Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, s’est rendu sur le site de l’Aluminerie de Bécancour, en présence des travailleurs syndiqués confinés à l’extérieur de l’usine.

ABI: «Tout le monde est perdant»

Bécancour — Malgré son caractère prévisible, le lock-out décrété par la direction de l’Aluminerie de Bécancour a créé une véritable onde de choc au sein des intervenants du milieu.

«La situation actuelle fait en sorte que tout le monde est perdant: les employés, l’employeur, la communauté et les sous-contractants. Les deux parties doivent faire leur part, mais les dirigeants syndicaux ont une responsabilité particulière. Il faut qu’ils aient la lucidité de poser les gestes nécessaires», a fait savoir le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel.

Selon lui, la responsabilité revient au syndicat de prendre les initiatives nécessaires pour un déblocage. Disant vouloir s’assurer que les travailleurs ont été pleinement informés sur les conséquences d’un refus de l’offre finale et globale de l’employeur, il croit que les membres devraient être de nouveau consultés dans le nouveau contexte du lock-out.

«Les dirigeants syndicaux doivent se mettre en mode solution et élaborer de nouvelles propositions. Dans ce dossier, j’ai voulu adopter une attitude préventive. C’est pourquoi j’ai pris au sérieux l’avertissement lancé par la compagnie et je pense que les événements récents me donnent raison», renchérit celui qui se met à la disposition des parties pour aider au règlement du conflit.

Pour le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, «c’est un petit peu catastrophique et irréaliste ce qui se passe». «J’ai le goût de faire un appel au calme. On doit rétablir les ponts qui ont l’air d’être coupés solidement. C’est majeur pour la région, c’est tellement gros et important. C’est à peu près ce que j’ai vu de plus inquiétant en 21 années de vie municipale», a-t-il admis lors de son passage devant l’usine, en présence des syndiqués.

Outre l’impact sur les familles et la sous-traitance, le premier magistrat y voit un effet sur l’image de la Ville et du Parc industriel. «On travaille tellement fort à faire du développement économique, à attirer des entreprises de 10, 15 employés. On n’a pas le goût d’en perdre 1000. L’objectif est de garder l’entreprise ouverte et rentable et d’essayer de mettre du bonheur dedans», a ajouté le premier magistrat.

Le président-directeur général de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, Maurice Richard.

Pour sa part, le président-directeur général de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, Maurice Richard, ne cache pas que tout conflit «n’est jamais positif pour les investisseurs potentiels, particulièrement les gens de l’étranger qui ne saisissent pas nécessairement toutes les nuances que nous avons au niveau patronal-syndical au Québec».

Et l’âge de l’Aluminerie de Bécancour n’est pas sans l’inquiéter. «À 32 ans d’opération, l’usine arrive à un moment où on décide si elle aura encore une vie de 25-30 ans. On fait affaire avec des propriétaires qui sont étrangers, les copropriétaires étant les Américains, Alcoa, et des investisseurs anglo-australiens. Ça se décide ailleurs ce qui va se passer ici. Ce sont des gens qui possèdent d’autres unités. Oui, il y a une inquiétude à ce niveau-là si le lock-out durait longtemps», a avoué celui qui était maire lors de la grève de 2004. «Je pourrais affirmer sans aucun doute qu’il y a encore des gens qui ne se sont jamais remis de cette période-là», renchérit-il.

De plus, celui-ci ne manque pas de rappeler que l’A.B.I. représente le cinquième de la taxation de la Ville de Bécancour. «C’est un impact multiple en région, avec des retombées économiques annuelles de plus de 500 millions de dollars», fait remarquer M. Richard.

Par ailleurs, ce dernier signale que la fermeture d’une série de cuves se veut coûteuse. «Ce sont des millions de dollars pour la repartir. Déjà, on a enclenché des coûts énormes car plus il se passe d’heures et de journées, plus il y a un manque à gagner», poursuit-il.

Reconnaissant qu’il s’agit d’un bras de fer entre deux parties, Maurice Richard parle d’un impact majeur sur l’économie de la Mauricie et du Centre-du-Québec, avec le millier d’emplois en jeu.

Une opinion grandement partagée par le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque. «On ne sait pas jusqu’où ça va aller. C’est une game de poker et on ne sait pas le jeu de l’entreprise. C’est une usine qui a besoin d’investissements. Je ne suis pas surpris du lock-out puisqu’il s’agissait d’une offre finale. Ce qu’on espère, c’est une ouverture de part et d’autre pour dénouer l’impasse», a-t-il conclu.