Une plaque historique pour Le Droit

À quelques jours de célébrer ses 105 ans d’existence, le quotidien Le Droit voit son apport pour la communauté franco-ontarienne être immortalisé. Une plaque historique provinciale rendant hommage au journal, produite par la Fiducie du patrimoine ontarien, fera bientôt son apparition dans les rues de la capitale fédérale.

La plaque, créée à la fois en version française et anglaise, a été dévoilée vendredi à l’école secondaire publique De La Salle, à l’occasion d’une cérémonie réunissant dignitaires, membres de la communauté et élèves.

Le texte de 190 mots inscrit sur la plaque, laquelle sera installée à un endroit qui reste à déterminer dans le marché By, car l’organisme est en attente d’autorisations de la Ville d’Ottawa, sert à souligner la défense des droits et aspirations des Franco-Ontariens par Le Droit d’hier à aujourd’hui. 

« Au fil du temps, Le Droit est devenu un quotidien généraliste au service de la collectivité canadienne-française de l’Ontario », pourra-t-on entre autres y lire. On y fait aussi mention de la bataille contre le Règlement 17 et de la lutte contre la fermeture de l’Hôpital Montfort, deux des principaux combats que Le Droit a mené de front, à plus de 70 ans d’intervalle. 

« Les Franco-Ontariens ont des racines profondes en Ontario. Ils ont choisi de s’établir sur ce territoire il y a plus de 400 ans Le journal Le Droit a joué un rôle de premier plan au cours des 100 dernières années dans l’histoire de cette communauté », a lancé Antoinette Fracassi, l’une des membres du conseil d’administration de la FPO. 

Elle a ajouté que le thème choisi par la Fiducie cette année (Une société juste et équitable), collait bien à la devise du journal, soit « L’avenir est à ceux qui luttent ». 

Présent pour l’occasion, le propriétaire du Groupe Capitales Médias, Martin Cauchon, n’a pas hésité à parler à la fois du passé, d’aujourd’hui et du futur. 

« Je me fais le porte-parole de toute une équipe, celle d’aujourd’hui, mais aussi de celle qui a défilé depuis plus de 100 ans. Une équipe qui jour après jour a écrit l’histoire au quotidien, avait pour but de produire une information qui est le reflet de vos communautés. Outre cet élément de base que les quotidiens se doivent de porter haut et fort pour maintenir la démocratie, Le Droit est allé au-delà en décidant de lutter. Non seulement de refléter l’actualité, mais aussi de prendre position, comme le font d’autres journaux », s’est-il exclamé.

Il a ajouté que la mission du journal demeure la même malgré les réalités qui changent.

« Nonobstant toutes les réalités auxquelles on est confronté en 2018, nonobstant l’avènement des réseaux sociaux, nouvelle forme de diffusion de la nouvelle, nous nous battons jour après jour pour nous assurer que l’ensemble de la communauté puisse continuer à avoir accès à de l’information de qualité produite par des professionnels. La mission du Droit est importante dans un univers où on parle régulièrement de «fake news», a-t-il dit, faisant appel au soutien de la population pour assurer la pérennité du journal et rappelant qu’il existe de multiples plateformes pour s’informer. 

Selon la ministre des Affaires francophones, Marie-France Lalonde, cette reconnaissance vaut son pesant d’or.

«Le Droit demeure aujourd’hui le témoin privilégié des grands moments qui façonnent notre communauté, qui l’inspirent et qui l’unissent. Les médias jouent un grand rôle dans notre communauté. Vous êtes les garants d’un droit fondamental : le droit à l’information. Je salue l’engagement du Droit à suivre et enrichir les débats qui sont au cœur des enjeux d’aujourd’hui. Je souhaite donc que cette plaque soit plus qu’un repère historique», a-t-elle indiqué.

Une courte pièce de théâtre retraçant l’histoire du journal depuis 1913 et une prestation musicale mettant en vedette des élèves du Centre d’excellence artistique de l’Ontario ont teinté la cérémonie.

Il s’agit de la 1282e plaque historique à être dévoilée par la FPO depuis 1956. Du nombre, près d’une soixantaine font référence aux Franco-Ontariens, dont la population s’élève à 623 000 personnes.

CE QU'ILS ONT DIT...

« Depuis plus d’un siècle, Le Droit est une institution de la francophonie ontarienne, qui a été au coeur des grandes luttes, et qui continue de nous donner les mots pour le dire. Un journal, c’est ce qui nous permet de dénoncer les injustices, d’exprimer des solutions, de critiquer à l’occasion ce qui est fait et aussi de célébrer les accomplissements. [...] Les plaques, ce sont des aides-mémoire tangibles, qui nous permettent de bien voir et de reconnaître nos histoires. »

Nathalie Des Rosiers, députée d’Ottawa-Vanier et ministre des Richesses naturelles et des Forêts

« Le Droit a joué un rôle très important dans la communauté franco-ontarienne d’Ottawa, entre autres au sujet du Règlement 17, en luttant contre de telles injustices. Son rôle continue aujourd’hui, c’est une institution importante pour la ville. Elle a toute une histoire. [...] C’était tout naturel pour nous de récompenser le journal, même s’il y a tout un processus de sélection. »

Antoinette Fracassi, membre du conseil d’administration de la Fiducie du patrimoine ontarien

Nathalie Des Rosiers

«Le Droit a été un acteur de toutes nos luttes, du fameux Règlement 17 à l’Hôpital Montfort en passant par SOS Vanier, plus récemment. Mais aussi, un acteur de tous nos succès, par exemple la fondation des conseils scolaires en 1998, il y a déjà 20 ans. [...] C’est grâce à des personnes mobilisées à défendre notre langue comme l’ont été les créateurs du Droit il y a 105 ans que nous pouvons aujourd’hui célébrer.»

