C’est loin d’être la première fois que l’on voit apparaître et réapparaître cette idée que le virus de la COVID-19 aurait été conçu en laboratoire.
C’est loin d’être la première fois que l’on voit apparaître et réapparaître cette idée que le virus de la COVID-19 aurait été conçu en laboratoire.

Vérification faite: non, toujours pas de preuve que la COVID-19 a été produite en laboratoire

L’AFFIRMATION: «Un scientifique norvégien affirme qu’un rapport prouve que le coronavirus a été fabriqué en laboratoire», titrait ces derniers jours le magazine Forbes, comme plusieurs autres médias qui ont redonné vie à cette vieille rumeur. «L’étude de [Birger] Sørensen et du professeur britannique montre que les pics de protéines [à la surface] du coronavirus contiennent des séquences qui semblent avoir été artificiellement insérées. Ils soulignent aussi le peu de mutations survenues sur le virus depuis son apparition, ce qui suggère qu’il était déjà complètement adapté à l’humain», poursuit Forbes, qui précise que ladite étude a été publiée dans la revue savante Quaterly Review of Biophysics.

LES FAITS

C’est loin d’être la première fois que l’on voit apparaître et réapparaître cette idée que le virus de la COVID-19 aurait été conçu en laboratoire. Au début de l’hiver, une étude préliminaire avait été mal comprise par des internautes, qui y avaient vu la «preuve» que des morceaux de VIH avaient été insérés dans le coronavirus — ce qui était faux, et l’étude a depuis été retirée par ses auteurs, catastrophés d’avoir alimenté des théories du complot malgré eux. Cette thèse a repris vie quelques semaines plus tard, cette fois dans des brevets tout aussi mal compris, qui ne parlaient pas du tout de la fabrication d’un nouveau virus.

Et voilà que les réseaux sociaux s’enflamment de nouveau parce que Forbes et plusieurs autres médias grand public ont fait écho à l’étude de la Quaterly Review of Biophysics.

Cependant, quiconque se donnera la peine de lire l’étude risque d’avoir bien du mal à y trouver la moindre «preuve» d’une origine artificielle. Le texte ne fait nulle part allusion aux origines de la COVID-19, mais détaille plutôt certaines caractéristiques du virus et discute de leur importance pour la mise au point d’un vaccin — et plus particulièrement du candidat vaccin Biovacc-19, sur lequel travaillent M. Sorensen et ses collègues.

Maintenant, le chercheur norvégien a bel et bien déclaré à la radio publique de Norvège qu’à ses yeux, les «insertions» que l’article mentionne sont d’origine artificielle. Mais voilà, les insertions de ce genre ne sont pas une preuve de manipulation en laboratoire — elles arrivent couramment dans la nature, c’est une des manières que les virus ont d’évoluer.

Le virologue de l’UQAM Benoît Barbeau, qui a pris le temps de lire le papier, n’y a pas vu de raison de penser que la COVID-19 est sortie d’un labo. «On est capable de changer virus en laboratoire, de faire insertion, d’ajouter des séquences d’acides aminés [ndlr : les acides aminés sont la «matière première» dont sont faites les protéines] ici et là, c’est vrai. À la limite, si vous tenez vraiment à aller dans le sens de la conspiration, les insertions dont parle cet article peuvent toujours possiblement suggérer une manipulation. Mais ça ne prouve rien non plus. Il faut comprendre que vous avez des quantités énormes d’espèces animales qui sont sujettes à des familles de coronavirus, alors ça donne aux virus une capacité phénoménale de changer et de produire des variantes tellement nombreuses qu’à un moment donné, il est inévitable que des virus évoluent chez une espèce animale de manière à avoir juste les bonnes caractéristiques pour bien infecter et se transmettre chez l’humain.»

Il suffit ensuite qu’un contact se produise pour que le virus fasse le saut. Notons que c’est cette avenue que privilégiait une étude parue en avril dans Nature – Medicine : après analyse du génome de la COVID-19, ses auteurs ont conclu à une origine naturelle.

M. Barbeau ajoute qu’à ses yeux, «oui, on est capable de modifier les virus, mais on n’a peut-être pas encore la technologie pour les rendre plus dangereux de manière efficace. La nature est bien meilleure que nous pour ça, et c’est fort probablement ce qui est arrivé dans ce cas-ci».

VERDICT

Comme les autres déclinaisons de cette thèse, celle-ci ne constitue pas du tout une preuve convaincante que la COVID-19 a été mise au point en laboratoire.

DES INFOS À VÉRIFIER?

La déclaration d’un ministre vous paraît douteuse? Une information qui circule vous semble exagérée, non fondée? Écrivez à notre journaliste (jfcliche@lesoleil.com). La rubrique Vérification faite prendra le temps de fouiller les faits, en profondeur, afin de vous donner l’heure juste. Car nous non plus, on n’aime pas les fausses nouvelles.