La pandémie de COVID-19 suscite l’engouement pour l’achat local.
La pandémie de COVID-19 suscite l’engouement pour l’achat local.

Achat local: la multiplication des plateformes brouille-t-elle l’objectif visé?

La pandémie de COVID-19 suscite l’engouement pour l’achat local, si bien que les plateformes transactionnelles numériques mettant en vedette les commerçants des régions québécoises se multiplient depuis les dernières semaines.

À l’échelle de la Belle Province, Ma Zone Québec fait beaucoup jaser depuis avril. En Outaouais, Contribuer local, plateforme lancée officiellement lundi par l’entrepreneur John Pomier, regroupait en date de jeudi 52 entreprises provenant des quatre coins de la région.

Pour l’instant, les entreprises inscrites gratuitement à la plateforme affichent leurs produits et les clients peuvent faire l’achat en ligne des produits en question. Le consommateur peut ensuite aller récupérer son item chez le commerçant directement ou se faire livrer son article par ce dernier.

La prochaine étape du projet, note M. Pomier, ce sera d’intégrer le système de livraison centralisé au sein même de la plateforme. Cette option sera ajoutée très bientôt, assure le fondateur de Contribuer local.

«Nous avons lancé la plateforme pour offrir une visibilité aux commerçants. Maintenant, nous avons rencontré quelqu’un de spécialisé en entreposage et en transport. C’est en cours de discussion. La livraison est un point clé qui doit être centralisé. Le commerçant ne doit s’occuper de rien d’autre que de fournir le produit et le client ne doit s’occuper de rien d’autre que de commander ce produit et de consommer local», affirme M. Pomier.

L’initiative de M. Pomier n’est pas la seule du genre à faire son chemin dans la région. Plus tôt cette semaine, le conseil municipal de la Ville de Gatineau a adopté l’octroi d’une subvention de 123 105$ afin de permettre la réalisation d’un plan d’action qui servira à élaborer dès juin une plateforme transactionnelle numérique regroupant les entreprises de Gatineau et de l’Outaouais. Le projet doit être piloté par l’Espace d’accélération et de croissance de l’Outaouais (Espace-O).


« Si on va vers un monopole, si cette plateforme n’est pas dynamique, ça n’ira nulle part. Les ventes locales vont stagner. »
Normand Bourgault, expert en marketing et professeur honoraire à l’Université du Québec en Outaouais

Vers une concertation régionale? 

Si les deux outils ont à première vue la même visée, n’existe-t-il pas un risque de diluer le message auprès du consommateur? John Pomier assure ne voir aucun problème avec l’intention de Gatineau, d’autant plus qu’une collaboration entre les deux projets pourrait éventuellement être possible. Le 4 mai, il a présenté le contenu intégral de Contribuer local à Anne-Marie Trudel, la directrice d’Espace-O, lors d’une réunion virtuelle. Il est d’ailleurs prévu que les deux parties se reparlent dans les prochains jours, a appris Le Droit.

«Nous avons la plateforme qui est disponible, l’entrepôt et le système de livraison, donc je ne sais pas sous quelle forme un partenariat pourrait se matérialiser, mais en tout cas, nous sommes ouverts et nous attendons avec impatience le retour de Mme Trudel pour voir ce qui est possible de faire», indique-t-il.

Anne-Marie Trudel a confirmé cette information au Droit, par le biais d’une réponse envoyée par courriel. Mme Trudel mentionne que plusieurs projets et initiatives ont été lancés et développés par divers entrepreneurs et citoyens de la région dans le but de promouvoir et stimuler l’achat local. «Ces initiatives individuelles pourront certainement s’associer à une ‘‘marque Outaouais’’ actuellement en développement», a-t-elle laissé entendre.

«Maintenant que le projet a obtenu du financement de la Ville de Gatineau et qu’il peut être lancé, je suis en discussion avec plusieurs partenaires intéressés. Nous avons donc convenu, monsieur Pomier et moi, de nous reparler rapidement dans les prochains jours», a-t-elle ajouté, à propos du plan d’action financé par la Ville.

Trouver le juste équilibre 

Quoi qu’il advienne de ces pourparlers, pour l’expert en marketing et professeur honoraire à l’Université du Québec en Outaouais, Normand Bourgault, le dilemme des plateformes transactionnelles en ligne demeurera celui du juste milieu. La pandémie de coronavirus a provoqué une multiplication de ces outils. Pour atteindre l’objectif souhaité, le bon dosage devient important, souligne ce dernier.

«Si on va vers un monopole, si cette plateforme n’est pas dynamique, ça n’ira nulle part. Les ventes locales vont stagner. À l’inverse, si on a trop de plateformes et une concurrence trop vive entre celles-ci, les consommateurs risquent de magasiner à l’une et à l’autre et aucune de ces plateformes n’aura un chiffre d’affaires suffisant pour survivre. C’est un peu les deux extrêmes», analyse-t-il.

Chose certaine, quant à savoir si tout cet enthousiasme entourant l’achat local va perdurer au-delà de la crise de la COVID-19, M. Bourgault demeure persuadé que ce sera le cas. «Je pense que l’achat local est une tendance forte qui est là pour rester. C’est sûr que cette tendance est exacerbée actuellement, mais elle est là pour rester. On voit, avec cette crise, que la mondialisation a ses limites et on voit qu’elle n’apporte pas tous les bénéfices qu’elle apportait aux gens. Lorsque l’intérêt des autres pays devient en jeu, ils ferment leurs frontières et gardent leurs produits et si la mondialisation n’est pas la réponse, la réponse inverse, c’est l’achat local», de conclure M. Bourgault.