Vers le début et la mi-mai, «c’est vraiment tout le Québec qui avait des températures sous les normales de saison, ce n’est pas le lac Saint-Jean qui causait ça», explique le météorologue d’Environnement Canada André Cantin.

Vérification faite: le printemps froid à Québec à cause du lac Saint-Jean?

L’AFFIRMATION: «Nous avons récemment entendu à Radio-Canada que la température froide que connaissait la ville de Québec était attribuable au fait que le lac Saint-Jean n’était pas encore calé. Cela nous semble douteux. Qu’en est-il?» demande Alain Turcotte. Notre lecteur fait référence à un segment de l’émission «C’est encore mieux l’après-midi» du 8 mai, où le journaliste affecté à la météo Maxime Denis a dit que «tant que le lac Saint-Jean n’est pas calé, tant que les lacs ne sont pas calés, on a toujours une fraîcheur dans l’air». Une semaine plus tard, le 14 mai, il ajoutait : «En montant dans la réserve faunique des Laurentides en fin de semaine, de voir tous les lacs qui sont complètement recouverts de glace, c’est pour ça qu’il fait froid.»

LES FAITS

Il n’est pas complètement dénué de vérité de faire un lien entre la présence de glace sur les lacs et la température qu’il fait. Après tout, les surfaces blanches réfléchissent une bonne partie de l’énergie que nous recevons du Soleil, si bien que lorsque la glace cale, le lac «capte» plus de rayonnement.

Cependant, précise le météorologue d’Environnement Canada André Cantin, l’effet est très local et nettement moins grand que ce qu’on pourrait penser. «Cette glace-là, juste avant de caler, est presque rendue à 0°C. Et lorsque le lac vient juste de caler, l’eau est proche de 0°C aussi», dit-il d’abord. Avec ou sans glace, donc, le lac reste une grosse masse froide. En outre, quand les eaux redeviennent libres, les échanges de chaleur qu’elles ont avec l’atmosphère vont changer et se complexifier — parfois avec pour effet final de refroidir l’air alentour, et non de le réchauffer, indique M. Cantin.

Et de toute manière, à plus grande échelle, le lien entre la glace des lacs et la température est l’inverse de ce qui a été présenté à Radio-Canada : c’est la chaleur qu’il fait (ou non) un printemps donné qui détermine quand les lacs calent, pas la présence de glace sur les lacs qui refroidit l’air sur de grandes superficies.

En ce qui concerne l’idée que le lac Saint-Jean puisse avoir une incidence sur la température qu’il fait à Québec, M. Cantin estime que ce n’est «probablement pas» le cas. D’une part, comme on vient de le voir, l’effet réchauffant du départ des glaces, s’il existe, est trop local et modeste pour avoir été ressenti dans la capitale. Et d’autre part, signale le météorologue, il ne faut pas oublier que le jour où le lac Saint-Jean a calé, les montagnes tout autour, elles, demeuraient enneigées. Alors un petit «trou» au milieu de tout ce blanc peut difficilement avoir fait une différence notable.

Vers le début et la mi-mai, «c’est vraiment tout le Québec qui avait des températures sous les normales de saison, ce n’est pas le lac Saint-Jean qui causait ça, explique M. Cantin. C’était un système de basse pression, ce qu’on appelle une dépression froide, qui [...] maintenait des vents dominants du nord-nord-ouest. Alors ça amenait de l’air froid sur l’Ontario et à peu près partout au Québec.»

VERDICT

Faux. Le temps froid que la région de Québec a connu en mai s’expliquait par un système de basse pression qui a amené de l’air arctique sur tout le sud de la province et sur l’Ontario. La glace qui persistait sur le lac Saint-Jean ne peut pas en avoir été la cause car l’effet du «calage» des lacs, même les plus grands, est modeste et très localisé.

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