Politique

Caroline Mulroney refuse d’aller à Ottawa justifier l’abolition du commissariat aux services en français

OTTAWA - Le gouvernement ontarien ne révisera pas sa décision de faire disparaître le commissariat aux services en français et d’annuler la création d’une université française à Toronto. Et il n’entend pas non plus s’expliquer devant une instance fédérale.

Un comité parlementaire à Ottawa a tenté d’effacer les lignes partisanes dans ce dossier, adoptant mardi à l’unanimité une motion pour inviter la ministre ontarienne Caroline Mulroney à venir justifier ce que plusieurs considèrent comme une gifle aux Franco-Ontariens.

Les députés fédéraux voulaient discuter «de la vitalité des communautés francophones de l’Ontario à la lumière des récentes décisions (...) lors d’une réunion publique, télévisée, d’une durée de deux heures», stipulait la motion.

Aussitôt arrivée, l’invitation a été déclinée. Au cours d’une conférence de presse à Toronto, debout aux côtés de son premier ministre Doug Ford, la ministre Caroline Mulroney a plaidé qu’elle n’avait pas à s’expliquer ailleurs que dans son arène provinciale.

«Les raisons pour les politiques que nous avons annoncées sont connues. Et je suis prête à en discuter de plus en plus avec les gens ici à Toronto et à travers l’Ontario. Mais je vais rester ici à Queen’s Park», a-t-elle tranché.

Du côté d’Ottawa, la ministre responsable du dossier des langues officielles, Mélanie Joly, attendait toujours impatiemment de s’entretenir avec sa vis-à-vis. Le bureau de Caroline Mulroney a proposé une rencontre vendredi, trop tard au goût de son interlocutrice fédérale.

À son arrivée à son bureau mardi matin, Justin Trudeau a quant à lui de nouveau critiqué la décision du gouvernement Ford. Il s’est dit «très préoccupé» et souligné qu’il était «important qu’il sache que les gens à travers le pays sont préoccupés».

Le premier ministre n’a pas voulu dire, cependant, s’il entend exprimer cette préoccupation directement à Doug Ford, dont la fronde contre les francophones de l’Ontario a alimenté les querelles partisanes entre libéraux et conservateurs à la Chambre des communes.

La période des questions de lundi a donné lieu à des échanges acrimonieux entre les deux camps. La ministre Joly, en particulier, a tiré à boulets rouges sur le chef Andrew Scheer, l’accusant de se subordonner à la volonté de «son patron Doug Ford, en Ontario».

De l’argent pour contester

Les libéraux semblent vouloir battre le fer pendant qu’il est chaud: ils ont finalement dévoilé mardi après-midi l’identité des experts du programme de contestation judiciaire, un programme dont ils avaient annoncé le rétablissement il y a près de deux ans, en février 2017.

Deux comités composés de 14 membres à temps partiel ont été mis sur pied; l’un sera responsable des droits en matière de langues officielles, l’autre, des droits de la personne. Ils évalueront les demandes de financement de causes types et accorderont les appuis financiers.

Des 5 millions $ qui seront investis annuellement dans le programme, au moins 1,5 million $ seront alloués à la clarification des droits en matière de langues officielles, selon ce qu’a précisé le gouvernement libéral mardi.

«Le respect et le plein exercice des droits linguistiques, incluant les droits à l’instruction des communautés de langue officielle en situation minoritaire, sont d’une importance cruciale pour notre gouvernement», a déclaré la ministre Joly dans un communiqué.

Le programme de contestation judiciaire était passé à la trappe sous le précédent gouvernement conservateur. Il permet à des individus ou des groupes de toucher un appui financier pour défendre leurs droits en matière de langues officielles devant les tribunaux.

Il avait été fort utile aux Franco-Ontariens dans leur bataille judiciaire contre la décision du gouvernement progressiste-conservateur de Mike Harris de fermer l’hôpital Montfort, le seul hôpital universitaire francophone de l’Ontario.

