La firme d’ingénierie Systra, spécialisée dans les transports, a établi que le passage d’un tramway produisait un bruit de 75 décibels à 10 mètres de distance, alors qu’une voiture se situerait à 80 dBA.

Vérification faite: seulement 75 décibels pour un tramway?

L’AFFIRMATION: «Le Soleil citait récemment un rapport d’experts commandé par la Ville de Québec, qui assurait que «le bruit émis par un tramway s’élève à 75 décibels, alors que celui d’un autobus atteint 75 à 80 décibels et une automobile, 80 décibels». Mais on ne me fera pas croire qu’un tramway dont les roues de métal frottent sur des rails en métal est plus silencieux qu’une voiture. Ça me semble d’autant plus suspect que l’article dit aussi que “le paramètre retenu dans l’industrie est le niveau sonore équivalent sur une période longue et non à l’événement”. Est-ce à dire que le passage du tramway et ses crissements sont noyés dans la moyenne? Quel est le vrai niveau de bruit d’un tramway?» demande Serge Trépanier, de Québec.

LES FAITS

Le rapport en question est le travail de la firme d’ingénierie Systra, une multinationale spécialisée dans les transports et qui possède donc a priori toute l’expertise nécessaire. Dans sa présentation PowerPoint, Systra a bien indiqué que le passage d’un tramway produisait un bruit de 75 décibels (dBA) à 10 mètres de distance, alors qu’une voiture se situerait à 80 dBA. Le rapport lui-même parle plutôt de 78 dBA à 7,5 m (en page 3) pour un tramway.

En ce genre de matière, les conditions concrètes de mesure (type de tramway, sorte de rails, configuration de l’endroit, etc.) peuvent faire une grosse différence, mais tout indique que Systra a retenu un niveau de bruit raisonnable pour le passage d’un tramway. Un rapport français de 2009 bit.ly/2DHNG1D, p. 54], par exemple, a mesuré le bruit du tramway de Nantes en deux endroits, obtenant des niveaux sonores maximaux de 70 à 80 dBA à 7,5 m de distance lorsque le tram filait à 40 km/h — notons ici que la vitesse peut faire une grosse différence. Une étude slovaque publiée en 2016 dans la revue savante Noise & Health a pour sa part trouvé autour de 75 dBA à 7,5 m pour des vitesses d’environ 25 km/h.

Il y a deux choses à ajouter, ici, au sujet du rapport de Systra. La première, c’est que le document a bel et bien tenu compte des grincements métalliques que les tramways produisent souvent dans les courbes. Les auteurs ont en effet ajouté huit décibels à leurs estimés «dans les courbes de faible rayon pour simuler le bruit de crissement, conformément aux directives de la méthode de calcul européenne, CNOSSOS-EU» (p. 3). Vérification faite, il s’agit effectivement de la recommandation européenne pour estimer le bruit dans les courbes de moins de 300 mètres de rayon bit.ly/34LkRNT, p. 57 sur 180]. Ajoutons à cet égard que selon l’étude slovaque de 2016, le crissement fait une différence moyenne de 9,5 dB sur le bruit d’un tramway, ce qui est compatible avec l’ajustement de 8 dBA retenu par Systra.

La seconde chose à savoir, c’est que le rapport de Systra présume que des mesures de réduction du bruit seront prises, comme la construction de murs antibruit dans certains secteurs ou un système de lubrification des rails pour atténuer les crissements (qui passeraient alors de + 8 dBA à + 3 dBA). Ça n’est pas forcément une présomption farfelue, soulignons-le, puisqu’on voit mal l’intérêt de Québec à indisposer les riverains si elle peut l’éviter à faible coût. Mais c’est quand même ce qui permet au rapport de tirer des conclusions très rassurantes : le tramway n’augmenterait le niveau de bruit ambiant pour les maisons riveraines que sur 5 % du tracé. Sans ces mesures d’atténuation, c’est la moitié du tracé qui subirait une pollution sonore accrue.

Quoi qu’il en soit, cependant, il reste que tous les points de comparaison que j’ai pu trouver pointent dans la même direction : le niveau de bruit estimé par Systra semble tout à fait réaliste.

S’il est une chose qui l’est peut-être un peu moins, dans cette histoire, c’est le niveau de bruit des voitures qui, à 80 dBA, fournit un point de comparaison flatteur pour le tramway. Or cela semble un peu trop élevé. Par exemple, dans une étude d’impact au sujet d’un projet de mine d’or, la firme de consultant ERM parle de «60 à 80 dBA» pour une voiture qui passerait à 10 m de distance. De même, une échelle de niveaux de bruit sur le site de l’agence danoise de protection de l’environnement indique autour de 70-75 dBA.

Alors il faut conclure que ces 80 dBA ne correspondent pas au bruit typique d’une auto, mais plutôt aux modèles les plus bruyants. Ce qui, bien sûr, fait ensuite paraître le tramway plus silencieux qu’il ne l’est réellement.

LE VERDICT

Vrai dans l’ensemble. Les 75 dBA que Systra et la Ville de Québec ont retenu comme «bruit typique» d’un tramway concordent bien avec tous les points de comparaison externes que j’ai pu trouver. En outre, la firme a bel et bien tenu compte (dans les règles de l’art) des bruits de crissement dans les courbes. Il semble toutefois que la comparaison avec des voitures à 80 dBA soit artificiellement flatteuse pour le tramway.

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