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Le crédit d’impôt pour le prolongement de la carrière a permis à 27 000 emplois d'être maintenus ou créés en moyenne par année entre 2012 et 2019.
Le crédit d’impôt pour le prolongement de la carrière a permis à 27 000 emplois d'être maintenus ou créés en moyenne par année entre 2012 et 2019.

Bilan positif pour le crédit d’impôt pour le prolongement de la carrière

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
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En cette période où le manque de main-d’œuvre n’a jamais été aussi criant, des chercheurs de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques se sont demandé si le crédit d’impôt pour le prolongement de la carrière mis de l’avant par le gouvernement provincial il y a une dizaine d’années avait été efficace. Leur constat: les effets attendus sur le taux d’activité sont positifs.

«Concrètement cette politique aura permis de maintenir ou de créer 27 000 emplois en moyenne par année sur la période de 2012-2019 chez les 60 ans et plus par rapport à la période précédant l’implantation de la mesure», peut-on lire dans l’étude intitulée Une évaluation de l’effet du crédit d’impôt pour la prolongation de carrière publiée par les chercheurs Jean-Michel Cousineau et Pierre Tircher. «La politique aurait par ailleurs été davantage efficace sur la deuxième moitié de la période d’implantation, soit de 2016-2019, que durant la première moitié, de 2012 à 2015.»

Mesure très modeste au moment de son annonce dans le budget provincial de 2011-12, elle n’a jamais cessé d’être bonifiée et elle a été accessible à des groupes d’âges de plus en plus bas. De 46 millions $ lors de sa première année d’application, les coûts sont passés à plus de 330 millions $ en 2019. Et depuis de sa création, plus d’un milliard $ ont été remis en crédits d’impôt.

M. Tircher a expliqué que deux objectifs avaient justifié la mise en place du programme de crédits d’impôt il y a 10 ans, soit le vieillissement de la population, les baby boomers étaient de plus en plus nombreux à arriver à l’âge de la retraite, et le fait que le Québec avait un petit retard par à l’Ontario et au reste du Canada au niveau des personnes âgées entre 60 et 65 ans qui offraient leurs services sur le marché du travail.

«Le gouvernement a été relativement prévoyant à ce niveau-là en prenant les devants», a expliqué M. Tircher. «Dans le reste du Canada, il n’y a pas vraiment de mesures afin d’inciter les travailleurs plus âgés à demeurer sur le marché du travail ou à y revenir. Mais comme plusieurs mesures ont été appliquées au cours des années, c’est peut-être l’entièreté de ce qui a été mis en place qui a augmenté le nombre de travailleurs de plus de 60 ans sur le marché du travail au Québec. Mais le crédit d’impôt étant la mesure la plus importante, on peut penser que c’est une des mesures qui a été la plus efficace.»

Une des solutions

Au moment où les entreprises sont de plus en plus nombreuses à craindre un manque de main-d’œuvre et que plusieurs croient même que celui-ci pourrait affecter leur relance après-pandémie, la rétention sur le marché du travail des gens plus âgés pourrait-elle se continuer au même rythme des années passées compte tenu que les premiers travailleurs visés par les mesures sont maintenant trop vieux pour occuper un emploi?

«Le prolongement de l’activité c’est quelque chose que l’on voit naturellement arriver.  Même avant la mise en place des mesures, on pouvait le noter. Il y avait une activité assez forte dans les années 1970 et 1980, puis elle a fortement diminué dans les années 1990 et depuis la fin des années 1990, elle remonte vraiment très fortement. Il y a plein de raisons à ça comme le fait que même si les gens vieillissent, ils demeurent en santé. Alors si les gens qui vieillissent demeurent encore plus longtemps en en santé, qu’ils sont heureux de travailler, qu’ils se sentent utiles et qu’ils s’épanouissent, il n’y a pas de raison pour qu’ils ne restent pas sur le marché du travail encore plus longtemps.»

Une question se pose. Les personnes plus âgées ont-elles toujours leur place sur le marché du travail? Combien de fois a-t-on entendu dire que les plus vieux devaient laisser la place aux plus jeunes? Selon M. Tircher, ce constat a été fait pendant des périodes où les taux chômage étaient assez élevés. Et parallèlement, soit avant les années 2010, les régimes de retraite et les mesures du gouvernement étaient plutôt orientés pour inciter au départ du marché du travail pour justement laisser la place aux jeunes.

«Nous sommes maintenant dans une dynamique tout à fait différente. Il y avait une croissance économique très soutenue avant la COVID avec des pénuries de main-d’œuvre qui commençaient à paraître. On veut donc maintenant le plus possible garder les travailleurs âgés.

«Je pense que l'idée qu’il faut laisser la place aux jeunes peut toujours exister et en particulier dans l’esprit des travailleurs eux-mêmes qui ont eu tout leur parcours professionnel. Certains peuvent penser qu’ils n’ont plus leur place sur le marché du travail. Ils font de l’auto-âgisme. Ils se discréditent eux-mêmes. Mais je pense que ce qui serait le bienvenu, c’est qu’ils demeurent sur le marché de l’emploi le plus longtemps possible.... en autant qu’ils en aient le désir.»

M. Tircher n’a pas caché que lorsqu’il était question de pénurie de main-d’œuvre et de solutions pour la contrer, le prolongement de la vie active des travailleurs d’expérience ne transparaissait pas dans le public, et ce, même s’il était un enjeu pour le gouvernement. Pourtant certaines pénuries pourraient être partiellement comblées. Il a ajouté que le fait d’insister sur l’expérience des travailleurs de plus de 60 plutôt que sur leur âge pourrait avoir un effet motivant sur la décision de certains de continuer à travailler ou pas.

«Il y a deux axes importants pour garder les travailleurs d’expérience à l’emploi. Il faut d’abord faire connaître les mesures incitatives gouvernementales puis contrer l’âgisme. Il faut lutter contre les stéréotypes envers les travailleurs plus âgés. On dit, par exemple, qu’ils ne savent pas s’adapter aux technologies, qu’ils sont moins productifs, qu’ils coûtent plus chers, etc. Ce sont des stéréotypes qui peuvent être vrais, mais qui ne le sont pas toujours. Et ceux-ci peuvent neutraliser l’efficacité des mesures d’incitation à demeurer ou à retourner sur le marché du travail.

«Cet âgisme arrive aussi parfois pendant le parcours professionnel. On n’offre plus de formations aux travailleurs plus âgés ou de promotion et on ne les valorise pas. Ça ne vaut pas la peine d’investir dans leur capital humain, car ces travailleurs vont bientôt prendre leur retraite. C’est aux entreprises de jouer un rôle à ce niveau-là. Le gouvernement a beau mettre en place des mesures pour inciter les travailleurs à demeurer actifs, il faut que ceux-ci soient accueillis correctement et qu’ils aient des emplois qui soient parfois adaptés. C’est là qu’il faut maintenant mettre l’accent.»