PyeongChang

Couillard condamne Hockey Canada

Tous les partis à l’Assemblée nationale ont condamné mercredi la directive de Hockey Canada de prononcer à l’anglaise le nom de hockeyeurs qui portent un nom francophone aux Jeux olympiques de Pyeongchang.

«Je trouve ça déplorable et ridicule. Surtout que ce soit à la demande, apparemment, de Hockey Canada. Comme francophone, on doit s’objecter à ça et protester très fort», a commenté le premier ministre Philippe Couillard en mêlée de presse. 

Il réagissait aux propos de Sébastien Goulet, annonceur maison des rencontres dans l’amphithéâtre de Gangneung, qui a soutenu dans les médias ces derniers jours que Hockey Canada lui avait demandé de prononcer avec l’accent anglophone le nom de famille de Marc-André Gragnani, du Québec, de Derek Roy, de l’Ontario et de René Bourque, de l’Alberta. 

«Je m’attends à ce que Hockey Canada rectifie rapidement la situation. Ça a tout simplement pas de bon sens cette affaire-là», a indiqué M. Couillard. Selon lui, cette situation montre «qu’on a encore du chemin à faire», pour faire respecter le français. 

Le Parti québécois, la Coalition avenir Québec et Québec solidaire ont également critiqué le manque de respect pour le français qui émane de cette directive de Hockey Canada. 

«Sur le dossier»

De son côté, la ministre responsable des langues officielles, Mélanie Joly, a assuré que son équipe était «sur le dossier» pour que Hockey Canada corrige le tir. Elle n’a toutefois pas pu préciser si des membres de son cabinet étaient entrés en communication avec des dirigeants de Hockey Canada.

La ministre du Patrimoine canadien a répété que son équipe effectuait le suivi, en collaboration avec le cabinet de la ministre des Sports, Kirsty Duncan.

Mme Joly s’est toutefois dite «extrêmement surprise» par la demande de Hockey Canada, ajoutant que cette décision est «hautement questionnable». «On doit toujours réaffirmer l’importance du français», a-t-elle souligné.

Dans un communiqué émis la veille, Hockey Canada s’était défendue en soutenant qu’elle était une «organisation bilingue» et qu’elle «respecte tous les joueurs, leur provenance et leur culture». Lors des événements internationaux, elle fournit toutefois aux commentateurs un «guide de prononciation» des noms des hockeyeurs, basé sur la manière dont ces joueurs prononcent leur propre nom.  Avec La Presse canadienne

Santé

Entrevue avec le Dr Hugo Viens: sauver le système du naufrage

Le président de l’Association médicale du Québec (AMQ), le Dr Hugo Viens, a beaucoup fait parler de lui au cours des derniers jours après avoir publié une lettre ouverte à ses collègues, dans laquelle il exprime son malaise eu égard à la dernière entente conclue entre Québec et les spécialistes. Entrevue avec un chirurgien orthopédiste engagé, qui plaide pour une véritable participation de l’AMQ à l’organisation du système de santé. Et qui rencontrera jeudi le ministre Gaétan Barrette pour discuter des 15 solutions mises de l’avant par le collectif dont son association fait partie pour sauver le système du naufrage.

Le Dr Hugo Viens ne s’en cache pas, sa lettre avait comme objectif de faire sortir les médecins de l’ombre, de vérifier si, au-delà des commentaires publiés par certains de ses collègues sur les réseaux sociaux, son malaise est partagé par une «majorité silencieuse».

Santé

Le conflit entre les optométristes et Québec risque d’aller en cour

QUÉBEC - Le conflit entre le gouvernement Couillard et les optométristes s’envenime, alors que ces derniers menacent de défendre leurs droits devant les tribunaux.

Par voie de communiqué mercredi, l’Association des optométristes du Québec (AOQ) a contesté l’arrêté ministériel publié le 16 février et faisant en sorte de forcer les optométristes à demeurer dans le régime public.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, s’est toutefois montré rassurant en affirmant que les négociations avec les optométristes allaient reprendre, de nouvelles séances étant à l’horaire.

Il a dénoncé, lors d’une mêlée de presse, la «prise d’otages» de nombreux patients vulnérables exercée par les optométristes, en vue d’accroître la pression sur le gouvernement.

«Moi, je suis là pour les patients», a plaidé le ministre Barrette, voulant garantir l’accès des patients aux examens de la vue et se disant prêt à prendre les moyens à sa disposition pour y arriver.

Selon l’association, Québec n’a pas le pouvoir de suspendre le droit des optométristes de ne plus participer au régime public d’assurance-maladie.

Mécontents du processus de négociation entrepris avec Québec sur la grille de hausses tarifaires à fixer pour les années à venir, environ 90 pour cent des 1400 optométristes menacent depuis quelques semaines de se retirer du régime public à compter du 10 mars.

En guise de protestation, les optométristes avaient quitté la table de négociations après seulement deux séances.

Malgré ce climat tendu, le ministre s’est dit convaincu, mercredi, de pouvoir en arriver à une entente négociée avec eux.

