Un employé d’un centre hospitalier de Marrero, en Louisiane, fait un test de dépistage auprès d’un motocycliste.

Vos questions sur la COVID-19: un «répit» au printemps?

À cause de l’intérêt très intense et bien compréhensible que soulève la pandémie de coronavirus chez nos lecteurs et lectrices, vous avez été très nombreux au cours des derniers jours à envoyer des questions à notre chroniqueur scientifique Jean-François Cliche. C’est pourquoi nous lançons dès aujourd’hui une nouvelle capsule quotidienne dans laquelle il répondra, chaque jour, à l’une de ces questions.

Q  «Pourquoi les virus associés à la grippe et le coronavirus sont-ils surtout actifs en hiver ?» demande Guy Le Rouzès, de Québec.

R  Il existe quatre souches de coronavirus qui sont présentes chez l’humain depuis très longtemps et qui ne causent que des rhumes bénins. Et il est vrai, confirme le chercheur de l’INRS et spécialiste des coronavirus Pierre Talbot, que ces coronavirus-là «se transmettent surtout à l’automne et en hiver, comme l’influenza d’ailleurs».

«Le problème, poursuit-il, c’est qu’on ne sait pas vraiment pourquoi», même s’il existe plusieurs hypothèses. Il se peut que les gens se tiennent plus proches les uns des autres lors de la saison froide, ce qui facilite la propagation. Peut-être que l’ensoleillement plus intense et prolongé en été expose les virus à davantage d’ultraviolets, qui les désactivent. Peut-être est-ce autre chose. «On n’a pas vraiment de réponse définitive encore», indique M. Talbot — et il faut dire que c’est une question qui est très difficile à étudier.

Mais il demeure quand même qu’en général, les épidémies de coronavirus sont associées à la saison froide. Alors, il est possible que l’arrivée du printemps donne un coup de pouce dans la lutte contre COVID-19, mais il ne faut pas non plus s’attendre à des miracles, a averti récemment l’épidémiologiste de l’Université Harvard Marc Lipsitch. «Nous avons des raisons de croire que, comme les autres betacoronavirus, [COVID-19] se transmet un peu plus efficacement en hiver qu’en été. […] L’effet devrait être modeste et insuffisant pour arrêter la transmission à lui seul. Comparé à une pandémie de grippe, nous nous attendons à ce que [COVID-19], en tant que virus qui est nouveau pour l’humain, se heurte à moins d’immunité et se transmettra de ce fait plus facilement hors de la saison hivernale.»

Même son de cloche du côté d’un «commentaire» publié le 6 mars dans la revue médicale The Lancet, qui note que COVID-19 semble plus contagieux que la grippe. En effet, chaque patient atteint de COVID-19 le transmet en moyenne à 2,5 personnes environ, contre typiquement de 1,1 à 1,5 pour la grippe. Pour qu’une épidémie se résorbe, ce nombre doit passer en dessous de 1, mais comme la COVID-19 part de plus haut, «les chauds mois d’été dans l’hémisphère nord ne feront pas nécessairement passer la transmission sous [ce seuil]», lit-on dans le texte de The Lancet.