Membres du comité d’experts chargé des droits en matière de langues officielles:

- Emmanuelle Richez, professeure adjointe de science politique, Université de Windsor

- James Shea, président, Commission scolaire Western Québec School Board

- Thomas Maillet, avocat en pratique privée

- Marie-Claude Rioux, directrice générale, Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse

- Johane Tremblay, avocate générale et directrice des Affaires juridiques à la retraite du Commissariat aux langues officielles

- Gilles LeVasseur, avocat et professeur de gestion et de droit, Université d’Ottawa

- André Poulin-Denis, avocat au sein du cabinet Gowling WLG

Actualités

Disparition de Jacques Choquette: deux autres hommes accusés de meurtre

Nouveau dénouement dans la disparition du Granbyen Jacques Choquette. Deux autres hommes, Daniel Giroux et Mathieu Valade Williams, ont été accusés de meurtre au premier degré, mardi après-midi, au palais de justice de Granby. Un premier individu, Stéphane Blanchard, a été inculpé d'homicide la semaine dernière.

D'abord accusés d'avoir produit plus de quatre plants de cannabis à leur résidence, les deux hommes étaient de retour au tribunal. Cette fois-ci, Giroux, âgé de 53 ans, et Valade Williams, 28 ans, ont été formellement accusés de meurtre au premier degré de Jacques Choquette. Selon nos informations, les deux accusés connaissaient le disparu. 

Des accusations d'avoir comploté avec Stéphane Blanchard sont aussi portées contre Daniel Giroux et Mathieu Valade Williams. 

Rappelons que Jacques Choquette, père de deux enfants, a quitté sa résidence de Granby un soir de novembre en 2016 et n'a jamais été revu depuis. Sa voiture incendiée avait été retrouvée à Saint-Valérien-de-Milton le lendemain de sa disparition. 

Plus de détails à venir. 

Insolite

«Antisismiques et résistantes aux bombes», le bonheur de vivre dans des grottes

HASAN ABDAL - «Bon marché», «antisismiques» et «résistantes aux bombes»: au moment où les logements manquent dans le pays, des milliers de Pakistanais se disent ravis de vivre dans des grottes.

À 60 km de la capitale Islamabad, les trois quarts des 4.000 habitants du village de Hasan Abdal sont troglodytes, explique un conseiller municipal local, Haji Abdul Rasheed, qui se compte parmi ces derniers.

Sa maison se compose de 4-5 pièces au plafond voûté et poli, creusées à même un escarpement de terre durcie. L’intérieur blanchi à la chaux est sommairement meublé.

Son voisin vit également dans un buray, le nom local de ces grottes. Il a embelli sa façade d’un joli mur de briques et d’un jardin où poussent des rosiers et des arbres fruitiers.

Les grottes ont généralement été creusées manuellement au pic dans le sol dense - mais non sableux - typique de la géologie de cette partie du pays, où les petites collines sont nombreuses.

Pauvres en lumière naturelle, elles sont fréquemment équipées de l’électricité, amenée par câble de l’extérieur et, plus rarement, d’installations sanitaires.

Leur popularité tient à leur prix, inférieur à celui d’une maison traditionnelle en brique, et à leurs avantages thermiques: elles sont fraîches durant les bouillants étés pakistanais et tempérées en hiver.

«Il n’y a rien de comparable. Si vous construisez une maison en pisé, elle s’effondre pendant les pluies. Ceci ne s’effondre pas, c’est antisismique, résistant aux bombes», se félicite M. Rasheed.

Deux qualités importantes au Pakistan, un pays qui sort d’une période sanglante marquée par de nombreux attentats et où la terre tremble régulièrement.

«Nous avons acheté cet endroit, car c’est moins cher. Comme vous voyez, nous l’avons fait et creusé nous-mêmes. Une grotte coûte près de 40.000-45.000 roupies (autour de 280 EUR)», renchérit son voisin Ameer Ullah Khan.

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L'avenir incertain de l'empire Renault-Nissan

PARIS - Le conseil d’administration de Renault s’est retrouvé mardi soir pour mettre en place une gouvernance intérimaire, alors que le PDG, Carlos Ghosn, a passé une deuxième journée en garde à vue au Japon sur des soupçons de malversation, une chute brutale suscitant des interrogations sur l’avenir de l’empire automobile qu’il a construit avec Nissan et Mitsubishi Motors.

Rien n’a filtré dans l’immédiat de cette réunion, qui s’est terminée peu avant 21H30. Auparavant mardi, le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, avait demandé à Renault, dont l’État détient 15%, de mettre immédiatement en place cet intérim puisque «M. Ghosn est aujourd’hui empêché de diriger l’entreprise».

