Pour sortir de la pauvreté à Gatineau, une famille doit pouvoir compter sur un revenu de 56 590$.

56 590$ sont nécessaires pour «sortir» de la pauvreté

Pour réellement se sortir de la pauvreté, en 2019, à Gatineau, et pas uniquement subvenir à ses besoins de base, une famille de quatre doit pouvoir compter sur un revenu annuel de 56 590 $, selon l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS).

En basant leurs stratégies de lutte à la pauvreté sur la couverture des besoins de base tel que recommandé par l’indice de la mesure du panier de consommation (MPC), les gouvernements ne font que maintenir les gens au seuil de la précarité, plaide un chercheur de l’IRIS, Philippe Hurteau. Si Québec et Ottawa souhaitent sortir les gens de la pauvreté, dit-il, ils doivent viser le « revenu viable », un indice qui correspond au revenu annuel nécessaire pour atteindre « la toute première petite marche de la classe moyenne ».

M. Hurteau peaufine l’indice du revenu viable depuis 2015. L’IRIS publie, ce jeudi matin, une note socio-économique qui établit le revenu viable, en 2019, à Gatineau, à 25 753 $ pour une personne seule, et à 56 590 $ pour un ménage qui compte deux adultes et deux enfants d’âge préscolaire.

À titre de comparaison, la MPC est de 17 588 $ pour une personne et de 35 175 $ pour une famille de quatre.

« On ajoute à la MPC un élément de dignité, explique M. Hurteau. Si on simplifie grandement les choses, sortir de la pauvreté, c’est avoir de la marge de manœuvre pour faire des choix. Quand on est en situation de pauvreté, on est pris dans la nécessité. Se sortir de la pauvreté, en réalité, c’est avoir les moyens de s’inscrire à un cours universitaire pour améliorer son sort, ou aller au resto en famille une fois par mois. C’est acheter son linge plutôt que de fréquenter les comptoirs vestimentaires. C’est payer ses dettes, ou mettre un peu d’argent de côtés. C’est avoir deux semaines de vacances modestes par année pour amener les enfants en camping. On ne parle pas de luxe. Vivre dignement, se sortir de la pauvreté, c’est de pouvoir faire des choix pour soi et pas seulement vivre en fonction des nécessités imposées par la vie. »

Philippe Hurteau rappelle que le plan de lutte contre la pauvreté mis en place par le gouvernement du Québec vise la MPC comme indicateur pour sortir 100 000 personnes de la pauvreté.

Ottawa qui prépare sa stratégie de lutte à la pauvreté s’apprête à aller dans la même voie que le Québec, dénonce le chercheur, en utilisant la MPC comme synonyme de seuil de sortie de la pauvreté.

« En faisant ça, les gouvernements ne sortiront personne de la pauvreté, insiste M. Hurteau. Le gouvernement voudra dire qu’il a sorti des gens de la pauvreté a atteignant ce seuil, mais malheureusement, ce ne sera pas vrai. » En se basant uniquement sur le salaire pour extirper des ménages de la précarité, le salaire minimum devrait être haussé à 18 $ de l’heure, estime le chercheur. Il y a toutefois plusieurs autres façons de s’attaquer à la pauvreté, notamment en intervenant sur le logement, les transports collectifs et l’alimentation, ajoute-t-il.