L’entente quinquennale définit les conditions de participation des optométristes au régime public qui couvre la population de moins de 18 ans et de 65 ans et plus, ainsi que les prestataires de la sécurité du revenu. Ces assurés pourraient devoir payer une consultation de leur poche à compter du 10 mars, si aucune entente n’intervient d’ici là.

Grogne chez les aînés

Le gouvernement et les optométristes mettent la santé des aînés en péril, en éliminant la gratuité des examens de la vue pour les personnes âgées de 65 ans et plus, ont déploré, mercredi, les quatre plus grands organismes représentant les aînés québécois.

Selon Danis Prud’homme, directeur général du réseau FADOQ, près de la moitié des aînés québécois ont un revenu annuel d’environ 20 000 $ par année. Plusieurs d’entre eux pourraient donc décider de ne pas débourser une somme allant de 60 $ à 100 $ pour passer un examen de la vue, croit-il.

Cette décision pourrait avoir des conséquences néfastes sur leur santé visuelle et contribuer à accroître l’isolement des personnes âgées.

M. Prud’homme demande au gouvernement et aux optométristes de se rasseoir à la table de négociations pour trouver un terrain d’entente.

Les quatre organismes ayant décidé de faire front commun sont le Réseau FADOQ, l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR), l’Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic (AQRP) et l’Association des retraitées et retraités de l’éducation et des autres services publics du Québec (AREQ-CSQ).

Science

Démusèlement des scientifiques fédéraux: l'éternel recommencement

BLOGUE / Ce n'était l'intention ni de Stephen Harper, ni de Justin Trudeau, mais les deux (ex-)chefs de gouvernement se sont livrés involontairement à une belle «expérience naturelle», comme on dit en science. Si on remplace un premier ministre qui musèle ses scientifiques par un autre qui les autorise publiquement à parler dès son arrivée au pouvoir, comment et à quelle vitesse est-ce que la machine gouvernementale va «digérer» la nouvelle directive ?

L'Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC), le syndicat qui représente la plupart des scientifiques fédéraux, a publié ce matin un sondage sur leur liberté de parole et l'ingérence politique dans leur travail. Les mêmes questions leur avaient été posées en 2013, quand les politiques de musèlement du gouvernement Harper défrayaient les manchettes, ce qui permet la comparaison.

Grosso modo, les résultats montrent une nette progression, mais la question de savoir si c'est «mieux» ou «moins pire» reste entière. Par exemple, il y a encore 40 % des scientifiques fédéraux qui jugent que leur «capacité à élaborer des politiques, des lois et des programmes fondés sur des preuves scientifiques et des faits est compromise par l’ingérence politique». C'est bien moins qu'il y a cinq ans (71 %), mais 2 sur 5, cela reste beaucoup. Beaucoup...

On aura plus de détails dans mon article ou dans l'étude elle-même. J'aimerais soulever ici une couple petits points supplémentaires à ce propos :

- D'abord, comme je le signale dans mon texte, ces chiffres-là viennent avec un petit astérisque. Le questionnaire a été envoyé à 16 000 scientifiques fédéraux, seulement 3000 y ont répondu. C'est le genre de méthodologie et de taux de réponse qui peuvent introduire des biais. Mais bon, comme la métho est constante, elle permet quand même de mesurer les changements.

- Et parlant de changements, justement, est-ce qu'on doit vraiment se surprendre qu'ils soient relativement minces, deux ans et demi après le changement de régime et l'abolition des politiques de musèlement du gouvernement Harper ? C'est facile à dire a fortiori, mais il me semble que non. On voyait depuis longtemps des signes qu'il y avait des limites à la liberté de parole que les libéraux étaient prêts à accorder aux scientifiques fédéraux — en particulier, leur refus d'enchâsser ce droit dans les conventions collectives. Et puis, ce n'est pas comme si la volonté du PM était le seul facteur à l'œuvre. Dans toutes les hiérarchies, il y a une tendance générale des directions/patrons à vouloir exercer un contrôle sur leurs subalternes, c'est la nature même des choses. Dans tous les gouvernements, les fonctionnaires (scientifiques ou non) ont un devoir de loyauté envers le gouvernement, ce qui implique une réserve dans certains dossiers chauds — et c'est normal. Dans toutes les démocraties, les décisions reviennent aux élus, ce qui implique que des considérations de PR vont entrer en ligne de compte et qu'il y aura toujours une tentation d'ingérence.

Bref, il y a pas mal de forces en cause ici, il me semble, qui peuvent faire pencher des gouvernements vers l'opacité et l'ingérence politique dans le travail de leurs scientifiques. Ce n'est pas une fatalité, remarquez, et cela ne signifie pas davantage que c'est acceptable — d'un point de vue démocratique, ça ne l'est clairement pas. Mais ce que «l'expérience naturelle Harper-Trudeau» nous indique, il me semble, est ceci : la liberté de parole des scientifiques gouvernementaux est une pierre de Sisyphe. Le style et les idées du parti au pouvoir font une différence, mais il y a suffisamment de facteurs qui penchent vers l'opacité pour qu'on doivent mener ce combat de manière plus ou moins permanente.

Un peu comme pour la protection des sonneurs d'alerte en général, d'ailleurs.