Pour la première fois, Hector et Helene Hotte devront commémorer le jour du Souvenir au Centre de Santé Perley et Rideau.
Pour la première fois, Hector et Helene Hotte devront commémorer le jour du Souvenir au Centre de Santé Perley et Rideau.

Une ombre au jour du Souvenir

Guillaume St-Pierre
Guillaume St-Pierre
Le Droit
Le jour du Souvenir revêt un caractère particulier pour Thérèse et Hector Hotte, un vétéran de la 2e Guerre mondiale. Cette année ne fait pas exception, alors que le couple célèbre aussi son 65e anniversaire de mariage.
Thérèse devrait se réjouir, mais un pincement au coeur l'empêche de célébrer pleinement.
Pour la première fois, la famille Hotte ne soulignera pas cette journée spéciale dans la grande maison familiale de Vanier, construite par Hector, avec « un marteau et une égoïne », il y a plus d'un demi-siècle.
Mais avant tout, c'est le deuil de leur vie commune, sous un même toit, qui afflige la dame.
« Ça va être la première fois... », confie Mme Hotte, la gorge
serrée.
« Les gens qui ont acheté la maison ont embauché un inspecteur, et ils n'ont rien trouvé de travers », ajoute-t-elle fièrement pour se consoler.
Santé fragile
Le parkinson, un coeur affaibli et le diabète ont forcé le vétéran de la 2e Grande Guerre et sa conjointe à vendre à contrecoeur leur propriété.
Les soins à domicile d'une infirmière, deux heures par jour, ne suffisaient plus.
Depuis le mois de mars, Hector, 89 ans, a intégré le Centre de Santé Perley et Rideau Pour les Anciens Combattants.
C'est là que sa conjointe et lui vont célébrer « l'armistice » aujourd'hui, en compagnie d'autres vétérans.
« On est très fier qu'il soit un vétéran », souligne Mme Hotte en jetant un regard tendre vers son conjoint.
Le centre de santé est un véritable village, avec sa chapelle, ses pharmacies, ses tables de billard, son atelier d'art, sa cour intérieure fleurie. Thérèse Hotte habite aussi le complexe, dans un immeuble construit spécialement pour les conjoints des militaires, plus affaiblies qu'eux.
Le peu de français dans l'établissement fait toutefois grincer des dents la fière Franco-Ontarienne.
Souvenirs amusants
Malgré sa santé fragile, et des facultés d'élocution diminuées, Hector est pleinement lucide.
Thérèse et sa fille Francine racontent. Il acquiesce du regard, d'un doigt, d'un mot.
Hector a toujours préféré les histoires amusantes, surtout quand elles concernent la guerre. Comme cette fois où il était affecté à la cuisine d'un navire. Un capitaine gourmand et affamé, raffolant de son pâté chinois, lui demande une seconde portion. Mais ô grand malheur, les chaudrons sont vides. Le jeune homme ne peut décevoir le commandant.
Ce sont des restants trouvés dans les vidanges qui vaudront à Hector les éloges du capitaine, qui jamais n'avait mangé - deux fois plutôt qu'une - de « meilleur pâté chinois ».
Hector avait 18 ans lorsque la conscription le pousse à aller au front. Il arrive à Aldershot, en Angleterre, en 1944, avant d'être déployé en Belgique, où il combat les forces allemandes jusqu'à leur capitulation le 8 mai 1945.
Il reste en Europe pendant deux ans, où il recueille les dépouilles qui reposent sur les champs de bataille et assure la paix dans les pays libérés des nazis.
À son retour au Canada, Hector continue de servir sa communauté. Il est élu plus jeune échevin de l'histoire d'Eastview (Vanier), poste qu'il occupera pendant 24 ans.
Il est aussi impliqué de près dans la société secrète de l'Ordre de Jacques-Cartier. C'est dans le sous-sol de l'église Saint-Charles-Borromée de Vanier, que l'homme aide des Canadiens français à s'immiscer dans la fonction publique.
« Il a aidé à construire le sous-sol au pic et à la pelle », raconte sa fille Francine.
Parallèlement à sa carrière politique - ou le contraire - Hector gagne sa vie comme facteur chez Postes Canada. Pendant 37 ans, il amorce ses journées à 6 h du matin, et arpente les artères du quartier Rockcliffe et de la Basse-Ville, sur des distances qui atteignent parfois une douzaine de kilomètres.