Vanessa Couturier et Cynthia Tassé-Lamarche, "intervenantes militantes féministes" de la Maison Unies-Vers-Femmes de Gatineau, posent leur première pancarte, boulevard Gréber.

Violence envers les femmes : l'Outaouais et Gatineau tirent de l'arrière

Pour la première fois, un drapeau vert affichant un ruban blanc est hissé pour douze jours à l’extérieur de la Maison du citoyen.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre des 12 jours d’action pour l’élimination de la violence aux femmes, une campagne annuelle qui prend sa source dans la tuerie de l’école de Polytechnique de Montréal en 1989. 

Le drapeau rappelle que Gatineau est officiellement devenu, en janvier dernier, membre du regroupement des municipalités alliées contre la violence conjugale. Gatineau fait donc partie des 300 quelques villes qui ont adhéré à cette association. 

Mais curieusement, même si les intentions sont là, les résultats sont décevants sur le terrain.

Une enquête sociale générale de Statistiques Canada plaçait Gatineau au deuxième rang des villes qui enregistrent les plus hauts taux d’appels à la police pour des cas de violence familiale au pays. Cette statistique date de 2014, mais a été rendue publique en 2016. On parlait ici de 343 cas par 100 000 habitants.

L’Outaouais au complet n’est pas en reste. La maison d’hébergement Pour Elles Des Deux Vallées de Buckingham révèle qu’en 2013, l’Outaouais était la 3e région au Québec à enregistrer le plus haut taux de victimes de violence conjugale.

2300 femmes refusées

Sept maisons d’hébergement desservent en Outaouais une clientèle de femmes et d’enfants victimes de violence familiale ou conjugale. 

Dans la dernière année, ces sept refuges ont accueilli 464 femmes et 339 enfants. Ces résidences ont aussi offert des services externes, comme des consultations sans hébergement ou «post-hébergement» ou de l’accompagnement, à 1140 femmes et 421 enfants. 

Mais surtout, elles ont dû refuser en hébergement un total de 2320 femmes et enfants... par manque de place. Mais Annick Brazeau, directrice générale de la maison d’hébergement Pour Elles Des Deux Vallées, tient à rappeler que les refus, faute de lits, ne sont que cycliques; on ne veut pas décourager les femmes d’appeler pour obtenir de l‘aide.

Pas de portrait-robot

Il n’y a pas de portrait-robot de la victime comme tel; elles sont de toutes conditions et de toutes cultures, mais certaines tendances se détachent tout de même du reste. Les statistiques compilées par la maison d’hébergement Pour Elles Des Deux Vallées de Buckingham révèlent que six personnes sur dix sont victimes de voies de fait simples, les femmes de 18 à 29 ans ont les taux de victimisation les plus élevés et les auteurs présumés de violence conjugale sont des hommes un peu plus de 8 fois sur 10. 

Enfin, les quatre infractions les plus signalées sont les voies de fait (de niveau 1), les menaces, le harcèlement criminel et les voies de fait (de niveau 2).

«En violence conjugale, y a pas de portraits types. Même au niveau des conjoints, y en a qui ont des métiers, qui sont policiers... N’importe qui peut être un conjoint violent», explique Annick Brazeau, de la maison d’hébergement Pour Elles Des Deux Vallées.

Douze jours pour y penser

Partout au Québec, ces douze journées d’action s’exprimeront de différentes façons selon les initiatives des divers organismes impliqués. Du côté de la Maison Unies-Vers-Femmes de Gatineau, on a choisi d’installer une pancarte par jour pendant les 12 jours de campagne. Ces affiches ont été conçues par des victimes elles-mêmes et seront plantées le long du boulevard Gréber à partir des environs du poste de police de Gatineau.

La journée de clôture de la campagne, le mercredi 6 décembre, se terminera par une marche, du même poste de police jusqu’au petit parc Mémoire d’Elles, toujours à Gatineau, coin Jacques-Cartier et Gréber. Un monument y est érigé sur lequel sont inscrits les noms de femmes de l’Outaouais assassinées par leur conjoint. 

La marche se terminera par une vigile commémorative dans ce même parc.