Hydro-Québec paie 9,4 cents (0,094$) le kWh produit par les parcs éoliens, alors que le prix du marché à l’exportation se situe dans une fourchette qui a varié entre 3,8 cents et 4,6 cents au cours de la dernière année.

Bénéfice net en hausse 18% chez Hydro-Québec

MONTRÉAL — La vente d’une participation majoritaire dans TM4 a permis à Hydro-Québec de gonfler son bénéfice net, qui a atteint 2,576 milliards $ pour les neuf premiers mois de 2018, en hausse de 386 millions $ (18 %) par rapport à la même période de l’an dernier, où le bénéfice net d’Hydro atteignait 2,19 milliards $.

Cependant, ce résultat a été plombé par l’obligation d’acheter de l’énergie éolienne, qui a représenté un déboursé de 747 millions $ pour une production de 8 TWh durant les trois premiers trimestres.

Or, selon les recoupements et informations obtenues par La Presse canadienne, Hydro-Québec aurait pu répondre à la demande sans acheter d’énergie éolienne avec les surplus dont elle dispose, mais la société d’État n’a guère le choix, étant obligée par contrat d’acheter cette production.

En rendant publics les résultats, vendredi, le vice-président et chef de la direction financière d’Hydro, Jean-Hugues Lafleur, a précisé en faisant le point sur les exportations que «l’Ontario est un marché où l’on pourrait aller vendre 10 TWh sans même construire de nouveaux ouvrages» avec la capacité actuelle des lignes de transport.

Puisque les ventes à l’Ontario totalisent 4 TWh, c’est donc dire que les barrages pourraient fournir un autre 6 TWh. Bien que cela ne comble pas les 8 TWh achetés, Hydro-Québec a également dû procéder à des déversements, ses barrages étant trop pleins.

Hydro-Québec ne dévoile pas les quantités déversées pour des raisons de compétitivité, mais une source au sein de l’entreprise a confié à La Presse canadienne que l’on parlait de «plusieurs TWh» déversés qui, une fois ajoutés aux surplus disponibles dans les barrages mentionnés par M. Lafleur, démontrent que l’on aurait pu fournir toute l’électricité requise sans faire appel à la production éolienne.

De plus, le document intitulé «État d’avancement 2018 du Plan d’approvisionnement 2017-2026», déposé par Hydro à la Régie de l’énergie en soutien de sa demande d’augmentation tarifaire, indique clairement que l’on prévoit des surplus de 9,8 TWh pour 2019, et ce, sans compter d’éventuels déversements déjà prévisibles en raison des niveaux élevés des barrages.

Fait à noter, la société d’État paie 9,4 cents (0,094$) le kWh produit par les parcs éoliens, alors que le prix du marché à l’exportation se situe dans une fourchette qui a varié entre 3,8 cents et 4,6 cents au cours de la dernière année.

Vente d’actifs

La société d’État avait procédé, au deuxième trimestre, à la cession de 55 % des actions de sa filiale TM4 à la multinationale Dana, ce qui a entraîné un gain de 277 millions $.

En vertu de cette transaction, les moteurs électriques de TM4 se retrouvent maintenant dans le catalogue de la firme américaine Dana, un équipementier international qui compte plus de 10 000 clients dans 33 pays, dont Ford, General Motors, Nissan, Volvo et Toyota.

Le vice-président exécutif et chef de la direction financière d’Hydro, Jean-Hugues Lafleur, réitère que le partenariat conclu avec Dana «permettra de renforcer les activités de TM4 au Québec».

Hiver plus froid et été plus chaud

Sur le marché intérieur, la société d’État a bénéficié de températures près des normales à l’hiver 2017-2018, comparativement à des températures légèrement au-dessus des normales l’hiver précédent. Les approvisionnements en électricité fournis par Hydro-Québec Production à Hydro-Québec Distribution pour la vente au Québec ont augmenté de 75 millions $ comparativement à la période correspondante de 2017.

Si une bonne part de cette performance vient d’un hiver plus froid que le précédent, la canicule de l’été a également joué un rôle dans la croissance des revenus.

La consommation québécoise globale durant le trimestre qui s’étend du 30 juin au 30 septembre a augmenté de 1,6 TWh, soit une hausse de 4 % par rapport au trimestre d’été 2017. Durant cette période marquée par de nombreuses canicules, la température moyenne a été supérieure d’un degré Celsius à la normale et Hydro a constaté une augmentation de 0,7 TWh dans le secteur résidentiel qu’elle attribue à la climatisation.

L’autre portion, soit 0,9 TWh, provient toutefois de la croissance économique, soit le branchement de nouvelles résidences et de nouvelles entreprises et une augmentation de l’activité des entreprises existantes.

Exportations record

Par ailleurs, les résultats trimestriels font état d’un volume record d’exportations nettes de 28,8 TWh pour les trois premiers trimestres, soit 1,7 TWh de plus que le précédent record établi pour les neuf premiers mois de 2017, ce qui se traduit par une augmentation de 11 millions $ par rapport à la même période l’an dernier. Les exportations ont totalisé 1,235 milliard $ durant cette période.

Interrogé sur l’élasticité de cette hausse, M. Lafleur a reconnu qu’elle s’approchait de la limite, outre la capacité encore disponible pour l’Ontario mentionnée ci-dessus, d’où la nécessité de trouver des ententes pour transporter l’or hydroélectrique vers le Nord-Est américain.

«Les lignes sont très sollicitées; les 15 interconnexions avec les divers marchés sont pleinement sollicitées», a d’abord affirmé M. Lafleur avant de préciser qu’»il nous reste quand même de la place sur le marché de l’Ontario».

«Sur la partie Nouvelle-Angleterre, on est limités, d’où l’entente qu’on a eue avec le Massachusetts pour pouvoir faire une vente à long terme, un contrat de 20 ans, pour une dizaine de TWh qui fait en sorte que ça amène la construction d’une ligne de près de 1200 MW additionnels. Ça, ce serait merveilleux», a soupiré l’homme d’affaires.

Hydro rapporte par ailleurs avoir recueilli 1,2 milliard $ grâce à ses activités de financement au troisième trimestre par le biais de deux émissions d’obligations venant à échéance en 2055, à un coût moyen de 3,04 %.