De sources proches du dossier, l’instance devrait confier les rênes du constructeur à un tandem intérimaire formé par l’administrateur référent, Philippe Lagayette, et le numéro deux du groupe automobile, Thierry Bolloré.

Le conseil d’administration de Nissan se prononcera, lui, sur le limogeage de son président jeudi matin. Mitsubishi Motors (MMC) entend également le «démettre rapidement».

Lâché de toutes parts, Carlos Ghosn, considéré à 64 ans comme un des plus puissants capitaines d’industrie au monde, est toujours détenu à Tokyo, où il a été arrêté lundi en descendant de son jet privé.

Le parquet japonais reproche au Franco-libano-brésilien d’avoir «conspiré pour minimiser sa rétribution à cinq reprises entre juin 2011 et juin 2015», en ne déclarant que 4,9 milliards de yens (environ 37 millions d’euros) contre près de 10 milliards de yens sur la période.

Dans une conférence de presse d’une brutalité hors du commun, le président exécutif de Nissan, Hiroto Saikawa, a également mentionné lundi «de nombreuses autres malversations, telles que l’utilisation de biens de l’entreprise à des fins personnelles», qui auraient été découvertes après plusieurs mois d’enquête interne.

M. Ghosn aurait en outre, selon la chaîne publique NHK, empoché des sommes déclarées au nom d’autres administrateurs.

La rémunération de ce patron aussi puissant que secret a déjà donné lieu à bien des polémiques, tandis que son train de vie a également pu susciter des commentaires, à l’image par exemple de sa réception de mariage en grande pompe au château de Versailles en 2016.

Carlos Ghosn touchait quelque 15 millions d’euros par an au titre de ses diverses fonctions, un montant particulièrement élevé pour un industriel européen ou japonais, bien que très éloigné des faramineux salaires versés par exemple dans la finance aux États-Unis.

Fragile équilibre

Au-delà du sort personnel de M. Ghosn, c’est toute l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors, dont il orchestrait le fragile équilibre, qui tangue à la suite de ce coup de tonnerre.

Il n’y a qu’à entendre les mots très durs de M. Saikawa, contre celui qui fut son mentor et une figure très respectée au Japon: «c’est un problème que tant d’autorité ait été accordée à une seule personne», a-t-il lâché, dénonçant «le côté obscur de l’ère Ghosn».

L’affaire survient au moment où le PDG de l’ensemble aux 10,6 millions de véhicules travaillait, selon le Financial Times, à une fusion entre Renault et Nissan, une opération que le constructeur japonais rejetait et cherchait à bloquer de crainte qu’elle ne grave dans le marbre son statut de «second ordre» dans la structure, toujours selon le quotidien.

M. Ghosn voulait rendre les liens «irréversibles» entre Renault et Nissan, a commenté dans une note Kentaro Harada, analyste chez SMBC Nikko Securities.

«Nous ne pouvons pas exclure la possibilité que l’alliance se retrouve affaiblie». «Cela va-t-il changer l’équilibre du pouvoir (entre les parties française et japonaise), c’est la principale question», souligne-t-il.

L’agence de notation Standard and Poor’s a d’ailleurs annoncé mardi qu’elle envisageait de baisser la note de la dette à long terme de Nissan, en raison en particulier des doutes autour de ce mariage à trois. De son côté, Renault tentait de se montrer rassurant, affirmant mardi soir vouloir continuer à faire progresser son alliance avec ses partenaires.

De même, les gouvernements français et japonais ont réaffirmé mardi dans un communiqué commun leur «important soutien» à l’alliance entre les constructeurs Renault et Nissan.

Les déboires judiciaires de M. Ghosn ont néanmoins suscité l’inquiétude d’employés rencontrés par l’AFP à l’usine de Flins (Yvelines), dont la moitié de la production est constituée de Nissan, témoin de l’étroite imbrication des deux entreprises.

A Paris, le titre Renault a terminé mardi sur un recul de 1,19%, après avoir déjà dévissé de plus de 8% lundi.

Les actions des constructeurs japonais ont souffert mardi à Tokyo, terminant en baisse de 5,45% pour Nissan et de 6,84% pour MMC.