La campagne électorale municipale bat officiellement son plein depuis une semaine partout dans la Belle Province et par le fait même en Outaouais.

Une tendance à la baisse depuis 2005

Alors que le nombre d’élus sans opposition dans les municipalités rurales de l’Outaouais peut à première vue faire écarquiller les yeux, la tendance à accéder à un poste de conseiller ou de maire par acclamation est pourtant à la baisse depuis 2005 au Québec.

La campagne électorale municipale bat officiellement son plein depuis une semaine partout dans la Belle Province et par le fait même en Outaouais. Le 6 octobre, à 16 h 30, la période de mise en candidatures s’est conclue.

Comme c’est le cas lors de chaque scrutin municipal, de nombreux candidats à des postes d’élus n’ont pas cette année à faire campagne contre un ou plusieurs adversaires.

Dans la MRC de Papineau, pas moins de 10 maires sur les 24 municipalités du territoire ont obtenu leur laissez-passer vers le pouvoir sans opposition. 

À Bristol, dans la MRC de Pontiac, le maire et cinq conseillers ont remporté leur siège par acclamation. À Egan-Sud, dans la Vallée-de-la-Gatineau, les citoyens n’auront même pas à se déplacer aux urnes le 5 novembre prochain puisque tous les membres du conseil municipal ont été portés au pouvoir sans avoir à débattre de leurs idées.

De nombreux autres exemples existent dans la région. Pourtant, selon Guy Chiasson, professeur de science politique et développement régional à l’Université du Québec en Outaouais, le nombre d’élus sans opposition a légèrement chuté depuis trois élections au sein de la province. 

D’après des chiffres compilés à partir de statistiques du Directeur général des élections du Québec, le nombre de maires élus sans opposition dans l’ensemble des municipalités est passé de 605 à 519, entre le scrutin de 2005 et celui de 2013. Au niveau des conseillers, on parle d’une diminution de 4302 à 3881, pour les mêmes élections. 

« On voit une diminution appréciable, ce qui est intéressant à constater. C’est faible comme diminution, mais c’est continu », souligne M. Chiasson.

Manque de compétition

Plusieurs facteurs expliquent le très faible taux de compétitivité dans le milieu municipal, particulièrement zone rurale. Les hypothèses sont nombreuses, fait valoir le politologue.

La valorisation du métier de maire ou d’échevin est d’abord loin d’être alléchante pour d’éventuels candidats, note celui-ci.

« Quand on parle du salaire, on parle plus d’un dédommagement la plupart du temps. Les conditions sont aussi assez négligentes. Le nombre de dossiers et de secteurs sur lesquels on demande à l’élu municipal de prendre une décision a tendance à croître. La charge de travail augmente, même si la rémunération reste assez modeste », explique-t-il.

Ensuite, l’absence de partis politiques dans les villes plus petites peut aussi expliquer une partie du phénomène, selon l’expert. 

« En l’absence d’un parti politique et d’une machine pour appuyer sa candidature, ça peut être plus difficile pour des candidats qui ont moins de relations et de capital politique. Il y a aussi le phénomène de la prime au sortant. Un élu qui est déjà en poste, qu’il soit maire ou conseiller, bénéficie d’une visibilité assez importante. La notoriété d’être déjà en place et de connaître les rouages peut donner l’impression que la personne sera difficile à déloger », illustre M. Chiasson.

Ce dernier indique que la « clé de voûte » de la politisation des municipalités passe par le renouvellement de générations. Il faut convaincre les jeunes à s’engager en modifiant l’offre, mentionne-t-il.

L’un des défis de taille demeure aussi d’enrayer le fameux « stéréotype » que le palier municipal est davantage un gouvernement administratif que politique.

« Si on perçoit que les municipalités s’occupent surtout d’eau potable, de paver des rues et de mettre en place des systèmes d’égouts, ça se peut que ça interpelle moins une certaine catégorie de la population, même les si municipalités font beaucoup plus que ça aujourd’hui », résume M. Chiasson.

« Il y a des raisons d’espérer, mais ça prend un renouvellement de la politique municipale », conclut-il.