Les premières études sur la cigarette électronique comparaient les vapoteurs et les fumeurs parce qu’on voyait surtout le vapotage comme une solution de remplacement ou de sevrage au tabac. Mais la tendance à la hausse du vapotage chez des jeunes qui n’ont jamais fumé, a créé un intérêt pour le vapotage en lui-même.

Vérification faite: le vapotage, aussi dangereux qu’on le dit?

L’AFFIRMATION: «Je trouve que ce qu’on lit sur le vapotage dans les médias, dernièrement, relève de la désinformation. Les morts liées à la cigarette électronique sont, à mon avis, plus attribuables à des produits douteux achetés sur le marché noir qu’au vapotage comme tel. Les experts que j’ai lus sur le sujet sont favorables au vapotage. Alors ça ne peut pas être aussi dangereux qu’on le dit, non?», demande Louis Cornellier, de Joliette.

LES FAITS

Les médias ont effectivement consacré beaucoup d’attention aux risques du vapotage ces derniers temps, et ils n’ont pas toujours fait dans la nuance, pour dire le moins. Par exemple, le European Heart Journal publiait il y a quelques jours une étude qui concluait que la «e-cig» était effectivement dommageable, mais qui a reçu un accueil très mitigé de la communauté scientifique. Plusieurs chercheurs ont trouvé les résultats peu concluants pour diverses raisons — par exemple, la petite taille de l’échantillon ou le fait que des analyses de tissus chez les souris exposées ont montré une substance nommée acroléine, qui est très toxique, mais qui n’est produite que si le liquide de vapotage est littéralement grillé, ce qui n’arrive pas dans les vapoteuses normales.

Mais qu’à cela ne tienne, des médias majeurs d’un peu partout dans le monde ont quand même titré que «le vapotage est si dangereux et addictif qu’il devrait être banni» (Sky News) et qu’«un seul épisode de vapotage […] durcit les artères» (The Independent). Alors oui, il semble bien y avoir une part de désinformation ou de sensationnalisme dans tout cela.

Le fait demeure cependant qu’il existe un authentique débat scientifique au sujet des bienfaits et inconvénients du vapotage : certaines études concluent en faveur de la cigarette électronique, d’autres sont clairement négatives. La clef pour s’y retrouver, ici, est de regarder à quoi on a comparé la «e-cig» pour en évaluer les effets.

De manière générale, les études qui comparent le vapotage à la cigarette «traditionnelle» trouvent que le premier est beaucoup moins pire pour la santé. La semaine dernière, par exemple, le Journal of the American College of Cardiology a publié une étude comparant des fumeurs qui ont troqué la cigarette pour le vapotage et d’autres fumeurs qui ont simplement continué de fumer comme d’habitude. Au bout de seulement un mois, le groupe des vapoteurs montrait de bons signes d’amélioration cardiovasculaire — leurs artères étaient moins rigides et se dilataient plus facilement sous l’effet de la pression sanguine.

Historiquement, me dit-on à l’Institut de la santé publique du Québec, beaucoup des premières études sur la cigarette électronique ont fait ce genre de comparaison parce qu’on voyait surtout le vapotage comme une solution de remplacement ou de sevrage au tabac. Pendant quelques années, d’ailleurs, ce fut l’équipe responsable de la lutte au tabagisme qui a mené seule le dossier à l’INSPQ, mais l’organisme a élargi ses efforts de documentation récemment. Il faut dire qu’il n’y a pas que les fumeurs qui se mettent au vapotage, loin de là. Une étude publiée cette année dans le British Medical Journal a trouvé que 37 % des ados canadiens de 16-19 ans ont déjà vapoté au moins une fois dans leur vie, et que 15 % l’ont fait dans les 30 derniers jours.

La tendance à la hausse chez les jeunes est observée un peu partout ces dernières années, ce qui explique sans doute en bonne partie l’intérêt des chercheurs pour le vapotage en lui-même, sans le comparer au tabac. Et sans ce point de comparaison très avantageux, plusieurs études trouvent bel et bien des effets nocifs à la cigarette électronique, suggérant des liens avec le cancer, des problèmes pulmonaires, etc. Il reste encore beaucoup de recherche à faire parce qu’il s’agit d’un phénomène assez nouveau, mais il est indéniable que la cigarette électronique vient avec des risques pour la santé : «moins pire que la cigarette» ne signifie pas «sans danger». La plupart des instances de santé publique dans le monde ont d’ailleurs maintenant une page sur ces risques — notamment Santé Canada.

Ces derniers mois, d’ailleurs, une vague de problèmes pulmonaires assez graves a été liée au vapotage. Aux dernières nouvelles, la santé publique américaine comptait plus de 2000 cas de blessures aux poumons et 42 décès depuis mars dernier. On déplore trois cas au Québec jusqu’à maintenant.

Il est vrai, comme le signale M. Cornellier, que jusqu’à maintenant l’enquête montre surtout du doigt des usages irréguliers des vapoteuses. Pas moins de 86 % des patients touchés disent avoir consommé des produits dérivés de cannabis avec leur vapoteuse, et l’on soupçonne plus particulièrement un additif (l’«acétate de vitamine E») souvent utilisé par le marché noir pour rendre la mari «vapotable». Mais on ne comprend pas encore bien le phénomène, alors il reste théoriquement possible que l’utilisation régulière des vapoteuses soit (un peu) en cause.

En outre, on sait que des produits nocifs autres que l’acétate de vitamine E sont présents dans les liquides de vapotage — par exemple le diacétyle, présent dans le maïs soufflé et qui a déjà causé des problèmes respiratoires à des travailleurs d’usine de pop-corn.

LE VERDICT

En partie vrai. Il semble bien démontré que la cigarette électronique est beaucoup moins pire que le tabac, mais celui-ci est un point de comparaison artificiellement flatteur. Les dangers du vapotage ne sont sans doute pas aussi dramatiques que ce que certains médias ont laissé entendre, mais ils n’en sont pas moins assez sérieux pour préoccuper bien des instances de santé publique dans le monde.

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