Selon une statistique de l’Association du camionnage du Québec, l’industrie du camionnage aurait besoin de 52 000 travailleurs d’ici 2020.

Vérification faite: a-t-on vraiment besoin de 52 000 chauffeurs de camion au Québec?

L'AFFIRMATION

«Il circule une information voulant que le Québec aurait besoin de 52 000 chauffeurs de camion d’ici 2020. Ce chiffre est assez énorme étant donné la taille du Québec. Il y aurait environ 80 000 camionneurs présentement, alors comment peut-on arriver à un chiffre de 52 000? L’Association du camionnage du Québec (ACQ) est parfois citée comme étant la source, mais je n’ai jamais trouvé l’original», demande Nicolas Choquette, de Saint-Félix-de-Kingsey (Centre-du-Québec). Le hasard faisant drôlement les choses, il se trouve que le maire de Québec Régis Labeaume a indiqué mardi que le principal frein au déneigement est «le manque de chauffeurs». Alors voyons voir.

LES FAITS

L’ACQ est bel et bien la source de cette statistique, confirme son porte-parole Axel Rioux. Il s’agit d’une estimation qui a été faite en 2015 et qui concernait les emplois qui seraient disponibles dans cette industrie sur un horizon de 5  ans — donc la date de 2020 est la bonne.

Cependant, a précisé M. Rioux dans un échange de courriels, le chiffre de 52 000 inclut «TOUS les métiers de l’industrie», et pas seulement les camionneurs. Cela inclut par exemple les mécaniciens, les manutentionnaires, les répartiteurs, etc. Mais ce sont tout de même les conducteurs qui sont, de loin, les plus nombreux. M. Rioux souligne par ailleurs que son organisation ne représente pas les chauffeurs qui travaillent dans le déneigement, qui sont regroupés dans une autre association — des «camionneurs artisans», celle-là. En outre, ce chiffre de 2015 était basé sur des données datant de 2012.

Il demeure tout de même que tout le secteur souffre d’une pénurie de main-d’œuvre. Dans un «diagnostic» publié lui aussi en 2015, le Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’industrie du transport routier (CAMO-route) prévoyait plus de 22 000 embauches pour des conducteurs avec des permis de classe 1 pour les années 2016 et 2017 — donc un rythme d’environ 10 000 par année, ce qui n’est pas très différent des chiffres de l’ACQ. Signe que l’industrie peine à retenir ses travailleurs, la moitié de ces emplois disponibles s’expliquait par le «roulement de personnel» et 14 % par les retraites.

Pas étonnant, donc que 44 % des entreprises sondées pour ce «diagnostic» ont dit avoir éprouvé des difficultés de recrutement — c’était même 86 % de celles qui comptent plus de 100 employés. «Les postes qui semblent être les plus difficiles à combler sont les postes de conducteurs/conductrices ayant un permis de classe 1 ou un permis de classe 3», lit-on dans le document.

Le monde du camionnage ne se renouvelle pas bien non plus : les 45 à 64 ans représentent 52 à 56 % des conducteurs (cela varie un peu selon le type de marchandises transportées), contre 34 à 37 % pour les 26-44 ans.

Mentionnons pour finir que le CAMO-route travaille sur un nouveau «diagnostic» avec des données plus à jour. On verra si cela change le portrait, mais la pénurie ne semble pas sur le point de se résorber. Dernier signe en date : pas plus tard qu’en janvier dernier, l’Ontario Trucking Association a lancé un appel aux gouvernements pour permettre l’embauche de camionneurs étrangers.

LE VERDICT

Plutôt vrai. Le chiffre de 52 000 embauches sur cinq ans de l’ACQ n’inclut pas que les camionneurs, mais ceux-ci sont majoritaires dans le portrait et le rythme d’environ 10 000 camionneurs par année est cohérent avec le diagnostic le plus récent de l’industrie. En outre, il est manifeste que le secteur traverse une pénurie de main-d’œuvre.

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