L’usine Fortress de Thurso n’intéresse pas les investisseurs, ce qui pourrait contraindre l’entreprise à recourir à la Loi sur la faillite.

Aucun acheteur pour l’usine de Thurso

L’entreprise Fortress Global, dont les opérations de production de l’usine de Thurso sont arrêtées depuis deux mois, pourrait se voir contrainte de recourir prochainement à la Loi sur la faillite et l’insolvabilité alors qu’aucun repreneur n’a déposé d’offre « acceptable » pour acheter la papetière à l’intérieur de la date limite initialement fixée par la compagnie et ses prêteurs.

Après avoir prêté 5 millions de dollars à l’entreprise en septembre, Québec a accordé en octobre une aide additionnelle maximale de 8 millions à celle-ci afin de lui permettre de conserver ses actifs pour la durée de sa fermeture temporaire, en attendant de trouver un acheteur. Au moment de cet octroi, le ministre québécois de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, avait déclaré, le 8 octobre, que l’objectif était de trouver un investisseur stratégique d’ici le 30 novembre dans le but relancer l’usine de production de pâte cellulosique. Celui-ci s’était montré optimiste lorsqu’il s’était adressé aux médias.

« Ça prend des (investisseurs) stratégiques qui vont comprendre l’écosystème et je pense qu’il y a un bon prix auquel l’usine peut être achetée. Le prix payé est moins important pour moi que la qualité du repreneur qui assure une pérennité. Je ne veux pas faire de promesse, mais je suis confiant qu’on va trouver quelqu’un », avait notamment affirmé M. Fitzgibbon, en conférence de presse.

Or, malgré une prolongation des délais qui s’est finalement étirée jusqu’au 6 décembre, aucune offre d’intérêt n’a été déposée à Fortress Global et à ses prêteurs, confirme l’entreprise dans un communiqué de presse publié mardi soir, sur son site Web.

« Depuis le lancement de l’Initiative stratégique en août 2019, le Comité stratégique de la Société, avec l’aide de ses conseillers financiers, a effectué une évaluation approfondie et internationale de diverses solutions stratégiques et de financement et s’est engagé avec de nombreuses tierces parties et parties prenantes. Après avoir permis que l’Initiative stratégique soit menée à fond sur plusieurs mois, le processus n’a donné lieu à aucune offre acceptable de tiers » (traduction libre), peut-on lire dans le communiqué émis.

L’entreprise précise dans son énoncé n’avoir reçu aucun avis de défaut de paiement de la part de ses prêteurs, mais n’écarte pas la possibilité de devoir se placer sous la protection de Loi de la faillite et de l’insolvabilité dans « un proche avenir ».

« La Société continue d’engager des discussions actives avec les prêteurs afin d’assurer la viabilité financière à long terme des activités de la Société et d’élaborer un plan de restructuration négocié, mais aucune assurance ne peut être fournie que toute solution sera trouvée ou que les prêteurs ne prendront pas de mesures d’exécution en vertu de l’entente de financement. Rien ne garantit également que la Société ou les prêteurs n’entameront aucune forme de protection contre les créanciers ou de procédure d’insolvabilité de manière imminente ou dans un proche avenir », ajoute Fortress Global dans sa publication.

Plusieurs scénarios sur la table

Le vice-président du développement des affaires de la compagnie Fortress, Marco Veilleux, s’est fait plutôt avare de commentaires, confirmant toutefois que l’option de recourir à la Loi sur la faillite et l’insolvabilité était sur la table, mais que d’autres scénarios étaient envisagés pour garantir la survie de l’entreprise.

« La cogénération est encore en opération et il y a encore de l’activité sur le site. Il y a différentes possibilités pour le futur », a-t-il brièvement répondu.

Questionné à savoir si l’aide accordée par Québec pouvait permettre à Fortress Global de continuer ses opérations pendant quelques mois, M. Veilleux est demeuré évasif.

« Les sommes sont gérées de façon très prudente. Je n’aime pas parler d’échéancier parce qu’il y a plusieurs scénarios sur la table », a-t-il dit.

Le ministre de la Forêt débarque dans la région

Depuis la fermeture de l’usine de Thurso, en octobre, laquelle embauchait à ce moment 323 employés, l’Outaouais est frappée de plein fouet par une crise forestière.

Lauzon Planchers de bois exclusifs, à Papineauville, qui vendait ses copeaux de bois à l’usine de Thurso, a cessé il y a un peu plus de trois semaines ses coupes en forêt, mettant ainsi un terme à 165 emplois.

Le ministre de la Forêt, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, et le député de Papineau et ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, seront présents à Thurso, jeudi matin, dans le cadre d’une rencontre au cours de laquelle une cellule d’intervention spéciale doit être mise sur pied.

Celle-ci, qui doit regrouper des élus et intervenants de l’industrie, aura comme mandat d’identifier des solutions dans le but de garantir la viabilité de l’industrie forestière de la région.