Le Chemin des Outaouais
Le Chemin des Outaouais

Week-end dans les sentiers de randonnée de la région

Tous connaissent l’expression « sortir des sentiers battus » au sens figuré, mais les randonneurs et marcheurs de longue distance en Outaouais l’incarnent, littéralement. À l’heure où les excursions pédestres d’au moins deux jours gagnent en popularité dans l’ensemble du Québec, dans la région, le phénomène reste inexistant… ou presque. Aperçu d’un sport méconnu.

Les anglophones l’appellent « backpacking », « overnight hiking », ou encore « thru-hiking » lorsqu’on franchit un long sentier d’un bout à l’autre. Le dictionnaire français est moins imagé : on appelle « trek » ou simplement « longue randonnée » les escapades pédestres dans des milieux sauvages qui s’étirent au-delà d’une seule journée et qui impliquent que l’on dorme en chemin. Pour sa part, la marche de longue durée guide le promeneur à travers routes, champs et villages, le plus souvent sur des sentiers (relativement) battus, à la manière des pèlerins sur les chemins de Compostelle.

Déjà bien ancré en Europe et prisé aux États-Unis, le phénomène s’importe tranquillement au nord, remarque le directeur général adjoint de Rando Québec, Grégory Flayol. Et le film Wild (2014), dans lequel Reese Witherspoon s’aventure sur le chemin des Crêtes du Pacifique, a propulsé sa popularité vers de nouveaux sommets. Par exemple, en Gaspésie, les adeptes de thru-hiking qui se lancent sur le Sentier international des Appalaches du Québec sont passés d’une dizaine il y a cinq ans à une centaine cette année, illustre Flayol. « Mais encore, on parle d’une randonnée de 650 kilomètres », précise-t-il. Les formats de deux jours de randonnée avec une nuit, ou de trois jours avec deux nuits, sont devenus « très, très, très populaires. Et il y a vraiment beaucoup d’options au Québec dans ce sens-là. »

En Outaouais, la pratique de ces deux disciplines est rare, voire anecdotique. Ce n’est pas pour rien : « l’offre ici en est à ses balbutiements », explique le représentant régional de Rando Québec Jesse Schnobb. Mais elle existe. Kenauk Nature, pour les randonneurs, et le chemin des Outaouais, pour les marcheurs (détails plus bas), sont les seuls à proposer au grand public des trajets et des options de logement dans un seul et même forfait. Pour le reste, il faut « s’organiser son trip à la pièce », illustre Schnobb. Que l’on veuille traverser des contrées sauvages, des zones urbaines, ou encore marcher de Buckingham au Texas comme l’avait fait la Gatinoise Ghislaine Beaudoin, tout est possible : « c’est à vous de créer votre aventure, résume-t-il. Il y a un processus d’aventure, et c’est ça la différence avec d’autres sports de plein air : ce n’est pas toujours du précuit. »

Comment se préparer ? D’abord, choisir son trajet : une grosse journée de marche couvre une vingtaine de kilomètres sur terrain plat, et en deçà sur terrain accidenté. Selon Grégory Flayol, l’essentiel est de s’assurer d’être autonome dans la pratique d’une seule journée. Outre ses vêtements, sa nourriture, sa trousse de premiers soins et son équipement, son propre impact sur l’environnement est à prendre en considération, plusieurs sentiers adhérant aux principes de Sans trace Canada.


« Il y a un processus d’aventure, et c’est ça la différence avec d’autres sports de plein air : ce n’est pas toujours du précuit. »
Jesse Schnobb

Pour la nuit, on peut préférer l’hébergement ou le camping, à chacun son style. Pour ceux qui préfèrent leur tente, la recherche est essentielle : bien qu’il soit légal de planter ses piquets sur les terrains publics, plusieurs municipalités comme Denholm, où passe la route des Zingues, l’interdisent sur leur territoire. Et encore, parce que trop de gens font des feux à ciel ouvert ou laissent des déchets derrière, cette pratique n’est pas recommandée.

Des conseils pour les marcheurs novices ? Selon Jean-Mathieu Chénier, thru-hiker du sentier des Appalaches, il y a trois choses à acheter : des lingettes biodégradables, des sacs de plastique en cas de pluie, et de la crème antifongique. « C’est pour éviter les frottements entre les cuisses, explique l’enseignant. Avant, on utilisait du Canesten ? ; ils ont été intelligents, ils ont marketé la même crème, mais en la présentant comme une solution contre les frottements… ? » 

Intrigué (ou perdu) ? Le Droit est là : voici un survol des options où s’évader à pied dans la région, pour un week-end ou plus.

Kenauk Nature, à Montebello

Kenauk Nature

Offre la mieux structurée de la région en longue randonnée, Kenauk Nature, à Montebello, propose une cinquantaine de kilomètres de sentiers en forêt ainsi que des sites de camping aménagés aux abords de lacs. Attention : ils sont inaccessibles aux véhicules et sont exclusivement réservés aux trekkeurs. L’accès au site et au camping à la journée se paie à la journée. Les départs sont contrôlés sur les sentiers afin que les marcheurs ne se croisent pas.

Renseignements : www.kenauk.com

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Le chemin des Outaouais

Inspiré des chemins de Compostelle, le Chemin des Outaouais est davantage une expédition organisée qu’un sentier à proprement parler. D’Ottawa à Montréal, les marcheurs participants franchissent 240 kilomètres en 12 jours sur des routes principales, des chemins de campagne et des pistes cyclables, et dorment dans des hébergements intérieurs. Le trajet n’est pas autonome?; pour le faire, il faut s’intégrer à l’un des groupes de six personnes au maximum qui quittent chaque jour entre le 25 mai et le 18 juin de chaque année. Les inscriptions ont lieu le 15 janvier.

Renseignements : www.chemindesoutaouais.ca

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Le Sentier Rideau

Sentier rideau

Long de 387 kilomètres, le Rideau Trail est un réseau de sentiers qui s’étire d’Ottawa à Kingston en suivant, grosso modo, le tracé du canal Rideau. Entre les deux centres-villes, le trajet s’enfonce dans les terres agricoles, les sections boisées et les parcs provinciaux. Des triangles orange aux extrémités jaunes indiquent la direction sud, tandis que ceux tout orange pointent vers le nord. Il est interdit de camper sur la piste même, mais le site web de la Rideau Trail Association propose plusieurs options pour planter sa tente.

Renseignements : www.rideautrail.org

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Le Sentier de l’Albatros

Actuellement, la portion outaouaise du Sentier national au Québec est constituée de trois pistes qui ne sont pas connectées entre elles. Le Sentier de l’Albatros est le tronçon central : de Val-des-Bois, il s’étend sur 19,5 kilomètres ardus jusqu’à la réserve faunique de Papineau-Labelle, où il est possible de camper. On peut faire l’aller-retour en deux grosses journées.

Renseignements : www.val-des-bois.ca

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De Chelsea à Wakefield

Le premier tronçon Sentier national au Québec commence au pont Alexandra et se termine à Wakefield. Du village de Chelsea, il faut 19 kilomètres pour rejoindre le camping du lac Philippe. Le deuxième jour, on peut faire une boucle autour du lac Lusk ainsi qu’une visite de la caverne du même nom, puis faire un aller-retour au lac Taylor pour une distance de 12 kilomètres, avant de retrouver le Sentier national via le lac Philippe et de terminer l’aventure à Wakefield en parcourant 10 kilomètres.

Renseignements : www.baliseqc.ca; www.parcdelagatineau.gc.ca

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