La course effrénée à l’acquisition de matériel médical de protection est une lutte de tous les instants qui force les différents joueurs à rivaliser de stratégies et de débrouillardise.
La course effrénée à l’acquisition de matériel médical de protection est une lutte de tous les instants qui force les différents joueurs à rivaliser de stratégies et de débrouillardise.

Une route semée d’embûches pour des masques destinés à l’Outaouais

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
D’importantes quantités de matériel médical de protection à destination de l’Outaouais pourrait avoir été trouvées en Chine, a appris Le Droit, mais rien n’est encore joué.

Ces items devront auparavant circuler sur les routes de la Chine pendant plus de 1000 kilomètres en évitant bien des embûches avant d’atteindre un entrepôt contrôlé par le gouvernement canadien à Shanghaï. De là, un pont aérien négocié entre les deux États permettrait d’acheminer le matériel au Canada.

Le Droit a interpelé plusieurs sources au cours des dernières heures afin d’en connaître un peu plus sur la façon dont les opérations se déroulent sur le terrain. Les informations qu’il a été possible de colliger sans nuire aux efforts d’approvisionnement permettent d’ouvrir une fenêtre qui donne un regard sur la complexité de la chose.

La course effrénée à l’acquisition de matériel médical de protection est une lutte de tous les instants qui force les différents joueurs à rivaliser de stratégies et de débrouillardise. La situation évolue constamment. Les prix des fournisseurs varient d’heure en heure. Les gouvernements sont conscients de l’importance d’agir vite, mais la situation internationale les force à demeurer vigilants pour éviter de tomber dans des arnaques. Ils sont inondés d’appels de gens d’affaires de bonne volonté qui croient avoir des contacts leur permettant de participer à l’effort de guerre. Les efforts nécessaires pour assurer un transport sécurisé des marchandises impliquent une coordination sans précédent sur le terrain.

Trois fournisseurs chinois

En Outaouais, un groupe de gens d’affaires piloté localement par le vice-président du Groupe Heafey, Charles Masse, travaille en étroite collaboration avec la Fondation Santé Gatineau. Le Droit révélait, samedi, que ce groupe a déjà permis, dans les derniers jours, d’apporter environ 400 masques N95 au Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais. (CISSSO) et de dégoter 20 000 paires de gants de nitrile. Le regroupement a grossi au cours de la fin de semaine. Deux nouveaux joueurs que nous ne pouvons nommer actuellement se sont greffés au groupe en donnant accès à trois fournisseurs jugés de confiance situés en Chine.

Ces fournisseurs, précise M. Masse, détiennent des masques, des blouses de protection, des gants de nitrile et des visières. Il sont situés à Tin Jin, Guangzhou et Quigdao. Les premiers contacts ont été faits. Ils sont dans l’attente de la confirmation d’une première commande pour l’Outaouais. Pour officialiser une commande, il manque toutefois la confirmation de l’espace disponible pour accueillir le matériel dans l’entrepôt du gouvernement fédéral à Shanghaï, ainsi que la place dans l’un des cargos nolisés par le Canada.

Le député fédéral de Gatineau et secrétaire parlementaire de Services publics et Approvisionnement Canada, Steven MacKinnon, confirme que le «gouvernement du Canada, par le biais de l’Agence de la santé publique, travaille avec toutes les provinces et territoires pour assurer une logistique d’approvisionnement qui est très compliquée pour obtenir le matériel médical de protection».

En attente de Québec

Ni les gens d’affaires impliqués, ni le CISSSO ne sont toutefois habiletés à demander de l’espace dans l’entrepôt fédéral ou dans l’avion pour acheminer la marchandise. Cette responsabilité revient au gouvernement du Québec. La Fondation confirme avoir fait une requête officielle, dimanche, à la ministre de la Santé, Danielle McCann, pour qu’elle réserve l’espace nécessaire auprès du gouvernement fédéral. «On espère avoir une réponse rapidement et que le fédéral soit avisé, affirme le président de la Fondation, Jean Pigeon. Il nous faut agir rapidement pour démontrer notre sérieux à nos fournisseurs qui continuent de recevoir des demandes de partout. Nous voudrions, avec la confirmation de Québec, être en mesure de faire une première commande d’urgence dans les prochaines heures. Sans la demande d’espace faite par Québec qui sera autorisée par le fédéral, nous ne pouvons pas confirmer notre commande.»

Questionné au sujet de cette demande provenant du CISSSO, une porte-parole du ministère de la Santé du Québec a répondu au Droit que les établissements n’ont plus à faire le suivi avec les distributeurs pour les fournitures à risque de pénurie. «Comme mentionné par le premier ministre, aucun détail concernant les commandes et les réceptions de celles-ci ne seront fournis, incluant la demande du CISSSO.»

Un périple de 1000 km

Même si Québec devait accepter de réserver l’espace pour les commandes du CISSSO auprès du fédéral, la partie serait encore loin d’être jouée. Une fois les commandes faites auprès des fournisseurs, le matériel devrait voyager, par la route, sur des distances variant entre 700 et 1400 kilomètres pour atteindre Shanghaï. L’entreprise n’est pas sans risque, affirment des sources gouvernementales.

Jean Pigeon précise qu’une partie des dons reçus par la Fondation Santé Gatineau dans les derniers jours serviraient à payer et sécuriser le transport de la marchandise vers Shanghaï. Les gouvernements évitent ainsi de risquer des ressources financières pour transporter du matériel qui ne provient pas de leurs fournisseurs habituels. «C’est pour ça que chaque don fait à la Fondation est important, insiste M. Pigeon. Nous voulons nous en servir pour établir un système sécuritaire d’approvisionnement.»

Charles Masse affirme pour sa part avoir une grande confiance en ses partenaires dans cette affaire et en la fiabilité de leurs fournisseurs chinois. Il ajoute aussi que l’équipe responsable de l’approvisionnement du CISSSO réalise un «travail colossal de tous les instants» afin de trouver des solutions pour approvisionner du mieux qu’ils le peuvent les «anges gardiens» qui sont en première ligne en Outaouais.