Les ressources consacrées à la COVID-19 nuisent-elles aux autres patients?

Q : «On a dit et redit qu’on veut protéger la capacité du système de santé de soigner tous les patients atteints de la COVID-19. On garde des lits libres pour eux, ce qui est très bien. Mais ne défait-on pas alors de la main gauche ce que fait de la main droite ? Est-ce que réserver des ressources à la COVID-19 ne se fait pas au détriment des autres patients qui n’ont pas le coronavirus, mais dont le cas était ou est urgent ou semi-urgent. N’y a-t-il pas un risque que leur état s’aggrave irréversible ou même mortelle ?», demande Lise Laberge, de Neuville.

R : Une partie des soins et des consultations ont pu être transférée «en ligne», mais pas toutes, et il y a effectivement eu un «délestage» de certaines activités, surtout au début des mesures de confinement, qui a retardé un certain nombre de chirurgies et de traitements semi-urgents et non urgents. «C’était sûr qu’en réduisant les activités, et elles l’ont été de façon notable dans certains cas, ça allait arriver», admet Stéphane Bergeron, médecin-chef du CHU de Québec.

Tous les cas sont classés en fonction de leur degré d’urgence, et le «critère numéro 1 pour le déterminer, c’est le préjudice pour la personne, pour sa vie ou pour l’organe», dit-il. Par exemple, un accidenté de la route qui saigne abondamment ne sera bien évidemment jamais «reporté», illustre Dr Bergeron. Mais, autre exemple, les chirurgies à la cataracte peuvent se reporter plus facilement (même si ce n’est pas idéal ou souhaitable) car même si la vision de ces patients se dégrade avec le temps, ce n’est pas irréversible : la chirurgie leur permet de tout récupérer.

«On se fie sur des grilles-maison et sur des grilles faites à l’international, et on les suit, explique Dr Bergeron. Si, pour M. Untel, on lui avait donné au départ une cote de 30 jours et qu’on est rendu à 32 jours, alors il y a une alerte dans le système et son cas est revisité. Chaque semaine, on demande aux médecins de regarder les cas hors-délai et de re-prioriser.»

Les traitements classés comme urgents, insiste-t-il, n’ont jamais été reportés, mais «pendant une période qui a duré autour de deux semaines, on a reporté les chirurgies semi-urgentes. Sauf que la directive a changé depuis et on est maintenant en train de rattraper notre retard dans les cas semi-urgents. (…) Mais il reste encore des cas moins urgents qu’on ne fait toujours pas, comme les chirurgies de la cataracte ou les prothèses du genou», explique Dr Bergeron.

Cela dit, ajoute-t-il, il faut bien comprendre que ces deux semaines de «délestage» n’avaient pas pour objectif de retarder juste pour retarder. «Il fallait qu’on s’organise pour avoir des salles d’op qui peuvent recevoir des patients qui ont la COVID-19 et d’autres qui ne le peuvent pas, illustre-t-il, il y a toute une structure qu’il a fallu installer, on a dû décider comment habiller le personnel, qui doit porter une visière et qui n’en a pas besoin, qui doit réaliser les chirurgies les plus à risque, cloisonner les salles d’attentes pour avoir des zones «chaudes» [ndlr : qui accueillent les cas de COVID-19 sans risquer d’infecter les autres], décider quels ascenseurs seraient «chauds» et lesquels seraient «froids», installer des sas à pression négative, etc. (…)

«Nos hôpitaux actuels ont été dessinés sur plusieurs décennies, et là il a fallu en redessiner complètement le fonctionnement interne, poursuit Dr Bergeron. Il y a des gens qui ont travaillé 24 heures sur 24 là-dessus, et il n’y avait pas de modèle unique parce que chaque hôpital, chaque unité est fait d’une certaine manière.»

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