Le président du SPGQ, Richard Perron

Une «taloche au visage» des professionnels

Sans contrat de travail depuis deux ans et demi, les 17 500 professionnels de la fonction publique du gouvernement du Québec, dont 210 travaillent en Outaouais, se battent toujours pour obtenir des offres qui permettraient de réduire l’écart salarial important avec le gouvernement fédéral et d’autres juridictions provinciales comme l’Ontario.

Richard Perron, le président du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), était de passage en Outaouais mercredi et jeudi pour faire le point sur les négociations de ses membres dont le contrat de travail est échu depuis mars 2015. Le syndicat représente des agronomes, des fiscalistes, des conseillers aux entreprises, des conseillers aux normes, à l’emploi et autres dans divers ministères et organismes de l’État québécois.

Lors de deux rencontres avec les membres du SPGQ mercredi, M. Perron est venu expliquer que le gouvernement québécois avait refusé la « voie de passage » proposée il y a plusieurs mois pour résoudre les négociations, refus qui a été vu comme une « taloche au visage » par le SPGQ. 

« Pendant que le gouvernement québécois tarde à reconnaître l’expertise de ses professionnels tel que le recommandait la commission Charbonneau, l’écart avec les fonctionnaires fédéraux et même ceux d’autres provinces comme l’Ontario s’agrandit », a expliqué M. Perron.

« À Gatineau, c’est là où la prise de conscience de cet écart reste inégalée dans la province en raison des conditions de travail en vigueur au gouvernement fédéral. »

« Au niveau salarial, on n’est même pas sur la même planète ni sur la même galaxie. Pour un même type d’emploi, l’écart est considérable, entre 20 et 50 % et il continue à se creuser. La différence atteint même 70 % dans le cas des analystes en procédés informatiques », a-t-il expliqué. 

Prime de rétention

Le syndicat a proposé qu’une prime de rétention soit versée pour valoriser l’expertise interne, et demandé le remboursement des cotisations professionnelles, mesure qui existe déjà pour les avocats du gouvernement québécois depuis 2011-2012 et qui toucherait environ 20 % des membres de ce groupe. 

Le Québec reste un des seuls gouvernements à ne pas rembourser de telles cotisations à ses professionnels, souligne M. Perron. 

« Le gouvernement est revenu avec une proposition légèrement bonifiée de relativité salariale de 2,7 à 3,5 % sur cinq ans qui évacuait complètement notre proposition et a proposé de créer un comité pour étudier la question de l’équité externe. Mais la dernière fois que le gouvernement a proposé un comité, c’était sur la sous-traitance, et le gouvernement a tiré la plug sans même avoir produit un rapport ni avoir rien fait », a rappelé M. Perron. 

Juste avant une rencontre qu’il a eue dimanche avec le président du Conseil du trésor, Pierre Arcand, les 400 délégués du SPGQ ont voté à l’unanimité une résolution enjoignant M. Perron à poursuivre les efforts pour négocier une augmentation substantielle.

Après les avocats-juristes, et maintenant les ingénieurs, le gouvernement québécois menacera-t-il les autres professionnels d’une loi spéciale pour imposer ses offres ? 

« Ce serait tellement stupide. Les tribunaux se sont déjà prononcés. Le gouvernement ne peut recourir à une loi spéciale que dans les cas où la santé et la sécurité de la population sont menacées. Et ce n’est pas le cas. Une telle loi serait contestée devant les tribunaux parce qu’elle serait anticonstitutionnelle et le gouvernement le sait très bien. Il essaie seulement de gagner du temps avant les élections », a expliqué M. Perron.