La militante Viola Desmond est morte trop tôt pour obtenir toute la reconnaissance qu’elle méritait. Mais sa sœur Wanda Robson a participé à la cérémonie organisée en son honneur avec le ministre des Finances Bill Morneau et le gouverneur de la Banque du Canada Stephen Poloz.

Une reconnaissance qui n’a pas de prix

HALIFAX — Le courageux geste de désobéissance civile de Viola Desmond, longtemps ignoré de la plupart des Canadiens, est maintenant immortalisé sur un nouveau billet.

La Banque du Canada a dévoilé jeudi à Halifax son nouveau billet de 10 $, qui montrera pour la première fois une autre femme que la reine : la militante pour les droits des Noirs Viola Desmond. Le billet de polymère, tout premier billet orienté « à la verticale », montre un portrait de Viola Desmond sur une carte historique du quartier North End de Halifax où elle a vécu ; le verso du billet est illustré du Musée canadien des droits de la personne, à Winnipeg. Il sera émis « vers la fin de 2018 », indique la Banque.

En cette Journée internationale des femmes, jeudi, le ministre des Finances, Bill Morneau, a souligné le caractère doublement symbolique de ce billet, qui salue non seulement le courage d’une femme, mais aussi celui d’une Noire.

Le 8 novembre 1946, dans un cinéma de la Nouvelle-Écosse, Viola Desmond refuse de quitter le parterre, réservé aux Blancs, pour gagner le balcon, réservé aux Noirs. Traînée hors du cinéma par la police, elle est arrêtée puis détenue pendant 12 heures, avant d’écoper d’une amende. Près de 10 ans plus tard, aux États-Unis, Rosa Parks posera le même geste militant, cette fois dans un autobus de l’Alabama.

Russell Grosse, directeur du Centre culturel des Noirs de la Nouvelle-Écosse, estime que « ce signe d’appartenance de la communauté afro-canadienne était attendu depuis longtemps ».

« Le lancement de ce billet envoie un message fort aux gens d’origine africaine : le Canada nous accepte enfin. Nous faisons partie de ce pays », a-t-il soutenu.

Selon M. Grosse, la ségrégation raciale et la discrimination systémique ont marqué l’histoire de la Nouvelle-Écosse, même si les Canadiens ne veulent pas toujours le reconnaître. « Beaucoup d’Afro-Canadiens l’ont déjà vécue », ce qui rend le billet à l’effigie de Viola Desmond d’autant plus important pour cette communauté. « C’est une histoire remarquable : cela démontre à quel point la société a changé. »

M. Grosse admet que la peur des différences et de la diversité est toujours présente, mais ces enjeux peuvent maintenant être débattus au grand jour.

Une héroïne oubliée
Le geste de Viola Desmond est demeuré dans l’ombre de l’Histoire pendant plus de cinquante ans, jusqu’à ce que son portrait figure sur un timbre, en 2012 ; on a aussi baptisé un traversier de Halifax en son honneur. Toronto songe à nommer un parc à sa mémoire, et Montréal pense à lui offrir une rue.

Isaac Saney, chargé de cours au programme d’études des Noirs de l’Université Dalhousie, estime que de nombreux Canadiens ignorent l’esclavage et la ségrégation qui ont existé au pays. « On sait plus de choses sur Rosa Parks que sur Viola Desmond », dit-il. « On sait plus de choses sur Martin Luther King que, disons, sur W.P. Oliver » – le militant William Pearly Oliver, de la Nouvelle-Écosse. Le nouveau billet de 10 $ pourrait contribuer à instruire les Canadiens, selon lui.

« Viola Desmond a posé ce geste courageux toute seule (...) sans une organisation ou un mouvement derrière elle, souligne M. Saney. Elle a été bien en avance sur son temps. »