La Sherbrookoise Fanie Lebrun ne veut ni de cellulaire ni de compte Facebook; elle n’est pas sur les réseaux sociaux.

Vivre sans cellulaire

Ils n’ont pas de cellulaire et refusent d’en avoir. Ils se tiennent loin des réseaux sociaux. S’ils peuvent faire sourciller les accros de leur téléphone intelligent, ils voient, eux, beaucoup plus d’avantages que d’inconvénients à se tenir loin de ces appareils hautement addictifs. Conversation avec trois Sherbrookois (un peu) à contre-courant.

« Il y a plein de raisons pour lesquelles je n’ai pas de cellulaire, lance d’entrée de jeu Jonathan Mayer, enseignant en philosophie au Cégep de Sherbrooke et chargé de cours à la faculté de droit de l’Université de Sherbrooke. La première, c’est pour la liberté! Souvent, on pense le contraire. Moi, je le vis à l’inverse. »

Le fait de ne pas posséder de téléphone lui permet d’observer les gens autour de lui... qui ont les yeux rivés sur leur téléphone : l’une va texter toutes les cinq secondes, grugeant finalement pas mal de minutes en une heure, l’autre va regarder un match de hockey... sans vraiment le voir au final.

« Les gens autour de moi ne me donnent pas le goût, mais en même temps ça va m’arriver d’emprunter le cellulaire de quelqu’un. »

« Je ne suis pas sur les réseaux sociaux, renchérit le père de famille. C’est une curiosité qui est alimentée d’une façon, la plupart du temps, assez malsaine. Il y a beaucoup d’ego, on construit une image de soi... Je ne juge pas ça, mais personnellement, ce n’est pas quelque chose qui me rejoint. J’étais sur Facebook, je n’y suis plus; c’est énormément de temps perdu (...) J’ai un groupe d’amis des Laurentides. Ils sont obligés de m’envoyer un courriel. Chaque année je me fais demander pourquoi je n’entre pas sur Facebook, au moins juste avec eux autres », raconte-t-il en souriant au sujet de leur réunion entre amis.

Lorsque La Tribune a accompagné le chargé de cours à l’Assemblée nationale pour le dépôt d’un projet de loi sur l’obsolescence programmée avec ses étudiants, les responsables des communications de l’UdeS ont dû le contacter via un collègue. Une journaliste a aussi tenté de le texter très tôt... sur sa ligne résidentielle. Les anecdotes font sourire, mais ne donnent pas plus envie à Jonathan Mayer de se procurer un téléphone mobile.

« Si j’en avais un, ce serait un point de non-retour. Pour l’instant, je résiste! Je ne sais pas si je vais résister toujours. Ma fille arrive à l’âge où elle peut aller dans les bars. Je vais peut-être avoir envie d’être joignable en tout temps! »

L’enseignant en philosophie n’est pas surexposé à une abondance d’information, mais il n’en est pas moins bien informé. « Je lis le journal, j’écoute les nouvelles », lance-t-il.

« J’aime ma tranquillité et ma liberté », ajoute-t-il, en notant que pour le moment, il vit très bien avec les inconvénients.

Jonathan Mayer soulève aussi toute la question de la surveillance et de la cueillette de données des individus qui se retrouvent dans l’univers numérique, une réalité qui le préoccupe.

Jonathan Mayer, enseignant en philosophie au Cégep de Sherbrooke, n’a pas de cellulaire, et il ne s’en porte pas plus mal, bien au contraire.

La distraction guette

Les seules fois où la Sherbrookoise Fanie Lebrun a eu un cellulaire en poche, ce fut de façon ponctuelle en voyage... et surtout pour rassurer sa mère.

Elle raconte qu’elle doit faire des efforts pour demeurer concentrée : tout l’intéresse. Des notifications pourraient facilement la distraire.

« Je me sens plus libre à ne pas être joignable en tout temps. C’est une décision que je valorise. Quand je suis dans une file d’attente, j’aime être perdue dans mes pensées. »

Au café où on s’est donné rendez-vous, elle patiente le nez dans son livre. Et puis, énumère-t-elle, elle fait des économies, tout en n’ayant pas à se soucier de perdre son téléphone ou de le recharger.

Si Facebook « faisait le ménage ou la vaisselle » et lui dégageait du temps, peut-être aurait-elle envie de s’ouvrir un compte, image-t-elle.

« J’ai déjà de la misère à faire tout ce que je veux... », dit celle qui n’a pas non plus de télévision.

« Les désagréments sont beaucoup plus grands que les avantages », glisse-t-elle en abondant ainsi dans le même sens que Jonathan Mayer.

Elle se remémore une discussion intéressante avec une autre lectrice de Kim Thuy, alors qu’elles attendaient pour une dédicace. Avec un téléphone en main, cette discussion n’aurait sans doute jamais eu lieu.

Car, sournoisement, les écrans modifient nos contacts avec les autres.

Jean-François Létourneau, enseignant au Cégep de Sherbrooke, n’a pas besoin  de cellulaire, mais il a fait le saut sur Facebook afin de mieux diffuser des événements dont il veut faire la promotion.

Enseignant au Cégep de Sherbrooke vivant très bien sans cellulaire, Jean-François Létourneau constate que ses étudiants se tournent bien souvent vers leur appareil plutôt que de jaser avec leurs camarades à une pause.

« Je n’essaie pas de résister, je n’en ai pas besoin! » lance-t-il, même s’il peut parfois y avoir de petits inconvénients. Du genre? « Il n’y a plus de téléphone public. J’ai débarqué en autobus sur le campus de l’UdeS et je n’ai jamais été capable de trouver des téléphones... »

Jean-François Létourneau, qui est aussi auteur, a toutefois fait le saut sur Facebook afin de mieux diffuser des événements dont il veut faire la promotion. « Je suis plus au courant de tout ce qui se passe sur le plan culturel. C’est le côté positif sur le plan culturel : je me suis remis sur le réseau. »

L’information sur son fil lui rappelle aussi souvent pourquoi il ne voulait pas avoir de compte : il se surprend parfois à perdre plusieurs minutes à l’observer défiler.