Les ruines de la centrale de la Deschênes Electric Company sur les rapides Deschênes à Aylmer.

Une vague de renommée mondiale pourrait disparaître

L'annonce de l'éventuelle démolition des ruines du barrage des rapides Deschênes, sur la rivière des Outaouais, s'est répandue comme une traînée de poudre parmi les adeptes du kayak d'eau vive en style libre. Plusieurs l'ignorent, mais l'endroit jouit d'une réputation internationale.
La Vague des ruines, ou Ruins Wave comme on l'appelle dans le milieu, n'est rien de moins qu'un passage obligé pour les meilleurs au monde de cette discipline, explique Patrick Lévesque, entraîneur de l'équipe du Québec en kayak d'eau vive de style libre. 
L'endroit pourrait cependant perdre sa renommée. TC média révélait, il y a deux semaines, que le ministère des Transports du Québec (MTQ) prévoyait dépenser jusqu'à 5 millions $ pour démolir les ruines afin de rendre l'endroit sécuritaire.
« Cette vague a une réputation qui la précède, lance l'entraîneur qui habite à Saguenay. Elle attire des adeptes de partout autour du globe. Les meilleurs au monde en style libre ont tous essayé cette vague. Si tu veux passer au niveau professionnel dans cette discipline, tu n'as pas le choix de passer par cette vague-là. Tous les plus grands sont passés par chez vous pour cette vague. L'actuel champion du monde, Dane Jackson, un kayakiste du Tennessee, est l'un d'eux. C'est certain que tu n'envoies pas un débutant là-dedans, mais pour ceux qui savent ce qu'ils font, il n'y a pas de problème. »
C'est la configuration des ruines jumelée au fort débit d'eau lors des crues printanières qui font de la Vague des ruines un endroit des plus prisés des kayakistes d'eau vive. « Les kayakistes peuvent utiliser la face de la vague beaucoup plus longtemps qu'une vague normale, explique M. Lévesque. Cela donne le temps aux kayakistes d'effectuer plusieurs figures spectaculaires. Cette vague a fait l'objet d'articles dans des revues spécialisées. Elle est très connue dans les réseaux des professionnels. »
Grâce notamment à cette vague, la rivière des Outaouais serait au kayak ce que Whistler est au ski et ce qu'Hawaï est au surf. « Les kayakistes recherchent ce genre de vague, dit-il. J'y suis allé souvent et chaque fois j'y ai rencontré des kayakistes provenant d'un peu partout dans le monde. Nous étions tous au même endroit pour la même raison. »
« C'est un non-sens de vouloir dépenser 5 millions $ pour détruire ces ruines, estime M. Lévesque. Que le gouvernement prenne cet argent pour aménager un stade en eau vive. Avec autant d'argent, ça serait l'un des plus beaux au monde. L'endroit est un attrait très rare. Un tel aménagement permettrait de rendre l'endroit plus sécuritaire en même temps. »
Les défenseurs des ruines s'organisent
Les défenseurs des ruines du barrage des rapides Deschênes s'organisent pour tenter d'éviter leur démolition par le ministère des Transports du Québec (MTQ).
«Nous avons eu beaucoup de discussions avec différents groupes d'intérêt au cours des derniers jours et nous souhaitons être en mesure d'amener le MTQ à reconsidérer sa décision», explique Howard Powles, président de l'Association des résidents de Deschênes. M. Powles indique qu'une rencontre avec le maire de Gatineau est en préparation. «Nous le savons préoccupé, notamment à cause de la valeur patrimoniale et touristique du site, indique M. Powles. Il faut trouver une solution qui sera bonne pour tout le monde.» Le site des ruines du barrage des rapides Deschênes est aussi réputé comme l'un des meilleurs endroits pour faire de l'ornithologie en milieu urbain. Près de 270 espèces différentes y ont été répertoriées. «Un tel site en milieu urbain, c'est très rare, soutient M. Powles. Ça attire plusieurs adeptes. S'il devait y avoir des travaux de démolition à cet endroit, le MTQ devra tenir compte des oiseaux et de la période de nidification. Ça laisse moins de temps pour faire les travaux et ça peut faire augmenter les coûts.»