Bell a annoncé une restriction de 20 % du déploiement de son service Internet à large bande pour les petites villes et les collectivités rurales, ce qui équivaut à environ 200 000 résidences.

Bell supprimera 200 000 foyers d'un plan d'expansion de l'Internet en région

L'entreprise de télécommunications Bell a annoncé qu'elle supprimerait environ 200 000 foyers d'un programme d'expansion de l'Internet en milieu rural.

Cette décision survient après que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a révisé à la baisse les tarifs de gros pour les concurrents qui accèdent aux réseaux d'accès haute vitesse actuels des grandes sociétés de câblodistribution et de téléphonie.

Cette décision du CRTC a aussi fait réagir les entreprises Cogeco et Rogers, qui ont déclaré évaluer leurs options pour l'avenir.

Bell a indiqué lundi qu'elle estimait à 100 millions $ les répercussions financières de l'ordonnance du CRTC sur l'entreprise établie à Montréal. Une partie importante de cette somme servira à couvrir l'impact rétroactif des tarifs plus bas selon Bell.

«Imposer cette forme de taxe inattendue et rétroactive aux investissements de capitaux n'assurera pas le développement continu de l'infrastructure internet au Canada», a déclaré Mirko Bibic, chef de l'exploitation de Bell.

L'entreprise a annoncé une restriction de 20 % du déploiement de son service Internet à large bande pour les petites villes et les collectivités rurales, ce qui équivaut à environ 200 000 résidences.

Le CRTC exige que les grandes entreprises de câblodistribution et de téléphonie mettent à disposition des parties de leur réseau, à des tarifs fixés par l'organisme de réglementation, afin d'améliorer la concurrence et de faire baisser les prix.

Après des années de révision, le CRTC a fixé, la semaine dernière, les tarifs définitifs de ce que les petits fournisseurs devraient payer, soit jusqu'à 77 % de moins que les tarifs provisoires fixés en 2016.

Des citoyens «pris en otages»?

La décision de Bell de réduire les dépenses est un geste politique qui a pour but de faire peur, a déclaré John Lawford, directeur et avocat général du Centre pour la défense de l'intérêt public.

John Lawford a accusé Bell de vouloir prendre en otages les citoyens qui vivent en zone rurale.

Il est d'avis que Bell pourrait continuer à faire des bénéfices en vendant l'accès aux infrastructures à de petits fournisseurs tout en continuant l'expansion du réseau internet à haute vitesse dans des zones rurales moins rentables.

«S'ils creusaient un peu plus dans leurs poches et s'ils croyaient vraiment aux zones rurales, ils pourraient aider ces gens mais ils ne le font pas. Ils les utilisent comme des pions, c'est pourquoi je suis écoeuré.»

Il a ajouté que l'expansion de l'internet en milieu rural, qui est déjà subventionnée par le gouvernement, n'est pas vraiment liée à la décision du CRTC de réviser à la baisse les tarifs de gros pour les services à large bande.

Les grandes entreprises de télécommunications font valoir depuis longtemps que des tarifs plus bas pour des services à large bande pourraient avoir un impact sur les investissements dans les infrastructures.

Selon Bell, cette dernière décision signifie que le programme d'expansion rurale sera réduit à 1,2 million de foyers au Québec, en Ontario, au Manitoba et dans le Canada atlantique.

Le plan de déploiement initial prévoyait desservir 800 000 foyers dans de petites villes. Or, ce nombre avait été élargi à plus de 1,2 million d'emplacements à la suite de la mise en place de l'incitatif à l'investissement accéléré par le gouvernement fédéral en novembre 2018.

De son côté, Cogeco a déclaré examiner les détails de la décision du CRTC et évaluer ses options.

«En raison de la décision du CRTC, Cogeco inc. et Cogeco Communications inc. s'attendent à enregistrer un manque à gagner d'environ 25 millions $ pour le trimestre en cours à cause de l'impact rétroactif des tarifs plus bas, dont 15 millions $ pour les exercices financiers 2016, 2017 et 2018 et 10 millions $ pour l'exercice financier 2019», peut-on lire dans un communiqué publié par l'entreprise.

Quant à Rogers Communications, l'entreprise estime qu'elle devra enregistrer une perte de 140 millions $ au cours du présent trimestre à cause de l'impact rétroactif des tarifs plus bas.