Le monde agricole a été durement touché par la perte de l’un de ses alliés les plus indispensables : l’électricité. Plus de 5000 poteaux d’électricité ont été couchés par le verglas de 1998 dans l’est de l’Ontario.

Verglas: «Il y avait un beau mouvement d’entraide»

Nombreux sont ceux qui se souviennent du son de petites granules de glace heurtant les fenêtres, il y a 20 ans. Personne ne se doutait, à l’époque, qu’il était annonciateur de l’une des plus importantes catastrophes naturelles de l’histoire canadienne. Dans l’Est ontarien, plus de 230 000 clients ont été privés d’électricité durant ce qui allait devenir « la crise du verglas », soit trois chutes de pluie verglaçante entre le 4 et le 10 janvier 1998. Dans certains cas, des résidents ont dû attendre jusqu’à 28 jours avant d’être rebranchés.

En l’espace de quelques journées, sous le poids de la glace, la plupart des arbres feuillus se sont, pour ainsi dire, transformés en saule pleureur. Des branches d’arbres jonchaient partout le territoire. En plus des dégâts au réseau de fils électrique, les arbres présentaient désormais un danger pour les passants.

Le monde agricole a été durement touché par la perte de l’un de ses alliés les plus indispensables : l’électricité. Plus de 5000 poteaux d’électricité ont été couchés par la tempête dans l’est de l’Ontario.

Résident d’Alfred, Roger Pommainville œuvrait au bureau du ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario. Accompagné d’une petite équipe de sept employés, il faisait des pieds et des mains pour trouver des génératrices destinées aux producteurs laitiers de la région.

« Pensez-y bien, raconte M. Pommainville. Comment refroidir le lait, comment faire fonctionner la trayeuse à lait, comment ventiler les étables, comment écurer les étables, comment pomper l’eau pour le bétail et comment ? »

Des appels à tous ont été lancés à travers la province et à l’extérieur, afin de trouver les précieuses génératrices. Le bureau du ministère s’est transformé en quartier général pour la bataille contre les éléments. Plusieurs génératrices ont été acheminées partout dans la région, dont certaines provenant d’aussi loin que le Texas, le Minnesota, la Georgie et la Floride.

« Même de bonnes âmes voulaient apporter leur aide, incluant une garantie de fonds et du personnel. Ce fut le cas de Lucie Lapointe, de la compagnie Lapointe Development à Embrun, qui se mit garante pour une somme de près de 100 000 $ US sur une traite bancaire pour aller chercher 28 génératrices et 28 remorques d’un commerçant en Iowa », se souvient M. Pommainville.

À la fin, les pertes furent énormes pour certaines fermes laitières. Mais sans cette précieuse entraide, les dommages auraient été plus importants. Aujourd’hui, cles producteurs agricoles sont mieux équipés pour affronter ce type de tempête, si elle devait se reproduire.  

L’armée à l’école

Carole Boyer travaillait à l’École secondaire catholique de Casselman, à l’époque, à titre d’éducatrice spécialisée. Alors que de nombreuses résidences étaient privées d’électricité et, conséquemment, de chauffage, des centres d’hébergement ont été établis dans plusieurs écoles de la région. L’armée canadienne avait alors pris possession de l’école secondaire pour établir sa base. Plus de 650 soldats ont été déployés dans la région. 

La nuit, Carole Boyer offrait son temps avec une équipe du Bureau de santé de l’est de l’Ontario, afin d’apporter du soutien aux gens hébergés. Des camions de diverses compagnies venaient livrer des couvertures, des manteaux, de la nourriture et d’autres biens indispensables. « C’était touchant, dit-elle. Et il y avait un beau mouvement d’entraide des gens et des organismes de la communauté », raconte Mme Boyer. 

Elle se souvient notamment du moment où elle a été invitée à partager un repas en compagnie des soldats. 

« Je me suis fait servir un super déjeuner dans le camion-cuisine de l’armée. Je me suis sentie comme si j’étais dans la série télévisée MASH ! C’est une expérience qui m’a fait découvrir les défis de certains en santé mentale, et (qui m’a convaincu) de me diriger dans ce domaine avec le temps », ajoute Mme Boyer.