le secrétaire Mnuchin et ses collègues », a indiqué M. Morneau après la rencontre.
Dans le cadre de ce premier rendez-vous, le ministre canadien soutient qu'il a offert à l'administration américaine de partager l'expérience de son gouvernement en matière d'investissements dans les infrastructures - une des priorités du président Trump.
Durant son allocution au Congrès, mardi, le nouveau président a cité plusieurs politiques canadiennes, notamment certains aspects du système d'immigration basés sur les compétences, mais aussi la contribution du secteur privé dans son gigantesque plan d'investissements pour les infrastructures. On ignore encore les détails de ce plan de 1000 milliards $.
L'ALÉNA pourrait attendre
Au Congrès américain, on demeure sceptique, voire frustré, face à ces ambitieuses promesses, populaires auprès de l'électorat, mais qui restent pour l'instant vagues sur les mécanismes, qui seraient peut-être moins bien reçues. Dans tout ce contexte, certains se demandent d'ailleurs à quel moment pourraient bien démarrer les négociations sur la réforme de l'ALÉNA.
Mark Warner, avocat torontois spécialisé en droit commercial, ne croit pas que ces négociations seront amorcées avant que Washington ne règle le dossier de la taxe frontalière.
Des législateurs américains soutiennent aussi que les pourparlers ne commenceront pas de sitôt, mais pour une autre raison : la nomination de Robert Lighthizer au poste de représentant américain au Commerce n'a toujours pas été approuvée par le Congrès. Et le président Trump doit prévenir le Congrès 90 jours avant d'amorcer des négociations sur l'ALÉNA.
Le républicain Chris Collins croit qu'avant de prévenir le Congrès, M. Trump attendra que son représentant au Commerce soit confirmé dans ses fonctions - ce qui pourrait prendre encore quelque temps. Les négociations sur l'ALÉNA pourraient-elles être reportées encore des mois ? « Ouais », laisse tomber le représentant républicain de l'État de New York, « l'agent de liaison » entre le Congrès et l'équipe de transition de Donald Trump.