70 % des gens infectés ou… 1 %?

La COVID-19 suscite énormément de questions chez nos lecteurs et lectrices. Nous vous invitons à les envoyer à notre journaliste Jean-François Cliche (jfcliche@lesoleil.com) et il répondra à une par jour au cours des prochaines semaines.

Q «On nous dit que, à terme, de 30 à 60 % (et même 80 % dans certains estimés) de la population seront éventuellement être atteints de la COVID-19. Pourtant, en Chine, un endroit beaucoup plus densément peuplé qu’ici, la maladie semble être contrôlée avec moins de 1 % de la population atteinte. Pourquoi alors avons-nous des prédictions aussi pessimistes pour notre pays? Quelle est la différence?», demande Claudia Hamel.

R En épidémiologie, la capacité de contagion d’une maladie est mesurée par le «R0» (R-zéro), qui est le nombre moyen de personnes qu’un patient va infecter. La grippe, par exemple, a un R0 qui tourne autour de 1,5, ce qui signifie que chaque personne grippée va transmettre son virus à 1,5 autre personne en moyenne. La COVID-19, elle, a un R0 d’environ 2 à 3, ce qui en fait un pathogène un peu plus contagieux que l’influenza — qui est déjà pas mal contagieuse elle-même.

Or, indiquent les chercheurs en épidémiologie de l’Université Laval Mélanie Drolet et Marc Brisson, «les prévisions de 30 à 70 % sont basées sur le R0 et ce, en l’absence d’intervention de prévention pour briser les chaînes de transmission. La Chine et la Corée ont employé des mesures très importantes de réduction des contacts sociaux pour diminuer le R0 et leurs populations ont fidèlement suivi les mesures qui leur étaient demandées».

Le chiffre de 70 % est donc vraiment un scénario du pire : si rien n’est fait, si on laisse le virus se répandre sans appliquer de mesures d’isolement, alors on prévoit que 70 % de la population contractera le virus.

Cela dit, ces prévisions valent sur un horizon relativement court, puisqu’on ignore encore comment la COVID-19 se comportera à long terme. S’il suit la même voie que les deux dernières épidémies de nouveaux coronavirus, soit le SRAS et le MERS, alors il se résorbera complètement et il est possible que l’on ne s’approche jamais du chiffre de 70 %. Cependant, s’il «s’installe à demeure» comme les autres coronavirus humains (quatre souches moins virulentes, qui ne donnent que des rhumes), alors il se peut bien qu’à long terme, ce ne sera pas 70 %, mais presque toute la population humaine qui sera éventuellement touchée. Cela reste à voir.