Il est vrai que les arbres captent du CO2 dans l’atmosphère pour le transformer (avec de l’eau et de l’énergie solaire) en sucres.

Vérification faite: 2 milliards d’arbres contre les GES?

L’AFFIRMATION: «Cela nous aidera aussi à atteindre près de 40 % de nos cibles de réduction des émissions [de gaz à effet de serre]», lisait-on dans un communiqué de presse du Parti libéral du Canada à propos de sa promesse de planter 2 milliards d’arbres d’ici 10 ans.

LES FAITS

Il est vrai que les arbres captent du CO2 dans l’atmosphère pour le transformer (avec de l’eau et de l’énergie solaire) en sucres. La question est : 2 milliards d’arbres en capteront-ils suffisamment pour combler 40 % des cibles canadiennes de GES?

Les objectifs du Canada en cette matière sont ceux de l’Accord de Paris, dont les signataires se sont engagés à ramener d’ici 2030 leurs émissions à 30 % sous leurs niveaux de 2005. Le Canada a rejeté 732 mégatonnes (Mt) de gaz carbonique (et équivalents) en 2005, si bien qu’il doit couper ce chiffre de 219 Mt d’ici la fin des années 2020. Les libéraux ont également évoqué une autre cible dans leur communiqué, soit celle d’en arriver à «zéro émission nette» d’ici 2050.

Or, dans un cas comme dans l’autre, les 2 milliards d’arbres sont loin de représenter 40 % des objectifs. Le premier ministre Justin Trudeau a indiqué en conférence de presse que ces arbres allaient retirer 30 Mt de CO2 de l’atmosphère d’ici 2030. Mais cela représente moins de 14 % de l’Accord de Paris (-219 Mt d’ici 2030).

Le constat est le même pour l’autre cible de «zéro émission nette d’ici 2050». D’après le plus récent bilan fédéral, le Canada a émis 704 Mt de GES en 2017. Si rien n’est fait au cours des trois prochaines décennies, cela représente 21 120 Mt d’émissions totales. D’après certaines sources crédibles [bit.ly/2SSe9jM et bit.ly/2K5igX5], un arbre de bonne taille peut capter environ une tonne de CO2 sur 40 ans. Si l’on présume que les 2 milliards d’arbres promis survivent tout ce temps, cela représente donc à 2000 Mt d’ici 2060, donc moins de 10 % de l’objectif à atteindre — avec 10 ans de retard. Et encore, c’est un calcul très optimiste. Par exemple la firme québécoise Arbre Évolution, qui a notamment travaillé avec le Grand Prix de Trois-Rivières pour compenser ses émissions, compte toujours beaucoup moins qu’une tonne par arbre afin de tenir compte de la mortalité, notamment.

Alors comment le PLC arrive-t-il à ce chiffre de 40 %? D’après les réponses des relationnistes du parti, il semble que les libéraux se soient livrés à quelques manipulations statistiques. Environnement Canada a récemment fait des modélisations pour tenter de prédire l’effet des mesures adoptées (taxe sur le carbone et autres) sur les émissions à venir, et a conclu qu’elles n’étaient pas suffisantes pour respecter l’Accord de Paris : les mesures actuellement en vigueur ou prévues manqueraient la cible par 79 Mt [bit.ly/2ntnVh7, p. 5/29]. Et c’est à ce 79 Mt que les libéraux ont comparé le 30 Mt qui sera capté par les arbres plantés, ce qui fait 38 %.

Si l’on appelle les choses par leur nom, cependant cela représente donc 38 % du chemin qu’il resterait à parcourir, pas 38 % «des objectifs».

Et soulignons que l’on parle ici de projections : on n’est pas sûr que les mesures en place réduiront les émissions de GES autant que ne le prévoient les modèles.

Dernier élément pertinent : quand on compense des émissions en plantant des arbres, la règle générale est qu’il faut avoir une forme de «garantie» que les arbres seront conservés pendant au moins 30 ans, sinon 50 — le propriétaire du terrain où ils sont plantés peut s’y engager dans un contrat, par exemple. Or le PLC a éludé une question explicite du Soleil sur ces garanties, disant simplement que «nous travaillerons avec des experts» et «[réfléchirons] soigneusement au type d’arbres que nous plantons et à l’endroit où nous les plantons afin d’arriver à notre objectif».

LE VERDICT

Très exagéré. Pour arriver au chiffre de 40 %, les libéraux ont dû jouer avec les chiffres : ils ont comparé l’effet de leur promesse non pas aux objectifs de l’Accord de Paris, mais au chemin qu’il resterait à faire (en présumant que certaines prévisions se réalisent), ce qui gonfle artificiellement le pourcentage. En réalité, les 2 milliards d’arbres plantés représentent moins de 15 % des objectifs fédéraux.

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