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Entreprise incontournable du numérique en Chine et longtemps montrée en exemple pour sa réussite, Alibaba s’est vu infliger samedi une amende de 2,3 milliards d’euros (environ 3,45 milliards $) pour abus de position dominante — un montant qui représente 4 % de son chiffre d’affaires de 2019.
Entreprise incontournable du numérique en Chine et longtemps montrée en exemple pour sa réussite, Alibaba s’est vu infliger samedi une amende de 2,3 milliards d’euros (environ 3,45 milliards $) pour abus de position dominante — un montant qui représente 4 % de son chiffre d’affaires de 2019.

Alibaba et les géants de la tech dans le viseur chinois

Sébastien Ricci
Agence France-Presse
Aidan Jones
Agence France-Presse
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Amende record et restructuration: en s’attaquant à Alibaba, Pékin siffle la fin de la récré dans un secteur de la tech devenu trop puissant. Et les punitions risquent bien de s’accumuler.

Entreprise incontournable du numérique en Chine et longtemps montrée en exemple pour sa réussite, Alibaba s’est vu infliger samedi une amende de 2,3 milliards d’euros (environ 3,45 milliards $) pour abus de position dominante — un montant qui représente 4 % de son chiffre d’affaires de 2019.

Les régulateurs ont épinglé le groupe sur des pratiques commerciales jugées déloyales, notamment l’exclusivité imposée aux commerçants pour vendre leurs produits sur ses plateformes, au détriment des sites concurrents.

Fondé par le charismatique milliardaire Jack Ma, Alibaba est aussi présent dans la finance via sa filiale Ant Group, propriétaire d’Alipay, une application pour cellulaire ultrapopulaire en Chine qui permet de régler ses achats.

Ant Group a été sommé lundi de restructurer ses activités bancaires après une nouvelle convocation par les régulateurs.

L’entreprise a indiqué qu’elle allait créer une holding et demander les licences nécessaires pour rendre ses activités de prêts et de gestion de patrimoine conformes à la réglementation bancaire. La nouvelle entité sera placée sous le contrôle de la banque centrale.

«Pendant des années [Ant Group] a opéré en dehors de la régulation bancaire […], mais de facto se comporte comme une banque», relève Nicolas Bahmanyar, consultant spécialisé dans le numérique basé à Pékin.

«Personne n’est à l’abri»

Et lorsqu’en fin d’année dernière, la firme a voulu lever 34 milliards $ US à la Bourse de Hong Kong, les régulateurs «ont dit stop» et fait capoter l’opération in extremis, fait remarquer à l’AFP M. Bahmanyar.

En ciblant la galaxie Alibaba, Pékin a voulu, selon lui, «envoyer un signal» au monde de la tech : «personne n’est à l’abri et même les gros se font taper dessus» s’ils ne respectent pas la législation.

«Et si une entité d’un groupe n’agit pas totalement dans les clous, il faut s’attendre à ce que d’autres soient aussi inquiétées», prévient M. Bahmanyar.

La restructuration d’Ant Group voulue par Pékin vise à «uniformiser les règles du jeu» pour tous les acteurs, estime Angela Zhang, enseignante en droit à l’Université de Hong Kong.

Car Ant Group bénéficie selon elle d’un «avantage concurrentiel» énorme grâce à «la masse de données qu’il récolte par le biais d’Alipay».

Ce coup de frein réglementaire vise, estime-t-elle, à limiter la marge de manoeuvre d’Ant Group dans d’autres secteurs comme les prêts, les assurances ou la finance. Et in fine, à favoriser la concurrence.

«D’autres cartouches»

Les géants du numérique ont longtemps profité d’une réglementation relativement laxiste pour se développer, notamment en matière de données personnelles, de concurrence et pour les paiements en ligne.

Mais Pékin fait ces derniers mois preuve de davantage de fermeté à l’égard du secteur.

Dernier recadrage en date : les autorités ont convoqué mardi les géants du numérique et leur ont donné un mois pour «corriger» d’éventuelles pratiques qui entravent la concurrence, sous peine de «sévères sanctions».

Et les régulateurs ont appelé les acteurs de la tech à «tenir compte du cas Alibaba».

Parmi les 34 entreprises à s’être fait passer un savon figurent outre Alibaba les géants de l’internet Baidu, Tencent (WeChat), ByteDance (propriétaire de TikTok) mais aussi Meituan, un géant qui propose toute une gamme de services allant de la livraison de repas à la réservation de billets de cinéma.

En ciblant la tech, Pékin cherche à réduire l’influence de sociétés devenues trop puissantes, observe Larry Ong, du cabinet SinoInsider, basé aux États-Unis.

Leur situation de monopole, pour certaines, «fait peser d’immenses risques financiers et politiques au régime» à l’approche du 20e Congrès du Parti communiste l’an prochain, juge Larry Ong.

L’amende géante d’Alibaba annoncée samedi n’a cependant pas refroidi les investisseurs.

Lundi, l’action du groupe a gagné plus de 6 % à la Bourse de Hong Kong, les marchés semblant anticiper une pause dans la vindicte du pouvoir chinois à l’égard d’Alibaba.

Un simple «répit», prévient M. Bahmanyar.

«À mon avis, le régulateur a d’autres cartouches contre d’autres entités d’Alibaba. C’est quelque chose à surveiller».