Le Grand Prix de Trois-Rivières, qui a lieu en fin de semaine, a décidé de réduire son empreinte écologique en plantant chaque année des arbres pour compenser ses émissions de gaz à effet de serre. Ce printemps, 200 ont été plantés afin de compenser (sur 50 ans) le CO2 rejeté l’an dernier.

Vérification faite: 200 arbres couvrent-ils le CO2 du GP de Trois-Rivières?

L’AFFIRMATION: «Comment est-ce que les dirigeants du Grand Prix de Trois-Rivières [GP3R] peuvent prétendre transformer quatre jours de bruit et de dioxyde de carbone en milieu urbain en un “événement vert”, simplement en plantant 200 arbres? Est-ce que ces 200 arbres suffisent vraiment à compenser les émissions du Grand Prix, ou est que c’est, comme on dit en français, du greenwashing?» demande un certain «Louis» de Trois-Rivières.

LES FAITS

Le Grand Prix de Trois-Rivières, qui a lieu en fin de semaine, d’ailleurs, a effectivement décidé de réduire son empreinte écologique en plantant chaque année des arbres pour compenser ses émissions de gaz à effet de serre. Ce printemps, 200 ont été plantés afin de compenser (sur 50 ans) le CO2 rejeté l’an dernier.

Il faut noter (et le GP3R ne s’en cache pas) que l’exercice ne vise pour l’instant qu’à couvrir les émissions des voitures et motos en piste, lors des tours de pratique, des qualifications et des courses elles-mêmes. Cela n’inclut pas le CO2 rejeté pour l’organisation de l’événement, la préparation du site, le transport des pilotes et des véhicules, etc. Le directeur du Grand Prix, Dominic Fugère, indique qu’un nouveau bilan plus complet est justement en préparation. Il sera éventuellement suivi par un troisième bilan qui tiendra aussi compte du «CO2 émis par nos visiteurs pour venir et partir de chez nous ainsi que ce qu’ils émettent comme GES [pendant qu’ils sont sur place]», a précisé M. Fugère lors d’un échange de courriels.

Alors la question à laquelle il faut répondre ici est : ces 200 arbres compensent-ils au moins le CO2 rejeté par les bolides pendant les compétitions, comme le prétend le GP3R? C’est la firme de consultant Arbre-Évolution qui a fait les calculs d’émissions et d’arbres à planter, et M. Fugère m’a envoyé son fichier Excel. Les chiffres concordent bien avec ce que j’ai pu trouver dans d’autres sources externes.

En comparant avec les résultats officiels du GP3R, il apparaît qu’Arbre-Évolution n’a pas sous-estimé le kilométrage parcouru, mais a même compté un peu plus de tours que ce qui a été officiellement comptabilisé. Ainsi, les voitures de la catégorie Porsche Ultra ont complété un peu plus de 1200 tours (pratiques, qualifs et courses) selon les résultats officiels, mais Arbre-Évolution a basé ses calculs sur plus de 1400 tours. Même chose pour les autres catégories que j’ai vérifiées, soit la F1600 (environ 1300 tours dans les résultats officiels contre près de 1600 dans les calculs du consultant) et pour le Championnat canadien de véhicules de touring (1650 vs 2250).

Rien ne suggère non plus que la consommation des véhicules ait été sous-estimée, dans ce que j’ai pu comparer. Ainsi, le président du circuit F1600 Canada, Marcel Lafontaine, m’a dit en entrevue que «la course fait environ 50 km, et la voiture consomme environ 20 litres d’essence», ce qui fait autour de 40 l/100 km; c’est assez proche des 35 l/100 km comptés pour les F1600 par Arbre-Évolution. De la même manière, le site de NASCAR parle d’une consommation de 57 l/100 km (4,1 milles par galon, nas.cr/2ymw5d5) pour ses bolides participant à ses courses les plus prestigieuse; ceux du GP3R (des Nascar de la série Pinty) ne sont pas aussi puissants, mais l’événement a compté 70 l/100 km pour eux. Dernier exemple : Arbre-Évolution a présumé une consommation moyenne de 18 l/100 km pour la catégorie Nissan Micra; c’est le double de la consommation «en ville» de ce modèle, d’après le fabricant, ce qui semble raisonnable compte tenu de la conduite exigeante d’une course.

Le chiffrier du GP3R compte 2,3 kg de CO2 émis par litre d’essence brûlé, ce qui est exact.

Enfin, Arbre Évolution a compté 215 kg de CO2 capturé sur une période de 50 ans pour chaque arbre planté, ce qui est très faible (et pas du tout à l’avantage du GP3R) comparé à ce qu’avancent d’autres sources crédibles [bit.ly/2SSe9jM et bit.ly/2K5igX5], qui parlent plus tôt de 1 tonne par arbre au bout d’une quarantaine d’années. Cependant, note M. Fugère, les 200 «arbres» plantés par le Grand Prix incluent aussi des arbustes fruitiers (une vingtaine) qui ne stockent pas autant de carbone que les grands arbres. Peut-être AUSSI que les essences d’arbres plantés (que je n’ai pas pu connaître) sont plus petites ou à croissance lente, et captureraient donc moins de carbone. Mais les estimés du GP3R ne semblent vraiment pas avoir péché par excès d’optimisme de ce point de vue.

LE VERDICT

Vrai. Le Grand Prix ne prétend pas couvrir autre chose que le CO2 des voitures en piste (en tout cas pas encore). Tout indique que les 200 arbres plantés cette année suffisent à compenser les GES des courses, qualifications et essais de l’an dernier.

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