Ni la virulence de la COVID-19, ni la qualité des soins de santé ne varient beaucoup d’une province à l’autre.
Ni la virulence de la COVID-19, ni la qualité des soins de santé ne varient beaucoup d’une province à l’autre.

Pourquoi 20 % de guérison au Québec et 50 % en Ontario?

Q: «Peut-on m’expliquer pourquoi le taux de guérison est de près de 50 % en Ontario alors qu’il n’est que de 20 % au Québec. Est-il vraiment plus facile de se rétablir de la COVID-19 en Ontario?» demande Alain Nadeau, de Boischatel.

R: Le dernier rapport fédéral quotidien indique effectivement que sur les quelque 20 000 personnes qui ont contracté la COVID-19 au Québec, près de 4000 (ou 20 %) sont classées dans la catégorie «rétablis». En Ontario, cette proportion est d’environ 5800 sur 11 700, ou 49 %. Et le même tableau montre que le pourcentage des «guéris» est beaucoup plus élevé dans toutes les autres provinces (de 42 à 88 %!), à l’exception de la Nouvelle-Écosse (où il reste quand même pas mal plus fort qu’ici, à 34 %).

Il est possible que certaines particularités québécoises, comme la proportion élevée de personnes âgées qui vivent en résidence et en CHSLD, explique une petite partie de l’écart. Mais ni la virulence de la COVID-19, ni la qualité des soins de santé ne varient beaucoup d’une province à l’autre. Alors dans ce genre de cas, on a généralement affaire à des différences de méthodologie — et j’ai effectivement trouvé des écarts considérables entre la manière dont le Québec compile ses «rétablis» et celle des autres provinces.

Par manque de temps, j’ai restreint la comparaison à l’Ontario et à la Colombie-Britannique (61 % de guéris), mais les résultats demeurent très parlants, je pense. Au Québec, me dit-on au MSSS, «une personne est considérée comme guérie en fonction de l’évaluation du médecin traitant ou du professionnel désigné pour assurer le suivi». Le personnel médical doit constater que le patient remplit trois conditions avant de le déclarer officiellement rétabli : absence de symptômes aigus depuis 24 heures (excluant la toux résiduelle qui peut persister) ; absence de fièvre depuis 48 heures (sans prise d’antipyrétiques); et au moins 14 jours d’écoulés depuis l’apparition des premiers symptômes.

Il s’agit-là d’une définition beaucoup plus contraignante — et lourde à gérer — que celles retenues par les deux autres provinces. En Ontario, m’explique-t-on au ministère de la santé de cette province, les gens atteints et qui sont hospitalisés doivent passer deux tests négatifs consécutifs séparés par au moins 24 heures, mais les cas qui ne sont pas en hôpital basculent automatiquement dans les «guéris» 14 jours après l’apparition des premiers symptômes, sans qu’il y ait besoin que du personnel soignant constate quoi que ce soit. Pour les gens qui vivent en résidences pour personnes âgées ou dans des établissements de soins de longue durée, la règle des deux tests négatifs s’applique uniquement là où c’est faisable; autrement, ils sont considérés rétablis après 14 jours.

Du côté de la Colombie-Britannique, «essentiellement, nous identifions les patients comme rétablis à partir du moment où ils sont autorisés à sortir de leur isolement [soit généralement 10 jours après le début des symptômes, ndlr]», m’a écrit le porte-parole du ministère de la santé de l’endroit, Chris Shewchuck. Encore ici, il n’y a pas de personnel médical qui intervient, le transfert vers la catégorie «guéris» est automatique.

Bref, les processus pour classer un patient chez les guéris est beaucoup plus lourd au Québec. Alors tout indique que ce sont principalement ces différences méthodologiques-là qui sont en cause, ici, et que l’écart entre les taux de guérison du Québec et des autres provinces est en grande partie artificiel.

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