La résidence Le Bel Âge de Thurso, située au 2 rue Dufferin.
La résidence Le Bel Âge de Thurso, située au 2 rue Dufferin.

Une résidence privée pour aînés de Thurso fermera ses portes

Julien Coderre
Julien Coderre
Le Droit
Après 22 ans d’activité, la résidence privée pour aînés (RPA) Le Bel Âge, de Thurso, fermera ses portes à la fin du mois de septembre.

Yvon Doyon et sa conjointe Francine Ayotte, copropriétaires de la résidence, ont confirmé la nouvelle en entrevue avec Le Droit dimanche après-midi.

«On est accotés au pied du mur. On n’a plus le choix, a laissé tomber M. Doyon au bout du fil. La semaine passée, on a donc pris la décision de fermer à la fin du mois.»

À ses yeux, les exigences du gouvernement Legault envers les petites RPA sont « trop élevées », particulièrement depuis l’entrée en vigueur de mesures sanitaires pour lutter contre la COVID-19.

« Le gouvernement nous traite comme une grosse résidence, mais notre réalité est complètement différente », déplore M. Doyon.

« On a toujours opéré la résidence par nous-mêmes. Évidemment, on ne peut pas toujours travailler sept jours par semaine, donc on avait de l’aide de certains bénévoles parfois, mais maintenant, on nous oblige à engager des préposés et ces préposés-là, on doit les payer », souligne-t-il.

« Le problème ici, poursuit M. Doyon, c’est qu’on n’est pas capable, nous, avec notre petite RPA de neuf personnes et moins, de payer ces préposés au salaire qu’ils demandent, surtout que maintenant avec la COVID-19, le gouvernement leur offre un salaire de 26 $/heure. On a donc perdu nos préposés aux dépens des CHSLD et à 60 ans, on ne peut plus travailler sept jours sur sept. »

Marc Yelle

Depuis le début de la pandémie, une centaine de petites RPA ont fermé un peu partout en province et « d’autres vont fermer prochainement dans la Petite-Nation », croit le copropriétaire de la résidence Le Bel Âge.

« Ce n’est pas la première ni la dernière qui va fermer, insiste-t-il, et le gouvernement aura un problème tantôt parce que les gens n’auront plus de places où habiter. Ce n’est pas vrai que tout le monde va aller dans un CHSLD. Le gouvernement a besoin de petites résidences comme nous. »

Le mois dernier, le propriétaire de la RPA Villa des Aînés de Buckingham, Marc Yelle, soulignait d’ailleurs au Droit que les petites RPA étaient « en voie de disparition », notamment en raison de la croissance des frais d’exploitation qui dépassent les augmentations de loyer déterminées par la Régie du logement, de la pénurie de préposés aux bénéficiaires et de l’augmentation des salaires.

« C’est extrêmement inquiétant de voir ça [la fermeture de la résidence Le Bel Âge], confie-t-il. Déjà que c’était difficile de faire la gestion d’une petite RPA sans la COVID, maintenant ce l’est encore plus parce que les problèmes auxquels on faisait face comme la pénurie d’employés, par exemple, sont tous amplifiés. »

Une des solutions qui pourrait permettre à un certain nombre de petites RPA de survivre en ces temps difficiles, croit Yvon Doyon, c’est l’augmentation des crédits d’impôts pour maintien à domicile.

« Si ces crédits-là étaient augmentés pour les résidents, on pourrait charger plus cher et fort probablement continuer d’opérer », suggère-t-il.

Cette fermeture se veut en quelque sorte synonyme de retour sur le marché du travail pour le couple.

« C’était notre retraite, mais là on vient de l’handicaper. Il va falloir qu’on se trouve une autre job, souligne M. Doyon. Ça laisse un goût très amer parce que ce n’était pas ça notre plan. Ce n’était pas de cette façon-là qu’on voulait que ça se termine. On est triste parce que depuis 22 ans, on a mis tout notre cœur là-dedans pour essayer de garder nos gens. »