COVID-19: questions en vrac concernant les asymptomatiques — Deuxième partie

Nous avons reçu plusieurs questions concernant les personnes asymptomatiques. Celles-ci sont infectées par le virus, mais ne présentent pas de symptômes de la maladie.

Q: «J’ai récemment lu que certaines personnes pourraient être porteuses du virus sans éprouver de symptômes. Dans ce cas, comment sauront-elles qu’elles l’ont? Comment peuvent-elles s’en débarrasser?» se questionne Jean Desjardins, de l’Outaouais.

R: La seule façon de savoir si on a été infecté par le virus sans en ressentir des symptômes est d’effectuer un test de dépistage pour révéler la présence d’anticorps dirigés contre le SARS-CoV-2 dans le sang. C’est ce qu’on appelle le test sérologique.

Plusieurs études à travers le monde sont sur le point de commencer afin de dresser un portrait réel de l’infection et essayer de déterminer le nombre de cas asymptomatiques dans la population.

Ici, il y a entre autres le projet DECOPA, une collaboration entre l’Université du Québec à Trois-Rivières, le Cégep de Trois-Rivières et le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec (MCQ). Ce projet a été mis sur pied pour étudier la transmission parmi les employés de l’université et vise à recruter entre 350 et 400 participants qui sont asymptomatiques au moment du dépistage. En conférence de presse pour expliquer le projet, Alexis Danylo, médecin microbiologiste-infectiologue au CIUSSS MCQ, mentionnait l’intérêt de cette recherche pour identifier des porteurs asymptomatiques du virus dans le contexte où des mesures de distanciation sociale et de confinement ont été mises en place rapidement. Les données sur ces cas asymptomatiques seront ensuite transmises au Laboratoire de la santé publique du Québec.

En Europe, dans le petit pays du Luxembourg, qui a une population de 600 000 personnes, l’étude nommée CON-VINCE s’amorce également sur 1500 personnes. Pour découvrir les asymptomatiques dans ce groupe, deux tests seront effectués : le premier avec prélèvement nasal (ce que l’on fait en ce moment pour déterminer si une personne a la COVID-19 ou non); le deuxième pour rechercher les anticorps contre le SRAS-CoV-2.

Rejko Krüger, le chercheur responsable de l’étude, estime qu’il «n’y a pas actuellement de données exhaustives sur l’épidémiologie et les dynamiques de la maladie. L’étude CON-VINCE vise à combler cette lacune», explique-t-il. «Honnêtement, je ne sais pas la proportion de gens asymptomatiques que nous trouverons. Cela pourrait varier entre 7 % et 90 % d’asymptomatiques selon l’échantillon étudié», ajoute-t-il.

Questionné à propos de l’Islande qui réalise actuellement beaucoup de dépistages, le chercheur Rejko Krüger n’est pas surpris du nombre élevé de personnes asymptomatiques dans ce pays. «Cette statistique reste à être identifiée de notre côté et peut être différente d’une population à l’autre. L’Islande est une île. En Europe, les gens peuvent voyager d’un pays à l’autre [NDLR : avant la période de confinement]. Nous le saurons véritablement avec les résultats de notre étude.»

À grande échelle, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) lancera bientôt une étude séroépidémiologique, Solidarity II, avec la contribution de plusieurs pays dont l’objectif est de notamment «recueillir et partager rapidement des données sur les modes de transmission, la gravité, les caractéristiques cliniques ainsi que les facteurs de risque d’infection», rapporte une porte-parole de l’OMS [https://bit.ly/3ewDx9s].

Q: «Est-ce qu’il y a des gens asymptomatiques qui ont passé un test de la COVID-19 dont le résultat a été positif?» demande Maryse Garand, de Sherbrooke

R: Jusqu’à présent, la très grande majorité des tests diagnostiques de la COVID-19 sont réalisés chez des personnes qui ont des symptômes (toux, fièvre, essoufflement, etc.) Difficile, donc, pour les personnes sans symptômes d’avoir accès à ces tests. Il y a eu ce cas d’une famille ayant réussi à avoir accès au test — qui s’est révélé positif — et qui présentait très peu de symptômes [https://bit.ly/2XIWfVo].

Comme mentionnées à la question précédente, des études s’amorcent pour évaluer le nombre de personnes ayant contracté la COVID-19 sans le savoir.

Q «Peut-on être un porteur sain et ne pas transmettre le virus? Et pour déterminer si l’on est un porteur sain doit-on faire une prise de sang pour vérifier si l’on a les anticorps?» demande Sylvain Madran, de Québec

R D’après Donald C. Vinh, médecin au CUSM, on peut être asymptomatique et ne pas transmettre le virus. «Des gens peuvent être infectés sans aucun symptôme et ne seront pas contagieux, car leur système immunitaire est capable de contrôler ou d’éliminer l’infection.»

Encore là, il faut être prudent, car il y a très peu de données à ce sujet. «Il y a eu des cas asymptomatiques chez qui on a mesuré les charges virales dans les sécrétions nasales et celles-ci étaient aussi grandes que chez les personnes malades. Mais ce sont aussi des études préliminaires avec un petit échantillon de malades. On serait en mesure de mieux comprendre avec une plus large population», nuance le médecin.

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