Le concept EQ de Mercedes-Benz, présenté lors d'un salon automobile en Allemagne, en septembre 2017

Voitures électriques: les Allemands s’attaquent à Tesla

FRANCFORT — Les trois principaux constructeurs allemands, empêtrés dans divers scandales d’émissions polluantes, affichent désormais leur détermination à prendre le virage de l’électrique au moment où le pionnier Tesla et son fantasque chef Elon Musk affrontent les difficultés.

Volkswagen avec Audi et Porsche, Daimler avec Mercedes, et BMW ont beau représenter près de 80 % du marché premium mondial, ils étaient jusqu’ici les grands absents du secteur de l’électrique haut de gamme dominé par le californien Tesla.

Mais les trois constructeurs allemands ont présenté en septembre leurs premiers modèles de VUS entièrement électriques, commercialisés dès la fin 2018, espérant ainsi tourner la page du scandale des moteurs truqués diesel, qui plombe le secteur depuis 2015.

Longtemps la technologie derrière une grosse partie de la croissance des géants allemands de l’automobile, les ventes de diesel sont désormais en chute libre, d’autant que nombre de villes préparent des interdictions de circulation pour respecter les normes antipollution.

En conséquence, les constructeurs ont décidé d’investir près de 40 milliards d’euros en trois ans dans l’électrique, selon l’association du secteur auto VDA.

Audi, qui représente près de 8 % de parts du marché allemand, prévoit que d’ici 2025, un tiers de ses ventes seront des voitures électriques ou hybrides.

«Ça commence enfin!» s’exclame l’expert en automobile Ferdinand Dudenhöffer au sujet des ambitions tardives des mastodontes allemands devant le précurseur Tesla.

Tesla dans la tourmente 

La marque britannique Jaguar a certes tiré en premier en dévoilant début mars son «I-Pace», déjà disponible au Royaume-Uni, mais l’entrée sur le marché du trio allemand représente une concurrence bien plus importante pour Elon Musk, d’autant qu’elle intervient au moment même où des interrogations se font jour sur son équilibre mental et sa capacité à diriger Tesla qui, par ailleurs, perd beaucoup d’argent.

L’homme d’affaires a récemment reconnu sur Twitter que le dernier modèle de la firme — la Model 3 — connaissait, après des retards de production, des problèmes de livraison.

Il y a 10 jours, M. Musk n’a guère rassuré sur son état psychologique avec une entrevue déjantée, agrémentée de whisky et de cannabis (qui est légal en Californie), avec l’animateur Joe Rogan. Quelques semaines plus tôt, il avait inquiété par son état de fatigue et de stress.

Mardi, Tesla a également confirmé que le ministère américain de la Justice enquêtait après un tweet de M. Musk évoquant son intention de retirer le groupe de la cote.

«Tesla est leader sur le marché et a une grande force d’innovation», mais «les prochains six à neuf mois seront un test décisif» pour Elon Musk, estime M. Dudenhöffer.

Le défi des batteries

D’ici 2022, un million de voitures électriques — contre près de 100 000 au 1er janvier 2018 —devraient sillonner les routes allemandes, mais l’offensive électrique risque d’être freinée par l’autonomie encore trop limitée et une trop faible densité en points de recharge.

Selon une commission gouvernementale sur la mobilité électrique, il faudrait plus que quintupler le nombre de points de recharge publics pour subvenir aux besoins d’un million de voitures.

L’incertitude sur la provenance des batteries pourrait également compliquer les ambitions électriques des uns et des autres. «Comment pourrons nous satisfaire la demande en batteries?» s’interroge M. Dudenhöffer, car les capacités de production sont «encore trop peu développées».

Entrés tard dans la course, les constructeurs développent des moteurs électriques et des composants électroniques pour augmenter la puissance énergétique, mais ils se sont désintéressés de la chimie des cellules nécessaires aux batteries. C’est donc en Asie qu’on trouve les seuls maîtres du stockage d’électricité, à l’instar de Panasonic, le partenaire japonais de Tesla.