Une «mine» de bitcoins est un vaste local rempli d’ordinateurs consacrés à la cryptomanie. Une seule mine peut utiliser plusieurs centaines de mégawatts d’électricité, notamment pour refroidir les machines.

Baie-Comeau veut des «mines» de... bitcoins

BAIE-COMEAU – Dans l’imaginaire populaire, la Côte-Nord est reconnue pour ses mines, mais sûrement pas pour ses «mines» de bitcoins, ces vastes locaux remplis d’ordinateurs énergivores consacrés à la cryptomonnaie. Le maire de Baie-Comeau, Yves Montigny, veut cependant lancer sa ville dans cette voie.

«On travaille avec tous les partenaires, qu’ils soient dans le bitcoin ou dans d’autres genres de données», a déclaré M. Montigny en marge d’un dîner avec quelques gens d’affaires de Baie-Comeau. «Il faut qu’on prenne ce créneau-là pour qu’on soit en mesure de concurrencer d’autres villes dans le monde. On s’est clairement identifié auprès d’Hydro-Québec.»

Selon le maire, Baie-Comeau a comme atouts les espaces disponibles, sa proximité avec les grands barrages hydroélectriques et son climat. «Ici, l’été, il n’y a pas de pointe de consommation pour la climatisation, comme dans les grands centres», fait-il valoir.

L'énergie, le nerf de la guerre

Il faut savoir que tout dépendant du nombre d’ordinateurs en cause, une seule mine de bitcoins peut utiliser plusieurs centaines de mégawatts d’électricité, notamment pour refroidir les machines.

Le maire Yves Montigny (au centre) croit au potentiel de sa ville d'accueillir un centre de traitement de données ou une «mine» de bitcoins.

Hydro-Québec est bien sûr intéressée à accueillir des projets de ce genre et l’a déjà fait savoir aux clients potentiels. «On a reçu plus d’une centaine de projets», a souligné Marc-Antoine Pouliot, porte-parole d’Hydro-Québec au dossier, qui parle d’une quantité de cinq terrawatts/heure d’énergie disponible pour les «mineurs» de bitcoins.

Du potentiel, mais...

La société d’État ne fonce toutefois pas tête baissée dans l’aventure et s’assurera, entre autres, que les promoteurs de tels projets «paient en amont» les investissements que nécessitent leurs futures opérations. Des installations particulières sont nécessaires pour faire transiter pareille quantité d’électricité.

«C’est sûr que pour nous, il y a un potentiel de vente, mais il faut rester prudents. Il y a encore des points d’interrogation, mais il y a aussi des opportunités, enchaîne M. Pouliot. Il faut bien comprendre l’industrie en question, ses besoins et il ne faut pas que le coût des transformations nécessaires à son installation soit transféré à nos clients actuels.»

Le porte-parole n’a pas précisé si des projets visaient Baie-Comeau, signalant que la majorité des dossiers reçus concernent la grande région de Montréal. «La plupart des projets cherchent à démarrer rapidement, là où des installations le permettent déjà», conclut M. Pouliot, qui évalue à «moins de cinq» le nombre de mines de bitcoins de taille significative au Québec présentement.

Et tant qu’à avoir de l’ambition, le maire Montigny rêve d’un projet de mine de bitcoins ou de centre de données, «où la chaleur serait récupérée pour, par exemple, un projet de serre», a-t-il lancé.

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DES ORDIS RELIÉS À UN VASTE RÉSEAU

BAIE-COMEAU — Une «mine» de cryptomonnaie (le bitcoin est la plus connue, mais pas la seule), c’est une série d’ordinateurs, dans un même endroit, reliés à l’ensemble d’un vaste réseau.

Avec leur matériel informatique, tous les «mineurs» effectuent une infinité de calculs mathématiques. Ces algorithmes complexes, changés régulièrement, assurent la sécurité des transactions.

Quand une transaction est validée, chaque ordinateur ayant participé à sa validation se voit attribuer un certain montant de monnaie électronique, au prorata de sa participation au calcul. C’est ainsi que sont payés les «mineurs».

En théorie, «tout le monde peut avoir une mine de cryptomonnaie dans son sous-sol», comme l’a fait remarquer le porte-parole d’Hydro-Québec au dossier, Marc-Antoine Pouliot. Le bitcoin a toutefois atteint un niveau où l’investissement nécessaire pour se joindre au mouvement est considérable, d’où l’émergence de gros joueurs.

Même si échanger une cryptomonnaie contre une monnaie ayant cours légal risque d’être compliqué, sachez que le bitcoin était évalué autour de 12 100 $ canadiens en date du 30 janvier.