Le président et chef de la direction de la Banque Nationale, Louis Vachon, a fait le point sur son industrie lundi dans le cadre d’un événement organisé par le Cercle finance du Québec.

Banque Nationale: la fin des chèques, mais pas des guichets

Pour le grand patron de la Banque Nationale, Louis Vachon, les guichets automatiques et le huard ne sont pas près de disparaître. Toutefois, l’ère des chèques tire à sa fin, prédit-il. Le président fait le point sur son industrie.

Q Avec le virage numérique dans les pratiques financières,quel est l’avenir pour l’argent sonnant et les chèques?

R Dans de nombreux pays sur la planète, comme en Belgique, nous avons vu au cours des dernières années la disparition des chèques. Je pense que sur un horizon de cinq à dix ans, ils disparaîtront aussi au Canada. Actuellement, nous essayons de rendre le paiement Interac beaucoup plus simple et facile, et ce, pour des montants plus importants. Il faut dire que l’utilisation des chèques est en diminution. Maintenant, est-ce que le papier va disparaître d’ici dix ans? La réponse est non.

Q Croyez-vous toujours à la nécessité des guichets automatiques?

R Oui. Ils ne disparaîtront pas d’ici 10 ans. La réalité, c’est que oui, nous voyons dans nos statistiques une baisse importante de l’utilisation du paiement avec des billets de banque. Le paiement par cartes est en croissance ainsi que celui par téléphone. Toutefois, au Canada, encore 40 % des transactions au comptoir sont réalisées avec de l’argent. Au Québec, ce sont 48 %. Je ne pense pas que les gens veulent éliminer le papier à court terme de l’économie, donc les guichets automatiques vont être encore là dans dix ans.

Au niveau de notre réseau physique, le nombre de nos guichets n’est pas appelé à diminuer de façon importante. Quant au nombre de nos succursales, il est relativement stable. Ce qu’on prévoit faire, c’est de repositionner nos succursales d’une superficie moyenne au cours des 10 prochaines années. Elles vont être plus petites.

Q Envisagez-vous profiter du fait que Desjardins diminue ses services dans des régions?

R On le fait déjà de façon très sélective. Il y a des endroits où Desjardins se retire et cela fait un trou  géographique. On pourrait regarder pour un guichet automatique. Si cela peut complémenter notre réseau physique, on va le faire.

Q Avez-vous des projets pour la région de Québec?

R On regarde actuellement pour nos bureaux régionaux. Peut-être une relocalisation. Nous sommes à Place de la Cité.

Q Les cryptomonnaies sont-elles une menace pour les systèmes bancaires?

R Non. Je pense que c’est un phénomène technologique, social et économique qui va demeurer. Je suis très sceptique vis-à-vis les cryptomonnaies. Cela va être un marché de niche. Est-ce que cela va remplacer les monnaies émises par différents pays au cours de la prochaine décennie? Non, je ne crois pas.

Il faut comprendre qu’au cours des 25 dernières années, plusieurs mesures ont été mises en place à l’intérieur des systèmes bancaires pour contrôler l’évasion fiscale et diminuer le blanchiment d’argent.

L’une des grandes motivations derrière les cryptomonnaies provient de l’Asie, surtout de la Chine. Cela permet à de nombreux Chinois de contourner les règles de change pour sortir de l’argent de leur pays au-delà des limites actuelles.

Pour le blockchain, je suis toutefois plus positif. C’est une technologie qui pourrait être très utile.

Q Quelle est l’importance des fintechs et des nouvelles technologies pour vous?

R Nous travaillons depuis plusieurs années sur l’intelligence artificielle. On veut que chaque secteur de la banque, chaque ligne d’affaires et chaque secteur corporatif aient ses spécialistes et l’intelligence artificielle. Par ailleurs, nous avons environ six fintechs dans lesquels nous investissons. Ce sont aujourd’hui des fournisseurs de services, des alliés au système bancaire. Il ne faut toutefois pas que le lien que nous avons avec les fintechs devienne le maillon faible de notre chaîne de protection. L’enjeu est la cybersécurité.

Depuis deux ans, nous avons aussi un bureau permanent de la transformation afin de répondre aux nouveaux défis de l’industrie. Il compte une vingtaine d’employés.

Ce sont 750 millions $ qu’on investit en technologie chaque année. Environ 400 millions $ pour la maintenance des systèmes et 350 millions $ dans les nouveaux projets informatiques.

Q Récemment, Amazon annonçait envisager de se lancer dans les services bancaires. Qu’en pensez-vous?

R Il y a une chose intéressante dans ce dossier. Ils veulent travailler avec une banque. Ils ne veulent pas aller directement dans le système bancaire. Ils ne veulent pas être réglementés comme une banque. Je pense que les géants vont rester en périphérie du système bancaire.