Les ministres Chrystia Freeland (Canada) et Idelfonso Guajardo (Mexique) et le représentant au Commerce des États-Unis, Robert Lighthizer, ont tenu une conférence de presse, lundi, au terme de la ronde de négociations concernant l'ALENA à Mexico.

ALENA: des progrès trop lents pour les États-Unis

MÉXICO — Au terme de la septième ronde de négociations d’une nouvelle version de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), les États-Unis offrent la même critique qu’à la fin de la ronde précédente : les progrès sont trop lents.

Le représentant au Commerce des États-Unis, Robert Lighthizer, a fait ce commentaire alors qu’il se présentait devant la presse, lundi après-midi, aux côtés de la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, et du secrétaire à l’Économie du Mexique, Ildefonso Guajardo. Cette ronde de négociations s’est tenue au Mexique.

M. Lighthizer a souligné que les trois pays doivent s’entendre sur 30 chapitres et qu’après sept mois de pourparlers, les négociateurs n’ont réglé que le sort de six de ces chapitres. Il a rappelé que les Mexicains élisent un nouveau gouvernement en juillet et a souligné, au passage, les élections de mi-mandat dans son propre pays ainsi que les élections ontarienne et québécoise de 2018.

«Il ne nous reste plus beaucoup de temps», a-t-il averti, ajoutant que les pressions politiques seront de plus en plus fortes dans les mois à venir.

«Solides» avancées

La ministre Freeland et le secrétaire mexicain voient les choses autrement. Tous deux ont répété qu’il est possible d’arriver à une entente. Selon la ministre Freeland, les trois voisins ont fait de «solides progrès».

Mme Freeland n’a pas raté l’occasion de répéter devant M. Lighthizer la réaction très négative du Canada à la perspective de l’imposition de tarifs sur l’acier et l’aluminium. La ministre a réitéré que le Canada ne resterait pas les bras croisés devant pareille mesure.

Le président Donald Trump menace d’imposer un tarif de 25 % sur les importations d’acier et de 10 % sur celles de l’aluminium. Il reste sourd, jusqu’à maintenant, aux demandes du Canada qui estime que ces tarifs ne devraient pas s’appliquer à lui.

«J’ai décidé que c’était nécessaire aujourd’hui, en public, de soulever l’enjeu, et aussi de soulever l’enjeu avec l’ambassadeur Lighthizer», a expliqué la ministre Freeland, un peu plus tard, au cours d’une conférence de presse. «C’est un enjeu très important pour le Canada, mais les négociations de l’ALENA sont un enjeu séparé», a-t-elle tenu à préciser.

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ACIER ET ALUMINIUM: TRUDEAU A APPELÉ TRUMP

Le premier ministre Justin Trudeau a discuté au téléphone avec le président américain Donald Trump, lundi, alors que les États-Unis ont laissé entendre le même jour qu’ils pourraient utiliser la menace de tarifs à l’importation comme tactique de négociations pour forcer une entente rapide sur l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

Lundi, M. Trump a explicitement relié la menace de tarifs sur l’acier et l’aluminium aux négociations en cours sur l’ALENA, et son représentant au commerce en a rajouté : Robert Lighthizer a affirmé que les États-Unis étaient pressés d’obtenir une entente sur l’ALENA, et que s’il y avait un dénouement rapide, le Canada et le Mexique pourraient en fait éviter l’imposition de tarifs.

«Nous ne reculons pas... Actuellement, 100 pour cent [de chance d’aller de l’avant avec les tarifs]», a dit M. Trump au bureau ovale. «Mais cela pourrait faire partie de l’ALENA», a-t-il ajouté.

C’est M. Trudeau qui a appelé le président américain. Selon certaines sources, l’appel est apparemment resté cordial, et M. Trudeau a dit au président qu’il partageait son désir de conclure un accord sur l’ALENA. Le Canada se défend d’avoir fait preuve d’obstination à la table de négociations, comme certaines voix l’affirment aux États-Unis.

«Le premier ministre... a fait état de sa sérieuse préoccupation à l’égard des tarifs proposés par l’administration américaine», indique une déclaration canadienne concernant l’appel entre les deux dirigeants. «Il a souligné que l’introduction de tarifs n’aiderait pas à la conclusion d’une entente sur l’ALENA.»

Représailles

Plus tôt en journée, la ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland avait averti que  le Canada prendra des mesures «appropriées et rapides» contre des intérêts américains en cas d’imposition par les États-Unis de taxes sur les importations d’acier et d’aluminium canadien.

«Si des restrictions devaient être imposées sur l’acier et l’aluminium canadiens, le Canada prendra des mesures appropriées et rapides pour défendre nos intérêts commerciaux et nos travailleurs», a-t-elle déclaré à Mexico où se tenait jusqu’à lundi la septième session de renégociations de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

«Nous continuerons à défendre les travailleurs et les industries de l’aluminium et de l’acier», a-t-elle assuré, sans préciser quelles mesures de représailles étaient envisagées par Ottawa.

Le Canada est le premier fournisseur d’acier et d’aluminium des États-Unis.

L’Union européenne a déjà prévenu que des mesures de rétorsion rapides sur des entreprises américaines dans les matières premières, l’industrie et l’agriculture étaient prêtes. L’UE envisage également de saisir l’Organisation mondiale du Commerce (OMC).

Les États-Unis ont annoncé la semaine dernière l’imposition prochaine de droits de douane de 25 % pour l’acier et de 10 % pour l’aluminium, sans préciser quels pays seraient concernés.

Le premier ministre Justin Trudeau, qui a répété plusieurs fois que le Canada était prêt à composer avec un large éventail de positions de la part de M. Trump, a déclaré la semaine dernière qu’«il est tout simplement insensé de souligner que le Canada et l’acier ou l’aluminium canadien peuvent poser une menace à la sécurité nationale des États-Unis».

L’administration Trump subit des pressions de part et d’autre pour exclure le Canada de l’imposition des tarifs douaniers. L’ajout de tarifs pourrait rendre ces matériaux trop coûteux pour les entreprises américaines. Les coûts pourraient également être refilés aux consommateurs en s’ajoutant aux prix des biens produits aux États-Unis et aux projets de construction.  AFP et La Presse canadienne