Bien qu’à l’heure actuelle, il n’existe pas de consensus sur la persistance du virus dans l’air ni sur le nombre de particules virales auxquelles on doit être exposé pour contracter la COVID-19, il reste que l’environnement extérieur représente un risque moindre, puisqu’il est difficile pour le virus de s’y accumuler.
Bien qu’à l’heure actuelle, il n’existe pas de consensus sur la persistance du virus dans l’air ni sur le nombre de particules virales auxquelles on doit être exposé pour contracter la COVID-19, il reste que l’environnement extérieur représente un risque moindre, puisqu’il est difficile pour le virus de s’y accumuler.

Les coureurs posent-ils un risque?

Q: «Les coureurs que l’on croise en marchant sont-ils plus susceptibles de transmettre la COVID-19 parce qu’ils expulsent plus d’air et éventuellement de gouttelettes de salive, dû à l’effort de la course? Si oui, peut-on s’en prémunir?» demande Gaston Beaudoin.

R: Cette question revient souvent depuis les débuts de la pandémie et a même atteint des proportions virales après la publication d’un article citant des chercheurs belges le 8 avril dernier. Selon les modélisations informatiques de ces derniers, les gouttelettes exhalées par les coureurs à l’effort pourraient atteindre des distances considérables de 5 mètres. Cette distanciation devrait même être étendue à 20 mètres en ce qui concerne les cyclistes! Pour plusieurs, le tout venait confirmer nos craintes à propos des sportifs qui s’immiscent brièvement dans notre bulle de deux mètres.

Or, l’article a été rapidement et abondamment critiqué pour son manque de fondement scientifique. Car même si on peut penser qu’un coureur à l’effort expulse un plus grand volume de gouttelettes, comprendre les risques de transmission qui en résultent demande bien plus qu’une modélisation aérodynamique.

«Dans le contexte de la COVID-19, il manque trop d’information pour qu’on puisse répondre avec certitude à cette question», explique Simon Bacon, chercheur en médecine comportementale au Département de santé, kinésiologie et physiologie de l’Université Concordia.

«La dispersion de gouttelette par un coureur est quelque chose de très complexe, qui dépendra de la forme physique des personnes impliquées, du volume d’air qu’ils inspirent et du rythme de leur respiration. La trajectoire et la concentration dans l’air des gouttelettes variera aussi selon le vent et les mouvements de la tête du coureur.»

À cela, il faut ajouter qu’un contact avec des gouttelettes ne va pas nécessairement mener à une contamination. On sait que la transmission par gouttelettes du virus SARS-CoV-2 nécessite un contact rapproché, lorsqu’on se trouve à moins de 2 mètres d’une personne infectée pendant plusieurs minutes.

Bien qu’à l’heure actuelle, il n’existe pas de consensus sur la persistance du virus dans l’air ni sur le nombre de particules virales auxquelles on doit être exposé pour contracter la maladie, il reste que l’environnement extérieur représente un risque moindre, puisqu’il est difficile pour le virus de s’y accumuler.

Il existe toutefois un autre élément important dans l’équation : la densité de personnes qui se retrouvent dans des lieux publics. Le sport extérieur est l’une des rares échappatoires qui nous reste en ces temps de confinement, et avec le printemps, un bon nombre de personnes ont enfilé leurs souliers pour prendre d’assaut les routes et les parcs.

Les contacts avec un coureur qui passe ont beau être bref, plus on est entouré de gens, plus les probabilités d’être exposé à une personne infectée sont grandes. C’est d’ailleurs l’explication qu’ont donnée certaines villes, comme Paris, qui ont interdit le jogging entre 10h et 19h, non pas parce que les coureurs représentaient un plus grand risque pour les autres, mais bien pour réduire le nombre de personnes dans les parcs durant ces heures.

«Il est vrai que se tenir directement derrière un coureur n’est pas l’idéal dans la situation actuelle, mais je dirais la même chose de se tenir derrière un autre marcheur, tempère Simon Bacon. Garder nos distances lorsqu’on est dehors est la meilleure solution, peu importe les activités qui y sont pratiquées.» Donc, les risques que posent les coureurs circulant à plus de 2 mètres de vous ne semblent pas plus grands que ceux posés par un passant croisé au parc.

Et les risques pour les coureurs?

Maintenant, renversons la question : est-ce qu’un coureur à l’effort est plus à risque d’attraper le virus lorsqu’il commence à être essoufflé en bout de course?

Comme l’a déjà montré notre collègue Jean-François Cliche, les avis sont partagés. Plusieurs études humaines et animales laissent entendre que les personnes faisant du sport sont moins susceptibles aux maladies du système respiratoire. À l’inverse, certaines études et observations anecdotiques suggèrent que, chez les athlètes qui épuisent leurs réserves d’énergie après un long effort, le risque de développer certaines infections augmente dans les jours qui suivent. «Là encore, c’est une hypothèse pour laquelle on manque d’information», ajoute Simon Bacon.

Selon le chercheur, «faire un effort physique intense dans un lieu clos comme un gymnase, surtout si on est entouré de gens, pourrait augmenter les risques d’infections, d’autant plus si la sueur nous pousse à toucher davantage notre visage. Mais à l’extérieur, tant qu’on ne tente pas de dépasser nos limites et qu’on respecte nos distances, l’exercice ne semble pas être un risque pour le coureur. Bien au contraire, les bénéfices physiques et mentaux du sport sont un atout dont il serait difficile de se passer en ces temps de confinement.»

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