Linda Savard, présidente du CEPEO

«Le Droit, c’est la voix du peuple, qui nous a appris à se battre et à ne jamais lâcher. Ç’a été pour nous l’outil avec lequel on a été capables d’être visibles alors que nous étions invisibles dans la société. Ç’a été notre place pour pouvoir raconter notre vécu et notre histoire. [...] Sans les médias, on ne pourrait pas avoir notre place pour se battre et être capable de faire une différence dans la société.»

Gilles Le Vasseur, professeur de droit et constitutionnaliste à l’Université d’Ottawa

« La communauté francophone à Ottawa comprend plus de 140 000 personnes dont la langue maternelle est le français. Le journal Le Droit fait partie intégrante de notre communauté francophone et est une voix forte pour celle-ci. La longévité de ce quotidien témoigne de son rôle précieux dans notre collectivité. »

Jim Watson, maire d’Ottawa

Jim Watson

« Si Le Droit n’avait pas existé pour donner une voix aux Franco-Ontariens et être un véhicule de pression sur le gouvernement, probablement que cette école-ci n’existerait pas (école secondaire publique De La Salle) ou bien on ne pourrait pas expliquer nos bobos en français à l’Hôpital Montfort. [...] Et c’est bien la reconnaissance de l’histoire du Droit, mais la plus grande reconnaissance que vous pouvez lui donner, c’est de le lire. »

Gilbert Lacasse, ex-président-éditeur du Droit (1987-1993)

« C’est vraiment le journal de la communauté franco-ontarienne, il a été là dans toutes les luttes. Ce n’est qu’une commémoration de plus et c’est beau de voir une plaque qui le commémore. De plus, je trouve ça beau que ce soit au centre-ville de notre ville bilingue. »

Soukaina Boutiyeb, présidente de l’ACFO d’Ottawa

L'ÉNONCÉ SUR LA PLAQUE

« En 1912, des membres de l’Association canadienne-française d’éducation de l’Ontario et des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée — une congrégation religieuse de l’Église catholique — se sont réunis à Ottawa pour discuter de la fondation d’un journal afin de protester contre le Règlement 17, qui — jusqu’à ce qu’il cesse d’être appliqué en 1927 — limitait considérablement l’enseignement du français dans les écoles de l’Ontario. Cette réunion a mené à la création du quotidien catholique francophone Le Droit. La première édition de six pages, tirée à 10 000 exemplaires sous la supervision du père Charles Charlebois, le rédacteur en chef, a été publiée près de cet endroit le 27 mars 1913. Au fil du temps, Le Droit est devenu un quotidien généraliste au service de la collectivité canadienne-française de l’Ontario. En 1997, le journal a mené, avec la communauté franco-ontarienne, une campagne fructueuse contre la fermeture de l’hôpital Montfort d’Ottawa, le seul hôpital d’enseignement de langue française de la province. Le Droit continue de soutenir et de défendre activement les droits et les aspirations des Franco-Ontariens. »

105 ANS AU COEUR DU MARCHÉ BY

L’histoire du Droit est intimement liée à celle du marché By puisque depuis la fondation du quotidien par les Oblats en 1913, cinq endroits différents situés dans un rayon d’à peine un kilomètre ont servi de bureaux.

Le journal a commencé ses activités dans une salle d’à peine 240 mètres carrés située au-dessus d’un garage sur la rue York, avant de déménager ses presses et ses employés dans un nouvel édifice érigé à l’angle des rues Dalhousie et George, deux ans plus tard. Un bâtiment qui sera peu de temps plus tard agrandi, face aux besoins sans cesse croissants.

Au tournant des années 1930, Le Droit installe ses pénates dans un immeuble situé juste en face, sur la rue George. Un magasin Tigre Géant a aujourd’hui pignon sur rue à cet endroit.

Le quotidien francophone est par la suite déménagé dans un grand immeuble sur la rue Rideau dans les années 1950, un endroit où il a logé pendant environ trois décennies.

Depuis 29 ans, le journal occupe des bureaux dans l’édifice situé au 47, rue Clarence, à quelques pas de la colline parlementaire.

QU'EST-CE QUE LA FIDUCIE DU PATRIMOINE ONTARIEN ?

Créée en 1967, la Fiducie du patrimoine ontarien est un organisme qui relève du ministère du Tourisme, de la Culture et du Sport (MTCS).

Elle « doit s’acquitter partout dans la province d’un large mandat consistant à déterminer quels biens ont une valeur patrimoniale, et à protéger, à faire connaître et à conserver le patrimoine de l’Ontario sous toutes ses formes ».

L’organisation, qui gère entre autres le programme de plaques provinciales comme celle décernée au Droit, a entre autres pour mandat de favoriser, d’encourager et de faciliter la conservation, la protection et la préservation du patrimoine de la province. 

La Fiducie, qui gère des programmes auxquels participent plus de 900 000 personnes, est aussi responsable de préserver, d’entretenir, de reconstruire, de restaurer et de gérer des biens à caractère historique, architectural, archéologique, récréatif, esthétique, naturel et panoramique. Les bureaux de l’organisme sont basés à Toronto.