Le professeur à l'UQO, Normand Bourgault, spécialiste en commercialisation et marketing.
Le professeur à l'UQO, Normand Bourgault, spécialiste en commercialisation et marketing.

Vins et spiritueux: une foule de raisons derrière les prix

Daniel Leblanc
Daniel Leblanc
Le Droit
S'il est clair que la Société des alcools du Québec (SAQ) pourrait étudier certaines stratégies pour ajuster ses prix, les consommateurs doivent éviter de croire que les prix sur les tablettes sont le fruit du hasard, selon le professeur Normand Bourgault, de l'Université du Québec en Outaouais.
Le spécialiste en commercialisation et marketing précise que c'est majoritairement pour les vins de la fourchette de prix inférieure (10 à 20$) que la SAQ est moins compétitive.
Le professeur Bourgault croit qu'il faut y penser à deux fois avant de traverser la rivière pour faire des provisions d'alcool. Tout dépend des produits désirés. «Je crois qu'à 2,4%, ça ne paie pas l'essence dépensée. Les gens sont persuadés que l'écart est d'environ 15% parce qu'ils effectuent souvent la comparaison avec des produits qui sont dans la gamme de prix variant de 15 à 20$", commente-t-il.
Si les vins canadiens sont souvent plus onéreux à la SAQ, il y a une raison historique précise, qui date du début des années 1990.
«Lors des négociations de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), l'Ontario et la Colombie-Britannique étaient des provinces productrices de vin, alors ils ont demandé d'être exclues, mais pas le Québec, qui est donc soumis aux règles de l'accord. La SAQ est un organisme provincial, alors elle ne peut pas avoir une politique différente pour les vins d'ici en comparaison à ceux produits ailleurs, au contraire de la LCBO, qui peut se permettre de prendre des marges plus petites sur les vins ontariens, par exemple», dit-il.
C'est ce qui explique, entre autres, pourquoi un produit québécois comme le Sortilège est plus cher qu'en Ontario.
Réalité frontalière
Les prix pourraient-ils être ajustés pour tenir compte de la réalité frontalière de régions comme l'Outaouais? «Je crois que la perception, au Québec, c'est qu'on paie le même prix pour la même bouteille, peu importe la compétition. Pour certaines régions, la concurrence est avec le Nouveau-Brunswick. On ne modifie pas les prix. Au fond, c'est à la fois l'avantage et le désavantage d'un monopole», observe le professeur, ajoutant que l'un des atouts de la SAQ est la desserte des villes de plus petite taille.
Quand on va ailleurs, aux États-Unis ou en Alberta par exemple, le choix n'est pas comparable, selon lui.
Divers scénarios méritent toutefois d'être étudiés, à son avis. «Le Québec pourrait créer des prix de proximité, lesquels permettraient de vendre des produits québécois dans les régions où ils sont produits à moindre prix que dans les autres régions de la province. Ça, ce n'est pas fait. Par conséquent, dans un dépanneur, on ne peut pas se procurer un vin qui provient de notre propre région, car il coûte plus cher qu'un vin directement venu de l'Argentine, par exemple», mentionne-t-il.
Difficile de savoir avec certitude quelle proportion de gens préfère acheter à Ottawa. N'empêche qu'une simple visite dans un stationnement de la LCBO permet vite de constater que les plaques d'immatriculation québécoises sont nombreuses. «Si je me fie à tout ce que j'entends dans mes salles de classe, il y en a pas mal», conclut le professeur Bourgault.